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Poésie, textes, vidéos piano, chats

" Tire l'aiguille "


Contrainte d'écriturecreative : faire parler un objet usuel.
    

Cliquez sur la 1ère flèche pour écouter la chanson  



Elle chante... je crois qu'elle rêve. Elle me saisit délicatement entre le pouce et l'index....
        
Elle m'accroche un petit fil à la patte, léger, si léger que je ne sens même pas son poids glisser derrière moi. J'entends seulement le frottement rêche si caractéristique de ce pauvre compagnon de cordée dont le sort est de diminuer inexorablement, prisonnier des mailles de ce filet de soie ou de coton.

Tandis que moi, toujours en tête, je cours, je vole ! J'enfonce mon museau pointu dans le tissu, c'est à peine si je sens sa résistance. La texture serrée de sa toile cède doucement, un léger craquement, et je le transperce de part en part, poussée gentiment par un ravissant petit dé sculpté. A chaque nouveau point, je ressors victorieuse, plus lustrée, plus forte et plus éclatante que jamais, fin prête pour une nouvelle plongée.
  
Aujourd'hui, c'est broderie. Je le sais. Je le sens à la manière dont elle me fait virevolter en tous sens. Jour créatif où elle se laisse aller à son imagination. J'ai droit à toutes les couleurs. Elle m'élève sans arrêt à hauteur de son visage, en pleine lumière. Elle me scrute avec des yeux de braise pour enfiler avec frénésie les fils capricieux de son inspiration. Et là, gare à moi si je vacille !
   
Ma perfection, l'acier brillant de mon corps, tout en moi hypnotise cette artiste de la dentelle. Le rythme s'accélère. Elle chante, moi, je danse. Pendant des heures. Jusqu'à la transe.

Je n'ai qu'une crainte : qu'elle ne me perde ! Comme ma voisine de droite, qu'on n'a plus jamais revue. Tombée, la pauvre, sur le tapis, elle n'a pas été retrouvée, fondue dans les méandres tortueux de cette bête à poils ! Nous sommes si petites, si menues, invisibles parfois... 
   
Ce n'est pas faute de l'avoir cherchée, pourtant. Notre propriétaire est si attachée à nous... Quelle triste fin pour ma consoeur ! Sûrement aspirée, un jour de ménage, par cet horrible monstre électrique, mangeur de poussière. Terminer ainsi ! Habituées que nous sommes à l'hygiène la plus parfaite, aux mains toujours propres... c'est affreux.
     
O
n m'a parlé d'une autre fin, relativement fréquente chez nous, quoique fort originale : la cuisse de la couturière ! Sans douleur, parait-il, pour notre maîtresse qui s'asseoit malencontreusement sur nous, nous disparaissons dans les parties les plus charnues de son corps... et hop ! Ni vu ni connu ! Envolées pour de bon. Englouties.

C'est la vérité, je vous l'assure. Certaines d'entre nous ont été aperçues, tout à fait par hasard, sur des clichés radiographiques. Toujours aussi belles. Clinquantes comme au premier jour !
  
Pour le coup, nous ne formons qu'une seule chair avec notre chère maîtresse... 
   
Allez, ma fille, tire l'aiguille...

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S
Très original cette idée d'avoir pris l'aiguille comme "objet d'étude"!<br /> Je suis sous le charme de cette aiguille, je l'imaginais sans peine, filer, entrer, sortir...
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