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Cinquième partie :
Sur le chemin de la ferme, le cœur de Violaine bat trop fort. Ces sentiers qu'elle aimait tant parcourir… il lui semble que cela fait un siècle…! Cette fois, ce n'est pas pour jouer avec Papy qu'elle lui rend visite, mais parce que c'est une grande maintenant. Et qu'elle a du cœur.
C'est beaucoup moins agréable… Moins confortable.
Heureusement, son ami de la forêt l'accompagne :
— Que vas-tu lui dire ?
— Je ne sais pas. J'ai peur.
— Faire comme si de rien n'était… jouer à la "petite"…
— Je ne pourrais plus monter sur ses genoux…
— Lui pardonner…
— Oui. Lui pardonner.
— Papy ! Lance-t-elle en arrivant à la ferme, avec une voix qui se voudrait enjouée.
Tout est bien silencieux. Elle regarde par les carreaux de la cuisine : personne. L'enfant se décide à passer dans la cour quitte à affronter le regard de la chienne…
Un bruit du coté de la grange… elle approche. Papy ne va jamais dans la chambre de la Sorcièr …. de Mamy…
— Ben, qu'est-ce que tu fais là ?...Papy ?
Le vieil homme est assis sur le lit. Quelque chose est changé dans la pièce… Violaine ne comprend rien. Ou plutôt ce qu'elle comprend est terriblement étonnant…
— Tu… Tu t'es installé ici ? Chez la Sorcière !
— Ah, c'est toi ?... Arrête de l'appeler la Sorcière, puisque tu sais maintenant !… N'est-ce pas, tu sais ?
— Et elle ? Où elle va dormir ?
— Je lui ai préparé sa chambre… il n'y a pas de raison. C'est à moi de coucher ici….
— Mais…
— Je ne mérite pas… je suis indigne…je…
— Oh, Papy !
Voir le grand-père de ses vacances — ses si merveilleuses vacances — sangloter ainsi ! La petite ne peut le supporter… Son grand cœur se précipite au secours du vieil homme.
— Papy ! Ne pleure pas… c'est fini… oublié…. je suis là, je t'aime…
Violaine s'est occupée du grand-père. Elle a refait le lit, joué à la maman…. Lui a ordonné de faire un brin de toilette, puis elle l'a entrainé à l'intérieur de la maison.
Comme il a maigri ! Il est terriblement changé. Sa voix tremble…
— Que t'a-t-elle dit exactement ? J'ai le droit de savoir…
— Rien. Juste qu'elle était ma grand-mère…
Il semble si abattu.
— Quel gâchis ! Mon dieu, quel gâchis…
Violaine n'est plus qu'attente. Attente anxieuse et sereine à la fois.
"Patience, patience…", répète la voix de sa grand-mère dans sa tête…
— Je suis coupable ! Continue le vieil homme.
— C'est oublié, je te dis ! Pardonné, Mamy t'a pardonné. Elle ne t'en veut pas du tout ! C'est même elle qui m'a dit de veni…
Le vieux a presque crié…
— Impossible ! C'est impossible ! On t'a embarquée dans une histoire infernale ! Tu es bien trop petite !!
" Encore et toujours trop petite…" médite la fillette.
— Bon, et ben je m'en vais. Je reviendr…
— Non ! Ne pars pas… pas déjà ! Attends…
Violaine le regarde droit dans les yeux.
Et à nouveau, comme si c'était une autre qui parlait à sa place, elle s'entend pour la deuxième fois prononcer cette phrase :
— Qui est mon père ?
Le vieux est devenu plus blanc que Mamy sur son lit d'hôpital. Encore plus blanc que sa maman quand Violaine a déjà posé cette question...
Quel étrange pouvoir semble avoir cette question ! Celui de faire du mal à tout le monde….
En tous cas, une chose est sûre, personne ne semble vouloir y répondre à cette question !
— J'ai bien un papa moi aussi ? Comme tout le monde, pas vrai ? Ça ne se peut pas, dis, que je n'aie pas de père…? Dis, Papy… comme les petits "gaous" ?…
Elle s'est jetée dans les bras du vieil homme quand elle a vu son regard chavirer et l'appeler si désespérément au secours… Alors il a pleuré. Et la petite l'a consolée, et bercé…
— Je reviendrai demain, mon Papy. Sois raisonnable, prends bien soin de toi. Tout va s'arranger…
.... Laisse le temps au temps… A-t-elle fini par ajouter en se redressant de toute sa hauteur.
— Alors ? Lui demande sa mère.
Violaine n'aime pas constater que sa maman est redevenue anxieuse…
— Mais rien !… Il a été très mal, c'est tout. Mais ça s'arrangera…
— Il… Il ne t'a rien dit ?...
La petite regarde sa mère. Elle a envie de lui hurler :
"Non, il ne m'a rien dit ! Bien sûr qu'il ne m'a rien dit, puisque vous vous êtes tous ligué contre moi pour ne rien me dire ! Pourquoi crois-tu qu' IL va parler plus que toi ?!!!"…
Mais elle s'est contentée de monter dans sa chambre sans répondre. Et pour la première fois, son ami l'a rejointe. Dans la maison... Ailleurs que dans la forêt…
Alors ce jour-là, elle a compris qu'il était partout...
Partout et chaque fois qu'elle avait "vraiment" besoin de lui.