LA PORTE
Comme un tableau de Chagall
je vole
tout est gris et triste
derrière le portail
qui troue le ciel
tout est clair
à gauche de ce portique
nonchalamment assis
se tient un jeune homme
dans la posture d’un dieu antique
je dois passer
j’ai ma mère comme passagère
comme gouvernail la Vierge
le bras droit tendu à l'extrême
je ne dois pas trembler
brandissant ma statuette
blanche et or
enfin nous passons
c’est une foret où dansent
des feuilles de bonheur
là, nous retrouvons ma sœur
ANEMONE, LE SACRIFICE

Dans sa nuit de douleur A l’aube du malheur
Pleurait une fleur
Dans une source noire
Voguait son désespoir
Privé de son histoire
On lui dit je te nomme
Fragile anémone
Qui au vent s'abandonne
Au bord du précipice
De son dernier supplice
La fleur du sacrifice
Dans un ultime effort
Rompant le triste sort
Prit soudain son essor
Déployant les pétales
De son berceau natal
En ailes de cristal.
Le furet (écho par Nadia)
Nonobstant
Le temps
Prit
La vie
Toute étourdie
En regrettant
Déjà
Son incarnation ici-bas.
Petite fleur perdue
Si tu avais su!
Anémone aérienne
Déploie tes ailes, fais les miennes
Dans la vapeur du soir
Oublie ton désespoir.
Ne sois pas effrayée
Le furet a mangé
Ne te sens plus épiée
Il a filé
Nadia Braud
PANDORE
A l'entrée du Domaine,
posée devant l'Allée,
une grande table en marbre,
sur la table offerte,
une boîte entrouverte,
comme celle de Pandore
traversant la nuit,
mon rêve me chuchote
à l'aube de l'oubli :
c'est une boîte à mots
toujours disponible
pour tes maux indicibles,
grave dans ta mémoire
le choc des mots épars
au coeur de tes déserts,
plonge la plume esseulée
du pâle Oiseau Prophète
dans l'encre de tes désirs,
raclant la page rêche du réel,
de tes rêves évanescents, écris,
écris l'enfouie Réalité.