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Poésie, textes, vidéos piano, chats

Lieu où l'on a dormi

    Vers 22 heures, la température est suffisamment fraîche pour pouvoir dormir au grenier. On grimpe à l’échelle de meunier, et on se glisse dans le petit lit en bois de pin, trop étroit, sorte de lit d’enfant, à moins que ce ne soit l’ancienne moitié d’un canapé, bricolée.
Par la lucarne grande ouverte, tous les sons de la nature nous parviennent. Bruits familiers d’animaux, pourtant  inconnus.   Comment est-il, par exemple, ce crapaud, dit : « crapaud accoucheur » ? Ce merveilleux flûtiste à une seule note, mais, quelle note ! : tut, tut, tut ... suivie de silences plus ou moins longs ; suffisamment espacés, comme pour nous laisser le temps d’en recueillir toute la beauté. On dirait des petits trous, comme des bouts de nuit dans la nuit ; des petites touches, des sourires, clignotis et petits déglutisssements de la nuit.
Déglutisssements de bien-être. Et le calme s’installe ; la paix du soir dans nos cœurs. Oui, comment est-il ce mystérieux crapaud, apparemment solitaire ? Jamais je ne pourrai le remercier.
Certains oiseaux chantent aussi dans la nuit, comme en plein jour. Je crois bien qu’ils ne dorment pas.
Ô nuit douce et vraie ! Je voudrais dormir dehors, comme on dit, cette expression si jolie : « dormir à la belle étoile». Oui, on dirait que tous ces frottements, toussotements, frôlements, halètements, viennent des étoiles. Ce sont les bêtes, les bêtes de la nuit qui ne font qu’un avec les étoiles.
  
    Je n’ai fait qu’un avec la nuit tout l’été. Tous ces petits bruits m’ont lavé le cerveau.
   
    Même quand la température s’est peu à peu rafraîchie, j’ai tenue dans le grenier jusque fin Septembre. L’humidité, je l’ai apprivoisée, bien au chaud dans mon duvet. Mon esprit et mon corps ont accepté la pluie et la fraîcheur. Et je n’ai pas eu peur du vent non plus, bien au contraire. Je l’écoutais venir, débouler de loin ; je l’attendais. Je l’attendais comme un ami ; comme un amant. Et j’accompagnais sa force, jusqu’au bout. C’était bon aussi. Aussi beau que le silence plein de trous de l'été. Beau comme l’autre face d’une même manne. 
   
    Je n’ai fait qu’un aussi avec l’humide. Avec les éléments.
   
    Et l’hiver m’a surprise. L’hiver gracile et dépouillé.
 
L’hiver des grives gelées et des carreaux givrés. L’hiver des bouillottes sur les pieds et des matins glacés. L’hiver au silence cotonneux, aux pas feutrés et au canevas de l’an dernier. Au silence des nuits trop longues, et des rêves plus lourds.
Les premiers bocaux de prunes qu’on entame. Le café toute la journée sur le coin de la cuisinière, et les amis qui passent, pour passer le temps.
  
   Rien à faire. 
 

    La terre, qui semble dormir, en vérité travaille en secret, dans les profondeurs.  Pour nous, la terre se prépare, pour construire le lit des étés futurs, bien au chaud, sous la froidure.






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