Poésie, textes, vidéos piano, chats
poudreurs d'escampette : sur le thème de l'évasion, associer texte, image et son.
Titre de la chanson :
" I cunferenti "
(ce qui signifie le traître)
"Mon oncle nous emmena ma mère et moi, fuyant notre Espagne natale.
Traversant la mer, nous abordâmes en Calabre, au sud de l'Italie.
Pays oublié de tout.
Ma mère périt durant ce voyage.
Pauvres, nous l'étions, vivant des produits de notre labeur sur cette terre aride.
Révoltés, nous le fûmes encore.
D'abord contre les envahisseurs étrangers, puis contre l'Etat.
L'Etat voleur, profiteur.
Jusqu'à la mort.
Mon oncle et mes cousins furent tués.
Aujourd'hui je suis seul dans ce monde cruel, injuste.
La Mafia - ma deuxième mère, ma seconde patrie - m'a sauvé. Sauvé de la honte.
A elle je me donne, corps et âme."
....
Je garde ce bout de lettre froissé... Lettre, poème - chanson ? - qu'aurait pu écrire mon père....
Il s'agit peut-être d'une personne de sa famille... ou de son ami Roberto dont ma mère m'a tant parlé... Je ne saurai jamais.
J'ai trouvé cette lettre par hasard, en rangeant la maison de maman, tombée d'un livre avec cette magnifique photo. La signature est illisible.
Mais je l'ai fait mienne.
Et un jour, j'irai.
Dans cette Italie profonde...
J'irai comme on "retourne" au pays. Pays que je ne connais pas, moi, fille de France.
Mais dans mes veines coule un peu de ce sang de révolte et de passion.
Et beaucoup de cette musique nostalgique....
Nostalgie de, sans cesse, craindre pour sa vie. Une vie de galeria - la Malavita ! - au nom de la vérité, de la justice.
Vie moins précieuse que l'Honneur. Vie condamnée à la solitude, à la Melancolia.
Mélancolie du traître qui, malgré lui, ne mérite plus de vivre. Pour une erreur.... d'amour, parfois.
Toujours...
Oui j'y "retournerai". J'irai me brûler au soleil de mes origines, au vert intense des montagnes sauvages de Calabre, aux oliviers centenaires, au silence éternel...
Omerta, Omerta...
".... il faut choisir : souffrir avec l'Etat, et vivre vraiment ou mourir avec la Ndrangheta !* " : ainsi se termine le post-scriptum de cette lettre.
Alors, aujourd'hui, je le jure : Que Dieu me garde intègre, qu'il me garde de la trahison. Qu'il me garde fidèle.
Fidèle à moi-même....
Que chantent en moi le soleil et la mer ! Le silence des rues qui ne mènent nulle part, des demeures inachevées... Cette insoumission têtue, tenace, des Calabrais... Que m'enivrent les odeurs de thym, que me bercent les cris des chèvres et que roulent sous mes pas les cailloux blancs de Calabre... Que chante la langue de mes pères, patois que je comprends au-delà du temps et de l'espace et qui court sur ma peau comme une source de douleur et de bonheur... Que pleurent et dansent l'accordéon des campagnes, les guitares d'Espagne et la guimbarde des paysans montagnards à la peau brune, au visage rond et aux yeux noisette plissés sous la lumière....
Aurai-je le courage ? Trouverai-je avant de mourir la force de cette quête ?
Te retrouverai-je, toi, mon Pays ? Ferai-je le voyage ?
Un jour...
Trouver mes ancêtres, leurs descendants, une famille... Me reconnaître dans leurs yeux, dans ces cheveux noirs, ces sourcils sombres ; ces pommettes hautes, fières, des femmes en noir de Calabria...
O toi, mon coeur, mon pays, mon sang, mon âme...
A quand ?
* Ndrangheta : nom de la Mafia calabraise