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Espèce menacée

 
Mots imposés : chapeau gnou cocotte panacée scarlatine sphinx damoiseau gaz cuculle hostile clairvoyant lapine


      Dans la réserve, vivait le dernier couple de gnous "noirs", espèce en voie de disparition depuis l'année 2006. Les sécheresses répétées et l'extermination par les humains de ces bêtes appréciées pour leur viande tendre et légère ainsi que pour leurs cornes aux vertus aphrodisiaques bien connues, avaient eu raison des efforts des autorités. Ne restaient que ce vieux mâle et sa "maroufle", encore jeunette mais si nerveuse qu'elle n'avait pas encore réussie à mettre bas.
 
La situation étant devenue plus que critique, on décida de tenter le tout pour le tout, c'est-à-dire d'introduire dans cette partie de l'Afrique une femelle "bleue", autre race de gnous encore prolifique plus au sud. Les scientifiques partaient gagnants pour la réussite génétique de cette union inédite, mais ne se prononçaient pas quant à l'aspect "psychologique" d'une telle rencontre… Les autochtone, eux, riaient déjà sous cape…
 
On choisit la plus douce et la meilleure nourrice dans une autre réserve située à plusieurs centaines de kilomètres, et pour ne pas l'effrayer pendant le transport on lui administra un petit calmant le temps de lui cacher les yeux sous une sorte de chapeau en peu de buffle qui lui moulait la tête comme une cuculle de moine, avec deux trous pour laisser passer ses jolies cornes.
 
La rencontre se passa fort mal entre ces deux "cousines" éloignées ! La maroufle noire se montra jalouse et hargneuse comme une vieille cocotte en voyant son vieux mâle s'intéresser de près à cette rivale qui, de plus, se comporta immédiatement, sous les yeux médusés de certains, en chaude lapine !
 
Les incessantes bagarres entre les deux femelles n'empêchèrent pas la belle bleue de donner bientôt des signes d'engrossement, et on attendit avec curiosité et excitation une portée de un, voire de deux petits "gaous" (bleus ou noirs, telle était la question), dans les mois à venir !

Tout s'annonçait pour le mieux.... quand, catastrophe ! La future maman fut retrouvée morte, la tête couverte de pustules rouges comme rongée par une virulente scarlatine, le ventre éclaté d'où s'échappait un gaz bouillonnant et putride laissant voir deux foetus presqu'à terme déjà visités par les hyènes et les rapaces du coin !
 
Les signes d'encornements permettaient sans la moindre discussion possible d'attribuer cette lâche attaque à la jalousie de la maroufle noire. 

On essaya alors l'opération inverse. Importer cette fois un mâle bleu, et espérer l'impossible : qu'il dompte et s'entende avec cette harpie ! On le prit pour sa vaillance, sa prestance de sphinx, bref, tout le contraire d'un damoiseau pas fini, non : il fallait un mâle, un vrai ! Restait à savoir comment l'intrus allait se faire accepter par le vieux gnou noir, mais pas besoin d'être grand clairvoyant pour prévoir que ce dernier serait d'emblée hostile à ce concurrent, de race différente qui plus est, quoique très proche. C'était l'expédition de la dernière chance.
 

      Quand cette merveille de la nature, cornue et bleue à souhait, fut amenée par camion sur le territoire du couple stérile, tout le monde retint son souffle dans l'attente anxieuse de la première rencontre. D'abord intrigué, encore un peu groggy, le fier animal gagna lentement la savane, suivi discrètement par toute une équipe de cameramen enrôlés pour tourner le documentaire animalier du siècle, qui promettait d'ailleurs de rapporter pas mal d'argent !
 
Comme l'avaient prédit la plupart des gens du pays, ce ne fut pas la panacée ! Loin de là ! Tout se passa très vite… la bête virile fonça sans hésiter sur la maroufle noire, qui, surprise, fut assommée sur le coup ! Quant au vieux mâle, il détala sur le champ à la vue de ce colosse, et on perdit sa trace pendant plus de quinze jours. Il fut retrouvé mort de soif, à la limite de la réserve et du désert.
 
Ainsi s'éteignit la race des gnous noirs, le 09 Avril 2042.
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