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Essor

Mots obligatoires : morfondre ; port. Botte. Relation. Rauque. Enferrer. Epinette. Dérogatoire. Sixièmement. Confiseur. Essor. Avisé. Nul. Tranchant. Défier. Mouvoir. Déboulonnage. Siffloter. Desservir. Crapuleux.



Essor 

Maryse essaya encore une fois d’allumer le petit morceau de bougie qu’elle avait retrouvé par miracle dans son sac, ainsi que ce vieux briquet tellement vieux qu’il ne devait plus avoir d’essence, mais une légère brise, venue de nulle part, semblait vouloir s’acharner après sa malheureuse flamme. Malodorant, dégageant une humidité noirâtre, le souterrain du métro où l’avait projetée l’explosion, lui renvoyait des images effrayantes, agrandies par la lumière déformante de la bougie.
  
Elle voulait se laisser guider par la voix si faible qu’elle croyait avoir entendue gémir quelque part. Plus rien ne comptait plus pour elle. La rejoindre pour rompre la solitude et l’effroi où l’avait plongée cette catastrophe.
 
"Je me fais peut-être mon cinéma, pensa-t-elle, il ne s’agit peut-être pas d’une voix humaine...".

La flamme de sa bougie s’affolait de plus en plus, sans qu’elle comprenne pourquoi, tant l’atmosphère était étouffante. Parler à quelqu’un était son unique et farouche désir. Son genou lui faisait terriblement mal mais peu importait. Elle parvenait sans difficulté à ranger dans son cerveau chaque problème, par ordre d’importance. Elle sentait bien que la blessure était sérieuse, envisageant même avec une surprenante sérénité une éventuelle amputation, mais peu importait. Il lui fallait impérativement rejoindre cette personne et, ensemble, trouver la sortie.
  
Soudain, elle trébucha. Tremblante, elle dirigea timidement sa bougie vers le sol, et vit contre le mur, une paire de grosses bottes en plastique vert, comme des bottes d’égoutier, curieusement assez bien rangée.

- Eh ! Il y a quelqu’un ? hurla-t-elle. Son écho lui répondit en cascades, puis plus rien.

A nouveau, elle l'entendit. Une voix rauque, cassée par la douleur.

- Par ici, par ici...
 
"Sauvée !" pensa Maryse, bien qu’elle se préparât au pire. Son instinct lui disait déjà que cette personne aurait besoin de son aide, mais, mon dieu, elle n’avait jamais autant désiré une rencontre !

Enfin, elle le vit. Vêtu d’un imperméable en plastique jaune, de toute évidence il s'agissait effectivement d'un égoutier. Il gisait au milieu d’un tas de ferrailles.

- Mon épaule... gémissait l’homme. Maryse se précipita près de lui, l’éclairant de sa bougie.

- Je suis là, je suis là, s’entendait-elle répéter, sans comprendre elle-même de quelle autorité elle disait cela.
 
Mais lui, souriait déjà, arrachant le même bon sourire sur le visage de Maryse, qui se sentit soudain tellement bien... Tellement forte ! C’était magique. Toute la tendresse de son regard se déversait sur cet homme qu’elle consolait comme un enfant.
  
- Que s’est-il passé ? demandait-il, complètement hagard.
  
- Une explosion, une explosion terrible dans la rame à coté de la mienne, je crois... lui répondit Maryse avec douceur.

- Je m’apprêtais à ranger mon matériel, continua l’homme, j’avais fini de vérifier le déboulonnage de la bouche d’égout n° 8, j’avais déjà enlevé mes bottes ; par mesure dérogatoire j’avais obtenu la permission de rentrer plus tôt ce soir pour l’anniversaire du petit, je devais passer chez le confiseur...et...et...sixièmement... 
  
Il tournait de l’oeil.

- Dites, madame... ajouta-t-il aussitôt, en rouvrant doucement les paupières, j’ai fait un sacré vol plané, hein ?...
    
