J’ouvre la porte fenêtre coté jardin. Il a encore plu. Tous rayés de jaune, il y en a partout. Ceux-là doivent être de la même famille. Très jolis d’ailleurs. Une petite tribu d'escargots !
Très tôt le matin, cela sent presque la campagne dans notre chère banlieue parisienne.
Mais comment définir cette odeur de pluie ? Celle qui me fait m'exclamer encore aujourd’hui, bien naïvement :
- " Ça sent les escargots ! "…
Sûrement une plante dont je ne connais pas le nom, mais dont j’ai associé l’odeur à celle de la pluie. Et par conséquent à celle des escargots, puisque petites on nous envoyait systématiquement à la "chasse" aux escargots chaque fois qu’il pleuvait. (tu parles d'une chasse). D’ailleurs, je crois qu’on dit "cueillette ". De toutes façons, je ne crois pas que ces petites bêtes exhalent une odeur particulière, suffisamment puissante pour titiller nos infirmes petites narines de pauvres humains....
Ballade qui nous enchantait d’ailleurs, grâce aux odeurs justement. Moins la pleine assiettée de ces petits corps en vinaigrette qu’on nous servait quelques jours plus tard !
Je crois qu'il s'agit de cette plante frisée, un peu rousse qu’on voit partout. Il faut croire que "Mademoiselle" ne révèle ses arômes que sous la pluie... Mais après tout pourquoi pas ? Tout le monde ne peut pas être une rose.
Comme les chats, on peut dire que je n’aime pas l’eau, et pourtant j’adore cette odeur de pluie et de terre mouillée. Ce parfum de renouveau, de vie intensifiée. D’ailleurs, il faut bien qu'il y ait dans l'air quelque chose d’exceptionnel et d’irrésistible pour que ces fragiles et sans défenses petites bêtes rampantes bravent tous les dangers pour mettre le nez dehors !
C'est une légèreté. Légèreté de l’élément liquide. Cette eau dans laquelle, une fois qu’on y est, même un gros chat comme moi ne veut plus ressortir tellement il se sent soudainement dans " son " élément !
C’est quelque chose qui a à voir avec l’enfance : " l’humidité " de l'enfance, peut-on dire cela ?...
L'humilité de l'enfance.
Humilité des escargots, ces bébés de la terre suçant encore leur mère ; humilité de ces plantes toutes simples, exhalant soudain leur parfum secret. Seulement sous la pluie...
On a lavé la nuit cette nuit. C'est son bien-être qui " chante " dans l’air ce matin. Chante, ou danse, c'est comme on veut. C’est comme on sent.
Pourquoi en arrive-t-on à déprimer par temps de pluie alors que la vie clapote à plein au milieu de ces gouttes, et que des milliers de clochettes de vie, invisibles et silencieuses, tintent de partout ? C'est parce qu'on oublie de respirer, d'inspirer, de sentir tous les parfums du temps. C'est parce qu'on est trop dans le visuel, dans l'auditif. (Encore que le gris, c'est joli, et le bruit de la pluie, divin…).
Les escargots sortent, l'air léger chante et danse, je retrouve mon enfance. Sans doute les elfes de l’air, ces enfants qui se font artistes, à travers les gouttes…