PHASME
Mots vides sans style
de mon stylo
miasmes
de mes poèmes
sans chair
sans ossature
je me sens phasme
brindille
fétu
tige droite
sans âme
une écharde
un trait
un tiret
sur ma vie
ce que je suis
ligne
longue
sans poil
sans plume
sans feuille
un brin
sans racine
sans ventre
une fente
une ébauche
une rayure
petite griffure
faite à la plume
une strie
figée
bâton
bout
de
bois
vide
bout
de
vie
Adieu mon chien
Sur le goudron ensoleillé
J’ai voulu retourner
Hélas, la rue éclaboussée
M’a renvoyée l‘absence
De ton dernier regard
J'entends dans le printemps
Moqueur et insouciant
Sonner à chaque pas
L'écho de tes souffrances
Hélas, mon vieux Lucky
Les fleurs des rues
Sont bien fades
Aujourd’hui
Elles ont la pâleur
De ton dernier soupir
L'ESCARGOT
Je l’ai vu,
je vous assure
glisser à toute allure
sur son petit traîneau
rigolo
Filant la tête altière
vers les plants menus
de mes laitues
Les yeux en l’air
la bave au cul.
ODEUR PERDUE

Vogue
le souvenir
de l'eau vite bue
des odeurs perdues...
Tu sentais bon, mon ange,
tu sentais le frais, et je me perdais
dans la robe épaisse de ton pelage noir.
Là, dans mon cœur, un parfum de bonheur,
et le regret fou des baisers dans le cou, renversé et mou...
Ma Toutsy, mon petit, te voilà repartie vers ton paradis
mais le temps aujourd'hui a traversé l'oubli,
et l'odeur de ton corps, doucement,
flotte encore, au bout
de ma mémoire,
exhalation légère
PORTEE DE CHATONS SAUVAGES

Un seul survivra
répétant le destin
d’aller par les chemins
sans penser à demain,
chassant mulots et rats
par des nuits sans lune.
Si tu franchis le seuil
d’une humble demoiselle,
tu trouveras le repos,
ta course prendra fin,
savourant enfin la tiédeur
de doux matins câlins.
Un amour sans partage
nouera vos destinées,
tu seras le bonheur
de cette âme esseulée,
et son désespoir
à ton heure dernière.
COCCINELLE
Sous ses pois D’apparat
Végète L’insecte
Le plus abject
Qui soit.
Cachant, camouflant
Sous sa cape proprette
Une midinette suspecte
Assoiffée de sang
Puceronnes, larvichonnes
Passent à la moulinette
De ses mandibulettes
Qui déchiquettent
Et mâchonnent
Lèvres infatigables,
Ventre insatiable
Partout où elle se couche
Elle bouffe elle bouffe elle bouffe
Et s’étouffe
De toute chair viable
Et toujours on lui pardonne
Et même on la surnomme
O coquette " petite bête…" ?
Malhonnête !
Ogrichonne !
MOUCHE BLEUE
Métallique Bleue comme la joie
Tête géométrique
Que tu es belle !
Bien
campé sur les fils de tes pattes
Ton corps transparent, paré de dentelle plastique
Brille
à la lumière du soleil
Doucement engourdi, un regret bleuté
Grille
dans la chaleur du matin
et se consume.
Mon chagrin se fige, s'arrête,
Oublieux comme toi,
Mouche féerique -
- ment
bleue !
C
hevreuil
Chevreuil
tu folâtres regagnant les forêts
Me laissant idolâtre
du tendre secret
qui sommeille en tes yeux.
Douceur féminine, pattes fines,
bruits feutrés de sabots sur la terre
fuyant dans les sous-bois
Tu t’éclipses, beau mirage !
Me laissant prisonnière
d’un regret, d’une image...
Et de la vie sauvage
me laissant à jamais
Orpheline !
Présence...
Il vente et pleut averse
et tu ronronnes sous mon toit
tout à la joie de n’avoir pas froid
Une pluie de paix me traverse
et m’inonde d’une joie profonde
Pacifiée avec le monde
j’accomplis les tâches quotidiennes
sans hâte et sans haine
UN CHAT
Parfois
J’aimerais être dans le corps d’un chat
Me lécher le bas du dos
Contorsionner mes pattes
Et me casser le cou sans souffrir
Sentir l’herbe à fleur de pattes
Les touffes à hauteur du museau
En fuyant dans la verdure
Ou me positionner lentement
Tournoyant longuement sur moi-même
Poser mon ventre chaud sur le compost
Comme un Job bienheureux et confiant
Je me délecte d'un rien. Soleil. Liberté. Sieste.
Et quand je sentirai la mort
J’irai me cacher, c’est si simple !....
De moi je veux qu’on garde une belle image
Mon beau visage de femme fardée
Mon corps d’artiste de cirque
Et le son cristallin de ma voix
Ange ou démon, dans votre vie je passe
Inoubliable malgré moi
Femmes, hommes, tous me vénèrent
J’ai fait ma loi. Voilà pourquoi.
LE PASSAGE
à notre petit ange, Toutsy
Rien ne le laissait prévoir
et soudain
tu ne mangeais plus
et léchais la terre
A cela, le vétérinaire
prit un air sévère
te déclarant perdue
De partout le cancer
avait sonné l’heure,
avec en prime un pleur
dans les poumons
Et puis un jour, même boire
tu ne le pouvais plus,
en plus de la terre
il te fallait l’odeur de l’eau
Bien au creux de la baignoire
le pleur en toi faisait vibrer
ton ronron comme un tonnerre,
et dans la nuit tu grimpais
au faîte de l’aquarium,
la tête dans les bulles
Toute peur te quitta
Puis tu voulus t’enfuir
te cacher pour mourir,
je t’en ai empêchée, ça,
je ne le pouvais pas
chaque jour visiblement
les forces te quittaient
Le cher Docteur a juré
que tu ne souffrais pas,
que la seule et salutaire
la seule vraie piqûre
serait nos paroles et nos caresses,
et qu’il fallait t’accompagner
jusqu’au bout
Merci mon Dieu,
elle est partie dans nos bras
à tous les deux,
ce fut rapide et mystérieux,
un sursaut,
puis l’immobilité parfaite
et la gueule ouverte
Mais on n’a pas voulu comprendre
Enfin ce fut le souffle
qui expire doucement
sans jamais se reprendre,
je priais à toute allure
sans vouloir qu’on bouge,
de peur de lui déplaire,
ne serait-ce qu’un doigt
Elle était déjà morte
lointaine et proche
Merci mon Dieu ,
dix minutes auparavant
en me reconnaissant
elle voulut lever sa patte
tendrement comme avant
pour me donner son ventre
Oui j’en suis sure
elle était heureuse encore
Vraiment je me demande
pourquoi je pleure
Tout cela, je crois, me fait peur
pourtant sa mort, j’en témoigne
a été paisible.
LA PECHE
l’enfant rit lui s’agite au bout de
la ligne
l’enfant , ce dragon
fait mine, en riant, de le dévorer,
vivant, se débattant, souffrant, agonisant
en riant, il aime ça, il jubile, il aime cette souffrance
cette peur, cette agonie, cet étouffement mêlé
aux souffrances des crochets dans la gueule
il aime ça, même qu’il en a pas assez
puisque c’est ainsi, mieux vaut
de suite prendre sa place
mourir sur place
mourir plutôt
que de voir
ça !
MIRABELLE

