quatrième partie :
Violaine n'a pas reconnue la vieille femme dans son lit d'hôpital. Les cheveux tirés en arrière, le visage dégagé, elle lui a semblé toute blanche… "Propre" est le mot qui lui est de suite venu à l'esprit…
Sa mère s'est effondrée en revoyant sa propre mère. Ces deux là ne s'étaient pas retrouvées depuis des années et des années ! Ainsi, elle — Violaine et ses caprices d'enfant — est donc à l'origine de ces retrouvailles si émouvantes…
Elle n'en finit pas de grandir, de grandir…
— Approche, ma chérie. Violaine, ma pauvre petite, tout cela doit te sembler bien étrange…
— Non…
Les deux femmes sourient…
— Voilà, si je t'ai faite venir avec ta mère, c'est que j'ai un service à te demander… Oh, je sais, tu en as déjà tellement fait !… Mais écoute, c'est très important. C'est Papy… il m'inquiète….Je ne l'ai pas revu depuis ce terrible… accident…
Violaine n'en revient pas ! S'inquiéter pour un frère qui a voulu la tuer ? Car il a voulu la tuer, elle en est certaine ! La tuer parce qu'elle allait lui révéler quelque chose…
— Mais Mamy…
— Je t'en prie ma chérie, essaye de comprendre. Tu sais à quel point il t'aime?... Pourquoi ne vas-tu plus le voir ? Vous aviez une telle complicité tous les deux…
A présent c'est l'enfant qui se crispe dés qu'on parle de lui.
Elle cherche le regard de sa mère. Les yeux tout embrouillés de larmes, elle hoche la tête à l'intention de sa fille.
"Revoir Papy ?"… Violaine se sent à nouveau toute petite… et honteuse.
Elle n'a décidément pas le cœur aussi grand que celui des deux femmes !…
— Oui, tu es jeune encore pour apprendre certaines choses, mais je peux te jurer que tu n'as rien à craindre de Papy. Il est si malheureux... Si tu ne vas pas le voir… j'ai peur… Oh, j'ai si peur pour lui ! Supplie sa grand-mère.
Quelle déception ! C'était seulement pour ça que Mamy avait tenu à les voir ? Pour lui demander de pardonner à Papy ? Aucune révélation.... Rien…
Violaine réalise soudain à quel point son attente est grande. L'attente d'une chose sur laquelle elle n'a jamais pu mettre de mot et qui commence à affleurer dans son esprit…
"Qui es-tu ?" demande une petite voix dans sa tête...
— C'est qui mon père ?
Sa voix a parlé toute seule. Et sa mère s'est écroulée sur la chaise.
Mais Mamy n'a pas bronché. Une tristesse mêlée d'une douceur infinie a même embellit les traits de son visage… Elle sourit.
— Approche mon petit…
Sa grand-mère lui a prit la main. Violaine reconnait le contact froid et doux de la main de la forêt…
— Ecoute, c'est encore douloureux pour ta mère de parler de ça, tu comprends ? Ce sont des histoires d'adultes.... trop compliquées pour une petite fille, tu vois ? Un jour tu sauras, quand tu seras plus grande. Mais il faut laisser le temps au temps…. Regarde le temps qu'il aura fallu pour que tu apprennes que j'étais ta grand-mère…
— Mais pourquoi ? demande une petite voix pleine de larmes.
— Ne pleure pas, mon ange, patience !... Chaque chose en son temps, crois-moi ! Tout arrive, tout change… au moment où on s'y attend le moins… Patience !... Le principal n'est-il pas que l'on t'aime, tous ? Et Papy le premier, crois-moi, il t'aime ! Il ne pourrait tout simplement pas vivre sans toi… tu es sa seule raison de vivre. Oh, ma chérie, par amour pour ta mère et pour moi, promets-moi que tu vas retourner le voir…. promets-le moi…
La petite a promis. Son cœur se dilate à l'infini. Comme une grande, elle a vu sa mère pleurer dans le giron de Mamy, et même si elle ne comprend pas exactement la raison, elle a trouvé ça tellement beau.
Tellement étrange…