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Contraintes de l'Atelier d'écriture. Un personnage : une sirène. Un lieu : le toit d'un bâtiment. Un objet : des ciseaux. Un moment : le 19ème siècle.
" Daguerreotype ".

Au premier plan, on y voyait le haut de la vieille église de Saint Guénolé- sur- Mer, que le photographe, perché sur le toit d'un restaurant réputé pour sa terrasse panoramique, avait prise en photo un soir de pleine lune particulièrement pur. Plantée comme une grosse orange au faîte du clocher, la lune éclairait comme en plein jour le bord de mer qui se découpait distinctement derrière l'église.
L'’histoire de cette photo alimentait depuis des générations les veillées de la famille Daguerre, car personne n'avait réussi à en élucider le mystère.
Une image tout à fait insolite s'était en effet gravée sur la pellicule. Quelle surprise pour le célèbre photographe, de découvrir, lors de la première séance de développement de cette photo, une silhouette féminine bien étrange, directement surgi des légendes les plus fantastiques : une sirène ! Pourtant, aucun doute n'était possible. Nonchalamment assise entre deux rochers proches de la plage, les nageoires inférieures recourbées souplement vers sa hanche droite, les écailles de la jeune créature dotée d'une impressionnante chevelure, brillaient distinctement sous la lune.
Depuis toujours, le photographe affirmait avec force n'avoir vu aucune âme qui vive sur la plage ce soir là.
- " Tout dormait", se plaisait-il à raconter. " Le temps semblait suspendu. Pas une mouette. Absolument rien. La luminosité était d’une pureté tout à fait exceptionnelle, s’il y avait eu la moindre chose, je n’aurais pas manqué de le remarquer ! "
On le croyait sans peine, expert qu'il était à scruter la paysage pendant des heures avant d'appuyer sur le déclencheur. Force était d’admettre que cette apparition surnaturelle ne s'était manifestée que sur la plaque photographique...
Féru de photos, tout comme son ancêtre, François s’était amusé à tirer bon nombre d'épreuves de ce mystérieux négatif, à la recherche d'une explication plausible. Il n'avait pas, bien sur, résister à la curiosité de l’agrandir... C’est ainsi qu’un jour, il fit une découverte extraordinaire.
Plus il grossissait les trais du visage de la dite sirène, plus il se surprenait à rêver. Un étrange sentiment le gagnait tandis qu’il contemplait l’expression si douce de ses yeux et de son sourire ingénu.
Un sentiment de « déjà vu »…
Il eut d'abord l’idée de cacher, avec la tranche de sa main, les cheveux emmêlés de la belle. Intrigué, il fit de même avec les deux mains. C’est alors qu’'un frisson le parcourut : il venait de découvrir à quelle personne lui faisait penser ce visage ! Il entreprit d'en découper le contour aux ciseaux afin de le débarrasser de son extravagante chevelure et de son corps de femme-poisson. Frénétiquement, il fouilla alors dans ses vieux albums à la recherche d'une photo, qui sembla lui convenir, et entreprit d'y substituer le visage de la sirène...
La gorge nouée d’émotion, il demanda à sa femme de reconnaître le personnage du collage qu'il venait d'effectuer tant bien que mal. Celle-ci n'eut aucune difficulté à nommer la jeune femme aux cheveux courts et en maillot de bains, que l'on voyait sourire sur cette photo déjà ancienne.
Incrédule, elle s’esclaffa :
- " Tu te crois drôle ? Il s’agit de Laure évidemment ! Quand elle avait vingt ans à peu près. Pourquoi cette question ? Et pourquoi as-tu massacré cette malheureuse photo ? ".
Ils avaient devant eux le visage de leur propre fille. Laure Marie Angèle Daguerre, ex-championne de natation. Arrière arrière petite fille du génial photographe du 19 ème siècle.