On se demande toujours comment un être pareil
une telle merveille
peut ainsi s’en aller vers la mort
mais Dieu sans doute
reconnaît les siens
Imaginer ces yeux clairs
se fixer à tout jamais
sans nous voir
et cette robe souple et légère
se raidir pour toujours
Le chagrin de tes maîtres
n’aura pas de nom
et pourtant chaque jour
quelque part
c’est le lot de chacun
Une question impossible, infinie :
saura-t-elle?
saura-t-elle faire
ce chemin seule ?
La tâche des vivants
c’est de les suivre
et de survivre
à ces aimés qui s’abîment
au cœur de ce mystère
Puis de continuer
sans impatience
et sans désespérance
Tenir trois jours
Au bout de ce délai
où sa mémoire vous occupera,
une légèreté, quelque chose,
se dégagera de toute cette épreuve
Un rêve, peut-être,
un rituel dans le jardin
Il sera temps alors
de passer à autre chose,
c’est ainsi il le faut
Une lueur complice
dans cette catastrophe :
cette sœur sans malice
retrouvera Maïs
là-bas,
au royaume des chats !
C’est ainsi, c’est la vie
la vie qui passe
l’instant qui nous dépasse
C’est la vie, mon amie
la vie, cruelle et douce
VER DE TERRE
Ver
Grouillant De vie
Multipliée
Rafraîchissante
Viscosité
Ver blanc
De l'innocence
Tendre
Espérance
De la terre
Agglutinée
Tu Délivres
La chair
Putréfiée !
VIEUX CHIEN
Ton maître est parti avant toi
on a fait une telle fête ce jour-là
que tu n’y as vu que du feu
on t’a gavé de biscuits et de caresses
en buvant le champagne.
On ne savait pas ce qu’en diraient nos chats
mais il n’était pas question de te laisser tomber
et pour finir, mon pauvre,
tu ne leur fais pas grand-chose
aveugle et perclus d’arthrose...
Même ton odeur, ne t’en fais pas
je l’ai acceptée, mon bon chien !
Et ton vieux maître là-haut
auprès de sa femme
est en paix je l’espère !
A présent c’est à nous
qu’incombera la douleur
de te voir t’en aller
la vie ne nous a pas épargnés
ces temps derniers...
Mais nous saurons faire face.
La vie c’est cela
apprendre à aimer et à souffrir.
Et puis mourir
pas vrai mon vieux ?
LE CHAT
venu de nulle part tout noir
sans bruit
son silence
son regard
quelque chose
renaît
comme un printemps
dans ma vie
LA CHIEUVRE
C’est l’heure ma belle d’aller remplir ton ventre rond
d’herbes amères, de coquelicots
et de tremper ta barbe
dans la rosée
C’est l’heure d’offrir au jour
l’arrête hirsute et rêche
de ton dos maigre
Le soleil y accroche jusqu’au soir
des torches qui flamboient
et des halos dorés
autour de tes oreilles