Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Poésie, textes, vidéos piano, chats

Jaune d'or

poudreurs d'escampette : thème, une couleur

 

Il était une fois un roi si riche qu'il conçut un jour le dessein de transformer la moindre parcelle de son château en or. Bibelots, vaisselles, plantes, animaux, des habits princiers, au tablier de la plus petite soubrette, tout et tous se devaient d'arborer la couleur jaune de l'or. Chaque jour, sa vie n'en était que plus prospère et heureuse. Les fêtes se succédaient, et chaque matin était une fête pour chacun. Par tous les temps, même le plus gris, les dégradés de jaune clair, paille ou sable qui composaient les plafonds, les sols ou les tentures, ne faisaient que rehausser la splendeur du jaune d'or qui réchauffait de sa présence les yeux et les cœurs.

Pour son mariage, il eut une seule exigence. Trouver la princesse aux yeux d'or. Celle qui, en riant, éclabousserait les jours d'éclats de joie et de soleil. Il trouva cette perle rare en la personne d'une princesse espagnole dont les cheveux étaient plus noirs que le geai. Ayant prévu cette éventualité, il lui fit seulement promette d'accepter de se teindre les cheveux jusqu'à la mort, ce à quoi elle consentit en riant aux éclats…d'or.

Leurs enfants, aussi bruns que leur mère, durent faire la même promesse à l'âge adulte. On se contenta de les affubler dans leur jeunesse de perruques blondes toutes plus resplendissantes les unes que les autres, accordées aux saisons et aux activités du moment. Passionné, mais non utopiste, le roi avait bien sûr imaginé que les yeux de leur nombreuse progéniture n'auraient pas tous la chance d'être lumineux et "noisette" comme ceux de leur mère. Qu'à cela ne tienne. Maquillages, sur et sous les paupières, paillettes de vrai or saupoudrées sur le haut des joues, bijoux pour les filles, chapeaux gansés de fils cousus d'or pour les garçons, toutes ces chères têtes blondes ne renvoyaient au monde que chatoiements et pépites de gaité.

Le soir, il dévêtait lentement sa femme et la contemplait, entièrement nue, cherchant quelle partie du corps il pourrait bien encore honorer de son or. Doigts, poignets, chevilles, cou, oreilles, brillaient de mille feux, mais il cherchait, cherchait encore. Il se mit à rêver d'une chaine délicate qui ornerait à la taille de son aimée, et au pendentif qui, caressant ce triangle épais et noir, lui cacherait, pour mieux la dévoiler, ce qu'il appelait "la Porte du Paradis"….
Il y songeait comme l'artiste à son œuvre d'art.

Enfin, il opta pour une cascade de grelots d'or fin, n'ayant trouvé d'autre comparaison pour décrire sa joie d'aimer que l'image de la source. Une source d'eau vive, reflétant le plus joyeux des soleils.

La ceinture fut confectionnée par le plus habile des nombreux bijoutiers royaux, tous fort occupés par la transformation de tout ce qui compose un château ordinaire en véritable bijou, en trésor jaune. Le joaillier particulier du roi y met tellement de cœur que la chaîne et son précieux pendentif furent prêts bien avant l'heure. Freinant son impatience, le roi attendit la date anniversaire, celle de leur mariage, pour offrir à la reine son merveilleux présent.

Le soir arriva enfin. Dans un ravissement total, il attacha de ses doigts tremblants la parure royale à la taille encore fine de sa belle. Faisant teinter les minuscules grelots d'or, lui et sa femme connurent cette nuit-là la plus douce ses extases.

Les années passaient, le roi et la reine se faisaient vieux. Mais leur cœur restait toujours jeune, brillant et chantant éternellement, tout comme les bijoux de leurs somptueux ébats.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
S
Un texte comme un conte, merveilleux. Non, il n'y avait pas de tatouage à l'équope mais nul doute qu'ils auraient été d'endre dorée!
Répondre