Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Poésie, textes, vidéos piano, chats

le collier

Reprise de ce blog grâce à mon Atelier d'écriture : conte de noël avec mots imposés.


Le collier


 
 
   Aujourd’hui, tu fais grève ! lança joyeusement l’homme à sa femme. Ce qui eut pour effet de faire éclater de rire toute la maisonnée.
 
— C’est Noël ! Continua-t-il. Alors, le premier des cadeaux, et des plus mérités, sera de te reposer ! Moi et notre fils, nous nous occuperons de tout, tandis que toi, tu te délasseras en écoutant ce disque de chants de noël, ces voix d’enfant que tu aimes tant !
 
Après quelques faibles protestations, la femme finit par se rendre à l’opiniâtreté de ses deux « hommes », et s’installa confortablement près de la fenêtre dans le fauteuil à bascule où elle ferma bientôt les yeux, bercée par ce qui représentait pour elle la plus enivrante des sérénades
 
 
L’enfant et son père marchaient d’un bon pas dans la neige, tout en devisant solennellement de choses et d’autres.
 
   Tu vois, disait le père, le solstice d’hiver est un moment très particulier. Le soleil est au plus bas à l’horizon - tu as remarqué comme la lumière du jour s’estompe de plus en plus tôt en ces jours d’hiver ? – hé bien, c’est pour cette raison que le soleil ne peut qu’amorcer sa remontée ! Le solstice d’hiver annonce le printemps, mon enfant ! La renaissance de toutes choses !
 
Les yeux du fils brillaient de mille feux à l’écoute de ces paroles qu’il entendait pourtant chaque année dans la bouche de son père. C’était pour lui le plus merveilleux de tous les contes ! Associé à l’idée du bonheur de sa mère quand celle-ci ouvrirait ses cadeaux, tout cela le plongeait dans une joie sans pareille.
 
   Crois-tu que nous trouverons ce que nous cherchons ? demanda le garçon.
 
Et le père percevait une pointe d’anxiété dans la bouche de son enfant.
 
   Je te le promets ! Comme tous les ans, pas vrai ?
 
   Alors, vite papa, vite ! répondait l’enfant en tirant son père par la main.
 
Les premiers toits du village commençaient à montrer le bout de leur nez derrière une haie d’arbustes dénudés. L’enfant ne se tenait plus d’impatience.
 
 
Légèrement intimidés, ils entrèrent dans le magasin de l’unique commerçante du village, où des décorations, simples mais jolies, ornaient tous les rayons.
 
Le père sortit - assez comiquement, car comment imaginer qu’il puisse les « oublier » ?- un bout de papier sur lequel il avait écrit la liste des présents pour sa femme…
 
   Que puis-je pour votre service ? demanda poliment la marchande.
 
   C’est pour ma mère ! intervint l’enfant, sans comprendre en quoi une phrase aussi naturelle pouvait déclencher de si larges sourires sur le visage des adultes.
 
   Un collier de perles ? lit la dame sur le papier… elle va être gâtée ! Et un canevas ? Oui, je dois avoir tout cela ! déclara-t-elle, visiblement satisfaite.
 
   J’aimerais que le motif du canevas fasse penser à Noël, dit le père. Ma femme adore broder, elle est d’une constance
 
   Oui, je sais, je connais le courage de votre femme… Ne bougez pas, je vais voir dans ma réserve. En attendant, jetez un coup d’œil sur ce collier. C’est mon seul modèle, mais il est fort beau.
 
Le père et l’enfant, de concert, ouvrirent une bouche… grande comme un four ! Ils ne pouvaient détacher leur regard des perles blanches aux reflets si doux… Des larmes de joie montaient de leur poitrine devant une telle beauté ! Ils tremblaient d’émotion à l’idée de l’effet produit par ce trésor sur le cou délicat, et combien ces éclats charmants rehausseraient à merveille ceux des yeux de la femme qu’ils aimaient tous deux par-dessus tout….
 
