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Poésie, textes, vidéos piano, chats

"La Sorcière".

deuxième partie :
 
 
— Où étais-tu passée ? Chez Papy ?

— ….

— Je n'aime pas trop que tu rentres si tard ! Tu n'as que six ans.. Tout va bien à la ferme ?

— Mouais…

— Tu l'as vue ?

— Qui ? La Sorcière ?

— Toujours aussi…

— Toujours !

— Ne sois pas trop dure avec elle…

— Mais maman, c'est elle qui est dure avec moi ! Méchante ! Voilà ce qu'elle est !

— Non, non… méchante n'est pas le mot…

— Elle me déteste.

— Non…

— Moi aussi je la déteste !

— De toute façon, il faut avoir du cœur. Avec tout le monde, tu le sais.

— Justement, je n'ai jamais envie d'être gentille avec elle…

— Tu es trop petite…

— Trop petite, trop petite ! En tous cas, Papy, lui, il m'apprend. Bientôt, j'en saurai autant qu'une grande !

— C'est gentil à lui, mais…

— Mais quoi ?

— Non, rien…

— Tu n'aimes pas Papy…

— Tu ne vas pas recommencer, tu sais bien que c'est faux…

— Ah ! Qu'est-ce que c'est ? Non !!

— Violaine ! Tu es folle ? Reviens, reviens ! Mon dieu ! Jacques ! Viens tout de suite ! La petite s'est sauvée ! Ah, je te l'avais bien dit, tu n'aurais jamais dû revenir ! Elle a vu ta veste, ce qu'elle est intelligente tout de même…. Qu'allons-nous faire ? C'est de ta faute ! Il faut que tu partes, cette fois-ci pour toujours ! Tu m'entends ? Je ne veux plus jamais te voir ! Vas-t-en !!

Violaine court tellement vite qu'elle ne sait plus pourquoi elle court. Sa colère s'est transformée en peur.

Ça fait si mal… Jacques ? De retour ? Sa mère lui avait promis qu'il ne reviendrait jamais. Elle le déteste ! Elle n'oubliera jamais le jour où elle les a surpris dans la cuisine… Cet affreux et dégoûtant baiser...

"Papy, Papy, au secours…"

Mais la petite n'ose pas retourner à la ferme. On la ramènera et rien ne changera. Pourquoi a-t-elle envie de mourir tout à coup ? Tout est préférable à Jacques ! Comment sa mère a-t-elle pu lui faire ça ? Sans la prévenir…

Il fait si doux… qui l'oblige à rentrer ? Dormir sur la mousse, voilà ce qui se rapprocherait le plus de la mort. Oui, se laisser aller dans cette forêt familière qui lui semble soudain si merveilleuse… Elle se sent fatiguée tout à coup. Mais elle n'a plus peur. Il lui semble que des bras se tendent vers elle, la soutiennent. Que des voix lui parlent, des murmures…

— Violaine, Violaine….

Là, elle en est sûre, quelqu'un vient de l'appeler par son nom ! Elle se redresse.

— Qui es-tu ?

— Tu es en danger ici. Je suis venu te prévenir.

— En danger ?

— Les animaux ! Tu sais, ils pourraient te blesser pendant ton sommeil… Et à ton âge, on dort profondément !

— Quels animaux ? Les gnous ?

— Oh, oh ! Je vois que tu es savante ! Non, tu dois savoir que les gnous sont des animaux d'Afrique ? Je te parle des chevreuils, des cerfs même, et surtout des sangliers…

— Berk ! j'aime pas les sangliers !

Un craquement la fait sursauter. Pas de doute, cette fois, on marche sur les feuilles....

La petite se cache. Elle voit une femme de dos.
 
"Mais, cest la Sorcière ! Que fait-elle ici ?"…

La vieille se baisse, elle ramasse des branches.
  
"Ah, oui, pour la cuisinière…".

Comme elle a l'air de peiner…. Un peu plus Violaine se précipiterait à son aide ! Mais elle se retient. Personne ne comprendrait. Ni ce qu'elle fait ici, encore moins qu'elle ait eu pitié de la Sorcière…

"Elle chante ?"

L'enfant s'approche sans faire crisser la moindre feuille, tendant l'oreille de toutes ses forces.

— Polichinelle, joujou fidèle, s'endort aussi près de ton cœur…

"Polichinelle ?!". La Sorcière connait "SA" berceuse ? Celle que sa mère lui chantait quand elle était toute petite ?

— Dors, mon amour, mon seul bonheur !...

C'en est trop ! Le cœur de Violaine se soulève... cette voix, cette chanson… dans la bouche de la Sorcière !

