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— Voilà ! Tu es toute belle comme ça !
Sa mère la regarde avec admiration. Elle lui a fait une nouvelle robe qu'elle a cousue dans une des siennes, et Violaine se reconnait à peine dans la glace.
— Une vraie jeune fille !
Depuis cette terrible journée, c'est sa mère qui est métamorphosée ! Plus calme. Comme le ciel lavé après l'orage. Violaine la trouve rajeunie. Et en même temps elle ressemble de plus en plus à la Sorcière.
— Comme tu lui ressembles ! lance sa mère.
"Sa" Mamy... Ainsi la Sorcière est sa Mamy. Sa VRAIE Mamy ! La mère de sa mère…
Quel sentiment nouveau ! Tout a changé.
Violaine n'est pas retournée voir Papy. Elle a — décidément — prit le parti du cœur. Tirer sur la Sorcière, non, vraiment, ça ne se fait pas…
L'enfant ne se sent plus ni grande ni petite. Elle flotte. Elle a juste l'impression d'être "elle" : Violaine. C'est presque grisant. Elle n'appelle plus jamais Papy au secours dans sa tête, c'est fini. Elle aime ce nouveau sentiment ; compter sur soi-même…
Il lui arrive, bien sûr, de repenser parfois au petit personnage de la forêt… C'était curieux… et tellement agréable ! Comme la promesse d'une amitié fidèle, éternelle.
A disposition…
Mais pour l'heure, elles se préparent. Elles ont rendez-vous à l'hôpital avec sa "nouvelle" Mamy.
— T'es sûre, maman ? Elle va bien ?
— Oui, la balle a traversé l'épaule. Bien sûr, elle a été très fatiguée, mais tu te rends compte? Elle veut nous voir ! Toi et moi…
Non, Violaine ne se rend pas bien compte. Les choses s'expliquent au compte goutte en ce moment. C'est pour ça qu'elle a l'impression de grandir si lentement !... Elle ne comprend qu'une chose : sa mère va mieux ! Libérée. Heureuse. On dirait la période de Noël, et c'est sa mère qui ouvre des yeux émerveillés d'enfant…
Mais pendant le trajet, sa mère a prit un air plus sévère.
— Ma chérie, tu vois, il faut que je te dise une petite chose…
"Une petite chose... " .Se répète avec suspicion la petite fille.
— Tu vois, finalement, le retour de Jacques – tu me crois ma chérie, quand je te dis qu'il est revenu à l'improviste, que ce n'est pas moi qui lui ai dit de venir, tu me crois, hein ? —
Et bien tu vois, cette colère, ta fuite, tout cela n'a pas été que du mauvais, tu comprends ? Cela t'a permis de trouver maman – enfin, Mauricette, enfin, ma mère ! – dans la forêt… Après toutes ces années… En fait, elle ne voulait plus me voir…
— Mais pourquoi !?
— Ne juge pas trop vite, ma chérie. Tu sais, c'est compliqué. Moi-même je ne sais pas vraiment la raison…. Je peux t'avouer une chose… une chose terrible. Ma mère... ma mère ne m'a jamais aimée… non, ce n'est pas ce que tu crois ! Ce n'est pas qu'elle ne m'a pas aimée. Mais elle m'a rejetée, elle n'a pas pu m'élever… Et je peux la comprendre…
— Mais…
— Attends ma chérie ! Maintenant il faut que je te raconte. En fait, tu vois, c'est Papy… Papy qui m'a élevée. Tu comprends ? Jusqu'à l'âge de six ans. Après on m'a envoyée en pension…
— Son frère ?
— Oui, je sais, c'est étonnant. Comment t'expliquer ? Il a eu pitié. Il s'est en quelque sorte... "sacrifié", tu comprends ? Il était si jeune à l'époque ! Il a pris la relève de sa sœur quand il a vu qu'elle voulait m'abandonner…
— T'abandonner ? Tu vois, elle est méchante !
— Non, il y a autre chose…mais tu es trop petite... Il a eu peur. Il a cru qu'elle s'apprêtait à te dire quelque chose dans la grange… Alors il l'a empêchée… il a voulu te protéger, il l'a…
Violaine voit le visage de sa mère se durcir à nouveau. Ses poings se crisper sur le volant. Dès qu'elle parle de Papy…
— Mais pourquoi l'as-tu toujours détesté ? Il t'a élevée, il s'est sacrifié, tu dis !!
— Arrête ! Tu ne peux pas comprendre ! Je ne le déteste pas du tout ! Pas du tout ! Tu es encore trop petite, trop…
Pour une fois, Violaine n'a pas envie de se mettre en colère. Elle se sent grande à cet instant, quoiqu'en dise sa mère. Elle se sent patiente. Avec un cœur qui n'arrête pas de grandir…
Attendre.
Mamy va sûrement leur dire quelque chose à l'hôpital. Elle veut les voir, toutes les deux. On va bientôt savoir.
— Tu pleures, maman ? Oh, maman, pardonne-moi ! Tu ne vas plus voir la route…
— Non, ne t'excuse surtout pas ! Tout cela est de notre faute, tu n'y es pour rien !! Ma pauvre chérie, toi, toi, pardonne-nous !
Sa mère rit à travers ses larmes.
"Pauvre maman ! Ne pas avoir connu l'amour d'une mère ! Et se réconcilier à leur âge ? C'est vrai que ça donne envie de rire et de pleurer ! D'hurler sa joie.".