Pour le canevas, ils choisirent un dessin représentant un foyer allumé où dansaient les flammes rouges et or d’un fagot de bois noir. Rien de tel pour symboliser Noël, ils en étaient parfaitement d’accord, tout comme la marchande, qui avait décidément le goût le plus sûr qu’on puisse souhaiter pour l’occasion !
 
 
Au moment de payer, le père sentit soudain une boule se former dans sa gorge. Le prix annoncé dépassait de beaucoup ce qu’il tenait si bien serré dans son escarcelle : l’argent qu’il avait économisé, sou après sou, pour fêter dignement ce bel évènement. Le collier était seul responsable de ce surplus, et il fallait se résoudre à n’acheter que le canevas comme cadeau pour sa femme.
 
Le père ne laissa rien paraitre devant son fils qui furetait gaiment dans les rayons, s’extasiant de tout et de rien, émerveillé et surexcité.
 
La commerçante, elle, vit la joie s’évanouir d’un seul coup du visage de l’homme.
« Plus vite que les nuages par jour de grand vent… » songea-t-elle, rêveuse…
 
Le père renifla légèrement, avant de se pencher à l’oreille de la marchande. Celle-ci hocha la tête et s’exécuta aussitôt, se retournant afin de confectionner le papier cadeau à l’abri du regard de l’enfant.
 
 
Le père et son fils reprirent le chemin du retour en marchant encore plus vite qu’à l’aller. Tout à sa joie, l’enfant ne remarqua pas les traits égarés de son père, et mit sur le compte du froid son silence inhabituel.
 
De retour à la maison, ils trouvèrent la femme endormie dans le rocking-chair. Emus et tout heureux, ils décidèrent de la réveiller en douceur, en remettant le disque, tout simplement, à son début...
 
 
Après avoir décoré la maison avec son père, l’enfant joua sagement dans sa chambre jusqu’au soir, tandis que le père, comme il l’avait promis, s’occupa du repas. Il tua la plus belle oie de la basse cour, éplucha quelques panais et ajouta les feuilles d’un bon choux. Il mit le tout dans la grosse cocotte en fonte qu’il glissa dans le four de la cuisinière à bois.
 
L’odeur était délicieuse.
 
La mine du père, de plus en plus sombre.
 
Il réfléchissait. Quelle serait la réaction de son fils en découvrant que le collier n’était pas dans le papier cadeau de sa mère ?
 
 
A la fin du repas, tous les yeux brillaient de plaisir ! Le dessert – composé, selon la tradition, des friandises familières : noix, dattes et miel - fut très apprécié ; en particulier, du garçonnet !
 
La femme rayonnait de beauté, les traits bien reposés, l’humeur joyeuse et chantante.

Quant à l’enfant, il ne tint pas en place bien longtemps :
 
   C’est l’heure d’ouvrir les cadeaux ! déclara-t-il en se précipitant vers la cheminée, plus coquin et rapide qu’un petit lutin farceur.
 
Il tendit leurs cadeaux à ses parents - qui, comme tous les ans, renonçaient déjà à parler « d’attendre le lendemain »…. - et ouvrit frénétiquement le sien.
 
Le père se leva discrètement, et se tint de dos, debout à la fenêtre.
 
Déjà, une grosse larme roulait sur sa joue… quand un cri de joie le fit se retourner :
 
   Quelle merveille !
 
Sa femme venait de dérouler le canevas, dans lequel scintillait le magnifique collier de perles blanches.
 
 
 
 
 
 
 
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
Quel joli conte! J'aurai aimé l'écrire mais j'ai eu la joie de le lire! nicole
Répondre
C
quel beau conte , bien amené avec une sensibilité qui touche! cimo
Répondre
D
La magie de Noël, beaucoup d'amour, de merveilleux et la musique entre les mots, les flocons, l'émotion...j'ai passé un très joli moment à te lire ~~*~~
Répondre
P
Très bonne année à toi que la santé soit présente en permanence et que tu puisses continuer à nous réjouir par le contenu de ton blog qui mérite de nombreux visiteurs.
Répondre
A
je passe aussi sur celui ci que j aime beaucoup ...avec d enormes bisous<br />  
Répondre