Poésie, textes, vidéos piano, chats
un dernier hommage à notre maison du Berry, qui vient d'être vendue... (extrait de "Lumière du sud")

Vers vingt deux heures, la température est suffisamment fraîche pour qu'on puisse dormir au grenier. On grimpe à l’échelle de meunier, et on se glisse dans le petit lit en bois trop étroit, sorte de lit d’enfant, à moins que ce ne soit l’ancienne moitié d’un canapé, bricolée.
La lucarne grande ouverte, tous les bruits de la campagne nous parviennent. Cris familiers d’animaux pourtant méconnus...
Comment est-il, par exemple, ce crapaud, dit « Crapaud accoucheur » ? Ce merveilleux flûtiste à une seule note - mais quelle note ! - tut, tut, tut… suivie de silences plus ou moins longs, suffisamment espacés, comme pour nous laisser le temps d’en recueillir toute la beauté. On dirait des petits trous, des bouts de nuit dans la nuit. Des petites touches, des sourires. Clignotements de la nuit, déglutitions de bien-être… Et le calme s’installe. La paix du soir dans nos cœurs. Oui, comment est-il ce mystérieux crapaud apparemment solitaire ? Ce mystérieux musicien….
Certains oiseaux chantent aussi dans la nuit, comme en plein jour. Je crois bien qu’ils ne dorment pas. O nuit douce et vraie ! Je voudrais dormir dehors, dormir à la belle étoile… On dirait que tous ces frottements, toussotements, frôlements, halètements, viennent des étoiles. Ce sont les bêtes, les bêtes de la nuit qui ne font qu’un avec les étoiles. Je n’ai fait qu’un avec la nuit tout l’été. Tous ces petits bruits m’ont lavé le cerveau.
La température s’est peu à peu rafraîchie, mais je suis restée dans le grenier jusque fin septembre. L’humidité, je l’ai apprivoisée, bien au chaud dans mon duvet. Mon esprit et mon corps ont accepté la pluie et la fraîcheur. Je n’ai pas eu peur du vent non plus, bien au contraire. Je l’écoutais venir, débouler de loin, je l’attendais. Je l’attendais comme un ami. Un amant. Et j’accompagnais sa force, jusqu’au bout. C’était bon aussi. Aussi beau que le silence plein de trous de l'été. Beau comme l’autre face d’une même manne. Je n’ai fait qu’un aussi avec l’humide. Avec les éléments.
Et l’hiver m’a surprise. L’hiver gracile et dépouillé. L’hiver des grives gelées et des carreaux givrés. L’hiver des bouillottes sur les pieds et des matins glacés. Silence des nuits trop longues et des rêves plus lourds. L’hiver aux bruits cotonneux, aux pas feutrés… au canevas de l’an dernier...
Les premiers bocaux de prunes qu’on entame, le café toute la journée sur le coin de la cuisinière. Et les amis qui passent, pour passer le temps. Rien à faire…