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Poésie, textes, vidéos piano, chats

L'odeur du temps


Photo de la maison du Berry, de Thérèse et Robert, prise hier : la grande pièce...

Dans la cuisine, ça sent la pomme. Ou plutôt la remise. Ou les deux. En fait, ça sent la campagne. Mélange d'odeurs de feu de bois et d’air frais.
Car ici, l’air sent bon. Peut-être parce que la pièce est grande. A moins que ce ne soit son odeur à elle, à Thérèse. Tous les parfums que ses joues fraîches et roses ramènent du dehors, et de ses chèvres dont elle ne pourrait pas se passer… Thérèse c’est tout cela : les effluves du sol, des herbes, des fleurs, des pommes, des bûches, celle du fromage qu’elle fait elle-même et de la savonnette du matin.

Sa cuisine sent le propre, une propreté de campagne. Fruitée. Une odeur qui se mange. Et oui, toujours ces fameuses pommes ! Tachetées, petites, mais si parfumées et goûteuses !

On s’assoie sur le banc, le dos contre le mur, la chienne sur les genoux, on boit, et on rigole. Café, sirop ou "canon" : ici, le vin est bon. Moins le café. Mais il a le mérite d’être toujours chaud, posé en permanence "au cas où" sur le coin le moins brûlant de la cuisinière. La table en formica je la trouve belle, d’une taille idéale, pratique et toujours propre. Faut dire, Thérèse est une artiste du rangement, du nettoyage et du travail bien fait en général. On y allonge les bras pour jouer aux p’tits ch’vaux, tandis que Thérèse triche, se fâche, et qu’on déplace les pions en plastique à la place de Robert qui ne peut plus bouger les bras…

Robert, lui, sent le "sale". C’est devenu si difficile pour lui de se laver, de se mouvoir pour quoi que ce soit d’ailleurs… Mais c’est "son" odeur. Elle va bien avec ses yeux délavés, sa barbe de deux jours et son rire irrésistible ; le rire de celui qui est revenu de tout... si féminin, si sensible.…

Robert, paralysé, mais toujours content. Surtout de nous voir. On est attendus tous les jours pour le café et les biscuits, rarement pour un vrai repas. Mais nous avons accès à la cuisine ce qui est une marque d’amitié et d’intimité, l
’immense salle qui servait autrefois de grande pièce à vivre étant réservée aux "étrangers" ou aux très grandes, et rares occasions. D’ailleurs il y fait froid.

Mais l’été, il m’arrive d’y rêvasser, les pieds sur les genoux de Robert dans le petit canapé, discutant de tout et rien avec Thérèse, toujours assise sur le banc de bois, incapable de prendre un dossier, mal à l’aise de ne rien faire.
C'est une pièce sombre où les visages rayonnent de leur propre clarté. La lumière y est dorée comme dans un tableau de Delacroix. La longue table de ferme est seulement éclairée par l’imposte au dessus de la porte, mais  c’est le seul endroit au monde où j’y vois assez clair pour coudre et enfiler cette satanée aiguille ! Tout était si bien pensé et conçu à l'époque.... J'y resterais des heures, sans rien faire d'autre que respirer. Non que cette pièce-là sente la remise, comme la cuisine, ou les pommes, non. Elle sent seulement la fraîcheur. Le calme de la campagne. Le silence. Le passé. Le temps qui s'écoule.


Est-ce l'odeur des pierres de pays qui ont façonnées la maison ? Est-ce l'odeur de terre ? De bois ? Comme celui des énormes poutres et de tous ces vieux meubles... Ou celle de la vieille pierre de bassie - intacte quoique silencieuse, si belle, immaculée, noire - qui aurait gardé la mémoire de l'eau ? La maison sent-elle "la nature", tout simplement ?...

Avide de sensations comme lorsque j'étais petite, je saisis le petit journal local que me tend Robert. Je sais que lui, me comprend, tandis que Thérèse hausse les épaules. J'ouvre les grandes feuilles fraîchement éditées et tout un parfum de vie me saute au visage. Comme les catalogues aux mannequins envoûtants et irréels, que j'explorais enfant, je m'enivre de cette chaude odeur d'encre et de papier, sentant sous les cuisses la douceur du canapé aux relents discrets de faux cuir. Pour parfaire mon plaisir, deux mouches viennent caresser mes jambes et je les laisse faire.
Une dernière pensée pour ma soeur qui, elle, les écrasait sur la vitre, un clin d'oeil à Robert, et je sombre dans le sommeil, le nez dans la bonne odeur du journal et du temps.



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P
Suite à ton passage chez moi où tu as laissé le numéro d'article, je viens de lire ce texte absolument remarquable dans la description. On y est : on sent, on touche, on admire les qualités humaines de ces gens de la campagne. Des gens meurtris par le dur travail des champs sous les intempéries ; mais qui gardent toujours au fond d'eux-mêmes cette dignité et cette fierté qui fait souvent défaut aux citadins. J'ai aussi des amis de cet acabit-là. Quand je vais chez eux ils font des complexes d'infériorité car ils s'imaginent être de pauvres "culs terreux" ! S'ils savaient comme je me sens tout petit et humble à côté d'eux ! Ils détiennent une vérité que nous ne savons plus reconnaître. "Les vieux" de Daudet me rappellent un peu cette ambiance. Ta plume est le miroir de ton âme, je le crois, je le ressens. Belle âme en vérité ! Amitiés. Pierre. 
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D
<br /> merci d'être passé, pierre, ce n'est pas mon genre de faire ma "pub", mais là ton texte m'a trop fait penser à celui-ci, rires, surtout l'odeur des pommes ! bises<br /> <br /> <br />
D
Merci pour cette visite, Rémy, oui, un bon verre d'eau, cette eau pure que nous avons un peu perdue... je suis si nostalgique de la vie à la campagne !
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R
Les maisons de campagne, ces odeurs de terroir, ces couleurs chatoyantes...Magnifiques et bien retranscrits dans ton texte. C'est poignant et rafraîchissant, ça se lit comme on boirait un verre d'eau fraîche à l'ombre du gros platane, dans le jardin...Non j'exagère, mais continue.Bien à toi,Rémy
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D
Merci de ta "visite" dans la maison de Thérèse... <br /> Dommage, elle et son mari refusent obstinément de se laisser photographier ! domi
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S
Une simple cuidsine mais un univers particulier, une atmosphère chaleureuse. <br /> Je m'y assoierait bien volontiers à cette table!!!
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