- Oui, oui , répétait Maryse, se retournant vers les bottes de l’égoutier, intactes, une vingtaine de mètres plus loin.

- Que ressentez vous ? demanda-t-elle soudain, se surprenant à jouer les médecins.
     
- Mon épaule, c’est affreux, une douleur atroce, je crois que...
   
Une sorte de barre métallique, apparemment très tranchante, s’était enferrée dans son bras, traversant l’épaule, en biais.

" Ce n'est rien, ce n'est rien..." s’entendait penser Maryse, malgré l’évidence. Elle se trouvait dans un autre état. Dans une autre dimension. Rien n’était grave puisqu’il restait la vie. La VIE ! Et son homme, là, devant elle, souffrant le martyre, était bien vivant. Et elle aussi. Rien d’autre n’avait d’importance. "Que c’est bon d’être en vie !" chantait une petite voix au plus profond d’elle-même.

L’homme était visiblement incapable de mouvoir quelque partie de son corps que ce soit, tant la barre de fer semblait lourde. Maryse jugea donc plus avisé de partir elle-même chercher du secours, chose qu’elle redoutait par dessus tout. Ainsi elle allait devoir à nouveau, défier seule ce souterrain effrayant ; mais il le fallait. Elle était responsble de lui maintenant, elle n’avait plus le droit de se morfondre.
Elle se devait de les sauver tous les deux ; de les sauver de ce sabotage crapuleux, immonde, inhumain.
     
Heureusement, les yeux de Maryse s’étaient peu à peu habitués à l’obscurité, car son bout de bougie rendit l’âme d’un seul coup. Pour se donner du courage, elle se surprit même à siffloter en partant d’un bon pas.
  
C’est alors qu’elle entendit à nouveau quelque chose. Un bruit pour le moins étonnant dans un souterrain de métro, après une telle catastrophe... Une sorte de musique... lointaine, aigrelette... Un clavecin ? Une épinette, peut-être.... 

" A moins que ce ne soit tout simplement une guitare, une guitare complètement désaccordée... " réalisa Maryse en accélérant le pas. " Mon dieu ! Un musicien surpris par l’explosion de la rame ! Mais comment peut-il jouer dans une apocalypse pareille ? ".

Elle courait presque.

Ce qu’elle découvrit alors lui sembla particulièrement horrible. Une guitare, en effet, gisait par terre ; et ce que Maryse eut le temps d’apercevoir, avant qu’il ne détale à son approche - c’est le rat ! - le rat qui avait sans doute essayé de ronger les cordes, produisant ce son particulier d’épinette, cette musique d’un autre temps.... 

" C’est cauchemardesque ! ", se surprit à penser Maryse. Nul ! C’est vraiment nul ! Ces terroristes sont tous des nuls !! ".

Aucune trace d’être humain dans le tunnel. Elle n’avait pas le choix, il lui fallait aller tout droit pour avoir une chance d’arriver à bon port. Ainsi, il serait plus facile aux secours de retrouver son blessé. Même si elle devait marcher pendant des kilomètres, elle savait bien qu’elle ne renoncerait pas.
   
Son genou maintenant n’était plus qu’une immense sensation de brûlure. Mais cette douleur n’était pas elle ; elle la voyait, c’est tout. Quelle force l’animait ! L’angoisse mêlée à la volonté farouche de sauver son cher égoutier - avec qui, elle le sentait, une relation d’amitié s’était installée à tout jamais - lui donnait un courage et une détermination dont elle ne se serait jamais crue capable.
   
Elle avait le sentiment enivrant d’être vraiment à sa place ; de jouer le rôle qui était le sien ; la certitude que rien désormais ne pourrait la desservir ; la sensation extraordinaire de prendre enfin son essor !

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D
Ravie qu'elle t'ait plue ! Béatrice...?<br /> A te lire ! domi
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B
 Très belle nouvelle. Forte et bien écrite.<br /> Bravo.
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