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LE PASSAGE
à notre petit ange, Toutsy
Rien ne le laissait prévoir
et soudain
tu ne mangeais plus
et léchais la terre
A cela, le vétérinaire
prit un air sévère
te déclarant perdue
De partout le cancer
avait sonné l’heure,
avec en prime un pleur
dans les poumons
Et puis un jour, même boire
tu ne le pouvais plus,
en plus de la terre
il te fallait l’odeur de l’eau
Bien au creux de la baignoire
le pleur en toi faisait vibrer
ton ronron comme un tonnerre,
et dans la nuit tu grimpais
au faîte de l’aquarium,
la tête dans les bulles
Toute peur te quitta
Puis tu voulus t’enfuir
te cacher pour mourir,
je t’en ai empêchée, ça,
je ne le pouvais pas
chaque jour visiblement
les forces te quittaient
Le cher Docteur a juré
que tu ne souffrais pas,
que la seule et salutaire
la seule vraie piqûre
serait nos paroles et nos caresses,
et qu’il fallait t’accompagner
jusqu’au bout
Merci mon Dieu,
elle est partie dans nos bras
à tous les deux,
ce fut rapide et mystérieux,
un sursaut,
puis l’immobilité parfaite
et la gueule ouverte
Mais on n’a pas voulu comprendre
Enfin ce fut le souffle
qui expire doucement
sans jamais se reprendre,
je priais à toute allure
sans vouloir que l’on bouge,
de peur de lui déplaire,
ne serait-ce qu’un doigt
Elle était déjà morte
lointaine et proche
Merci mon Dieu ,
dix minutes auparavant
en me reconnaissant
elle voulut lever sa patte
tendrement comme avant
pour me donner son ventre
Oui j’en suis sure
elle était heureuse encore
Vraiment je me demande
pourquoi je pleure
Tout cela, je crois, me fait peur
pourtant sa mort, j’en témoigne
a été paisible.