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Parfum de vie

         


      
C’est l’été. Quand tout le monde dort encore, je quitte la grande tente du camp d’ados où je passe mes vacances, et me dirige vers le bâtiment qui fait office de salle de bains.
     
Mon plaisir est de poster mon petit visage triangulaire bien bronzé devant la glace où se reflètent la lumière du soleil levant et le paysage tout autour. J’ai quatorze ans, la nature s’éveille pour moi seule. Ces parfums enivrants de l’aube sont pour "mes" narines, "mes" poumons. C’est tout mon être qui se gorge de ces essences inconnues et pourtant si familières, si intimes…
    
Minuscule, écrasée par ce magnifique et grandiose massif du Vercors, ma tête, pourtant, touche le ciel. Un espace s'ouvre en moi, sans limite. Quel sentiment de connivence et de puissance ! J’inspire au fond de moi la montagne, je possède le monde. Mon cœur se gonfle de ferveur et de reconnaissance. Je ne sais plus si je suis une plante, un animal, et si je ne vais pas me rouler dans l’herbe comme un cabri pour communier encore plus pleinement avec ces effluves de fleurs et de rosée. Cela doit être tellement formidable d'y plonger le visage, de s’en humecter et de s’en repaître !
     
Si l'on me voyait !... Je me suis jetée le long d’une petite pente, et je roule, roule… Jusqu'aux larmes. Trop de bonheur. Je crois que mes poumons ne seront jamais assez grands pour contenir cette beauté, cette pureté ! Tous ces parfums, cette nostalgie… Pourquoi ? Où les ai-je donc déjà connus et sentis ? Cela remue tant de choses en moi. J'ai l'impression d'aimer, d'aimer si fort.
     
Je pense déjà au retour à Paris. Arrachement de plus. Dans l'autre sens cette fois, moi qui pleure comme un bébé à chaque départ en vacances. Non, maintenant, je ne veux pas repartir. Je me sens tellement libre et heureuse dans ce camp de vacances ! Je ne crains rien de cette nouvelle journée qui s’annonce identique aux autres : balade en chantant, pique-nique au feu de camp. Ça tombe bien, j’adore chanter et marcher sur les belles routes de montagne entourées de sapins, parsemées de fleurs, luisantes de soleil !
     
Quand j’ai suffisamment rempli mon âme d’air et de force, je retourne me glisser dans la douceur de mon duvet et retrouve la tiède odeur des filles de ma tente. Un gargouillis dans mon jeune estomac. Je pense déjà, avec délice, à l'odeur du café-chicorée – où l’inverse ? - qu'on nous servira tout à l'heure au réfectoire.
Personne ne saura rien de mon escapade ni du bol d’air au frais parfum de vie que je me suis octroyés dans la solitude du matin.
     
J’inspire calmement les doux mélanges qui me parviennent encore du dehors, tandis qu’un flux de bien-être coule à travers mes membres et dans tout mon corps.
       
Celui d’une rivière infinie.





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