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Poésie, textes, vidéos piano, chats

La dame bleue


A nos pieds ballotte 
l’herbe en mottes 
devant nos yeux 
la vallée se drape 
grande Dame bleue 
dans un océan de douceur 
au loin les bêtes elles mangent 
le soleil dessine sur leur dos 
une guirlande de lumière 
jusqu’au soir 
 
on a ri on s'est assis on a roulé 
on s'est couché on a dormi bouche cousue 
il dormait l'enfant petit 
 
il a gémi il s'est assis il a pleuré il a vomi 
il s'est couché on l'a bercé il a rêvé 
il a bu il s'est levé il est parti on l'a suivi 
le chat petit il a suivi gazouillis de petit 
il a trotté l'attrapant cajolant 
l'enfant têtu les doigts menus : Aïe ! 
il a mordu et puis léché filé on le rattrape 
consolé habillé 
le vent se lève un jour nouveau 
gourmandise et ardoise dans le sac baisers 
 
il a pleuré il s'est cogné 
on l'a laissé 
elles lui parlent elles mentent elles regardent elles le prennent 
il regarde il les suit c'est trop tard 
porte fermée jardin d'enfant 
cœurs gros sur le coeur 
 
trop petit il a vomi il a eu peur 
le téléphone on nous le rend 
il déborde il n'a pas pu 
on n'a pas su 
il reste là il est là il pleure encore 
c'est fini il ira l'autre fois c'est demain 
on verra 
il va aux poules il préfère 
elles le connaissent il ouvre 
il plie pour prendre c'est tiède il s'applique 
à deux mains il saisit panier petit joli 
il est fier il rigole il les chasse ça l'amuse 
ça vole 
il prend c'est gros petites mains c'est précieux il appelle
il  emporte 
fou 
 
Sur la table chat mangeur 
sous la table enfant rêveur visage grave 
beau regard menton dans la main 
jambes vues entrevues 
savates passent et repassent 
mollets nus 
chante la voix marmonne lave prépare range sort coupe essuie
chantonne déplace 
le gronde sourit 
déguerpir 
prendre le chat il a mangé il va dormir 
le garder le poser 
le laisser 
 
s'ennuyer trop petit 
vouloir voir elle se fâche pas toucher 
chasse les mouches 
ça occupe 
grimpe plie un genou sur une chaise 
l'océan : la table 
le bateau : le pain 
il voyage il converse 
 
- il y a un grand ciel des mouettes des baleines sous la table 
attention ! Capitaine ! 
il dessine grandes vagues avec les bras tempêtes avec sa bouche 
il est loin 
sur la table il s'allonge le bateau se renverse 
il coule sous la table il se jette il a coulé 
ils sont morts c'est terrible ! 
les fonds sous- marins magnifiques 
un poisson-chat des poulpes ça fait peur 
il joue il est tous les rôles la mer le bateau le capitaine
le trésor enfoui : – Voui ! 
la malle ouverte fouillée ç'est drôle 
elle l'observe 
il est loin 
d'autres bateaux échoués : les grandes chaussures rangées 
il crie : – Oh! Oh! un requin ! un dauphin maman regarde! 
il frétille se tortille nage par terre roule et fait des bruits 

il se tait il voit les étoiles elles pleuvent dans ses yeux ça tourne 
la maison vire de bord grisé il chavire 
le chat l'a trouvé il le réveille il avance patoune hésitante
sans griffe petite langue front en sueur chatouilles de moustaches 
il renifle bruit de moteur il s'installe lentement se pose sur son cœur lourd 
léger ça chatouille trop près du visage 
détourne la tête bras en croix 
sentir le chat son poids qui pèse doux pianotent les doigts 
s'approchant petite main sur petit chat 
moteur puissant poids lourd 
elle les voit 
 
ça cingle elle tempête : – mon linge ! il se lève 
( le chat n'en revient pas) 
il accourt il est content la pluie le sauve 
il veut l'aider ça fouette elle casse les pinces elle s'énerve
elle  tempête il s'amuse ils courent même elle, elle rit : – Ouf ! 
la bonne odeur de lessive de linge humide 
– maman c'est fini ! le soleil ! 
elle rouspète encore : 
– tant pis ! 
il ricane il l'entoure il lève sa tête 
des trous dans sa bouche 
il l'aime elle le berce un peu debout à ses jupes il s'accroche
elle  balance un peu les hanches 
 
il voit à la fenêtre les grosses gouttes les bulles de lumière
le bout du doigt écrasé sur la vitre fermée les bulles dehors
la bouche la buée tiède les dessins à la fenêtre
il a plu il fait beau 
 
une voiture elle freine elle s'arrête : 
– c'est papa! 
il s'arrête il habille son cœur il n'a pas le droit de courir :
c'est mouillé il attend 
il entre 
– papa ! j'ai pas été! 
il saute à sa taille il entoure ses petites jambes il serre : 
– j'ai vomi ! on a téléphoné maman m'a cherché papa j'ai pas été 
j'ai vomi ! 
il la regarde c'est pas grave 
il l'emporte 
fou de joie il penche la tête en arrière 
trous dans la bouche 
il le fait tourner il le tient il le retient : 
– tu aurais joué beaucoup avec beaucoup 
– mais papa j'ai joué ! j'étais mort dans l'eau 
tout au fond les étoiles le trésor le requin le poisson-chat…
le ca..pi… tai….ne…. 
il a plongé pour de bon il s'endort il dort 
dans la chaleur de son père 
sa main grande comme le dos il le tient 
il pèse contre son cœur longtemps 
doucement il le pose 
 
il se réveille : 
- papa ! 
– tu as dormi dit-elle tu as souri 
il a mangé il est parti ce soir tu le verras 
mange et puis tu dormiras 
– non je ne veux pas ! 
– tu es petit dormir tu dois bien manger pour être grand un jour
papa tu comprends ? 
– je ne sais pas… 
– et à quatre heures tu goûteras et à cinq heures il sera là mange
je t'aime et toi que dis tu ? : 
– maman je t'aime : Grand comme ça ! 
 
– il a vomi encore trois fois Docteur qu'a-t-il j'ai peur 
il voit il palpe il tâte : 
– Aïe ! monsieur fait mal 
 
on l'emporte vite on le couche tout est blanc il fait noir il a peur 
on ne dort pas on fixe le téléphone il a crié il faut venir : 
– maman papa ! j'ai rêvé elle était là Mamie son châle j'ai reconnu 
elle est entré j'étais content j'étais couché dans mon lit elle était 
son visage a fait peur horrible il était si peur j'ai voulu crier
je n'ai pas pu un coup de coude elle m'a donné 
là dans le coté 
j'ai étouffé ma peur j'ai avalé 
 
le matin il a fermé les yeux avaient pleuré
maintenant il sourit 
leurs yeux gonflés rougis ils fixent
ce qu'il en reste de leur amour 
c'est trop tard c'est trop tôt c'est trop vite
pourquoi on aurait du 
 
on n'est plus que trois 
chat tout petit l'herbe s'accroche 
la vie ballote la Dame en noir elle est passée 
son capuchon l'a emporté 
la Dame en bleu toujours belle 
et notre amour brûle comme feu






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