Que lui arrive-t-il ? La petite fille est si triste tout à coup ! Triste comme elle ne l'a jamais été. Plus triste que pour la pauvre chienne attachée dans la cour… Elle voudrait courir vers la vieille…

"Que m'arrive-t-il ? J'ai du cœur pour la Sorcière maintenant ?.... Je suis…"

— Je suis grande ! A-t-elle crié sans pouvoir se contenir.

La vieille l'a entendue, elle se retourne. Un rond noir se forme sur sa bouche.

— Violaine ?... Attends ! N'aies pas peur !

L'enfant a cédé à la panique. Elle court, se griffe, se cogne, tombe.

La Sorcière est déjà sur elle.

— Mais tu as le diable au corps ma parole ! Que t'arrive-t-il ? Ah, quand le vieux saura ça ! Où est ta mère ? Que se passe-t-il ? A-t-on idée de se promener toute seule ici à ton âge ?

— Laisse-moi ! Au secours, Papy, au secours !

— Ça suffit, maintenant ! Arrête ! Violaine ! Tu m'entends ? Calme-toi, c'est moi, moi, c'est Mam…

"Mamy" ?

La petite a entendu "Mamy"…

Jamais elle n'a appelée la Sorcière "Mamy". Jamais ! Il n'y a que Papy qui a droit à ce nom…

— Ma petite… murmure la vieille femme. Maintenant ses yeux sont tout plissés, ses lèvres murmurent des choses incompréhensibles. Violaine la regarde avec des yeux horrifiés. Son cœur bat tellement fort qu'elle a l'impression qu'il va éclater. Des sanglots enfouis l'étouffent, elle ne comprend plus rien, plus rien…

Ne pas pleurer. Ce serait impossible, ce serait honteux. Que se passe-t-il ? La Sorcière est là devant elle, et Violaine a envie de se jeter à son cou. De pleurer toutes les larmes de son corps… et elle ne sait pas du tout pourquoi.

La femme a pris sa main. La petite se laisse emmener sans résistance, comme un automate. Elle ferme les yeux en marchant. Elle voudrait que ce soit un rêve. Mais elle sent la main froide de la Sorcière dans la sienne. C'est donc que quelque chose de terrible est en train de se passer. Elle ne voudrait jamais qu'elles arrivent à la ferme…

La Sorcière l'entraine vers la grange.

La curiosité de l'enfant reste la plus forte :

"Enfin ! Je vais voir la chambre de la Sorcière…"

— Regarde, voilà. Tu vois ici ? C'est moi. Et là, c'est ta maman…

— Où est Papy ?

— Non, vois-tu, Papy n'est pas sur cette photo. Tu as bien compris, n'est-ce pas, que Papy est mon frère ?

Violaine sent qu'elle ne va rien comprendre. Que tout cela va être trop compliqué, trop dur, trop…

— Mauricette !!

Papy est là, dans l'embrasure de la porte. Jamais elle ne l'avait vu si grand, si fort, si…

— Papy !!

— Toi, file à la cuisine ! Reste en dehors de ça !

L'enfant s'exécute en courant.

"C'est un cauchemar, je vais me réveiller ! Papy, au secours…".

Elle plaque son dos contre la porte. Qu'on la laisse. Que tout cela s'arrête. Qu'elle se réveille…

Des bruits de voix lui parviennent de la grange, cela lui semble interminable… Une douleur bien connue, mais plus forte encore, la tenaille.

"Je suis redevenue petite ! On ne m'explique rien ! C'est insupportable… Je les déteste tous!"

Soudain, on pousse la porte fébrilement.

— Violaine ! Ma chérie ! Je t'ai cherchée partout ! Où est Papy ? Quelle peur tu m'as fait ! Jacques est parti. Pour toujours, je te le promets ! Reviens ma chérie, reviens à la maison…

Sa mère l'a prise dans ses bras, la serre tendrement. Violaine pleure doucement. Tout va s'arranger maintenant. Le cauchemar est fini.

Mais quelque chose a changé...

Elle regarde sa mère, et ce qu'elle voit c'est le regard de la Sorcière. Ce qu'elle entend c'est cette voix douce, légèrement voilée de la forêt…




— Qu'est-ce que c'est ? Mon dieu ! Qu'est-ce que c'est que cette explosion ?

La mère et l'enfant se précipitent vers la grange. Le grand-père en ressort, blanc, effrayant. Son fusil tombe à terre. Violaine a ouvert la bouche. Plus rien ne circule dans son corps et dans sa tête.

Elle entend sa mère bégayer :

— Non, tu… tu n'as pas ?…

La petite s'enfuit en courant.
 
 
 
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S
L'intensité est montée d'un cran. Des mystères sous-jacents! <br /> Des questions auxquelles on n'a pas encore de réponses! Quel suspens!
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M
tes personnages sont toujours aussi attachants qu'au début, l'histoire se déroule lentement, inexorablement, joliment narrée. Marina.
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