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Poésie, textes, vidéos piano, chats

Tentation


ecriturecreative : décrire un personnage, puis, le faire en rencontrer un autre.

   
Premier épisode
   

Quand je l'ai vu pour la première fois, j'ai eu le coup de foudre : son allure, sa beauté... Même son parfum m'a énormément plu. Et sa manière de pencher la tête, comme s'il attendait quelque chose… 

Mais j'ai passé mon chemin. A quoi bon ? J'ai tout ce qu'il faut à la maison, n'est-ce pas ? N'y pensons plus ! Puis je me suis mise à songer à lui. En regardant à la fenêtre, en me promenant dans mon jardin. Partout je croyais le voir, je l'imaginais, près de moi. Il m'obsédait… Pourquoi lutter plus longtemps ? La vie est si courte ! Allez ! Retourner juste une petite fois, m'assurer qu'il me plait toujours autant ! Peut-être l'ai-je idéalisé plus que de raison ?

Secrètement,  j'espère être déçue, ce serait plus simple. Oublier, passer à autre chose, me contenter des nombreux cadeaux dont la vie m'a déjà comblée… Ah ! Le voilà ! Toujours à la même place. Beau et triste, comme la première fois. Bon, je me lance. Approchons…

Il fait désormais partie de ma vie. J'ai même réussi à me déculpabiliser. Que voulez-vous ! Certaines choses sont plus fortes que notre volonté. Il m'a donné de si beaux enfants. Des filles vermeilles et fraîches, mes rayons de soleil !

 

Je l'ai planté sous la fenêtre de ma chambre, mon joli rosier orange. Mon rosier ancien qui m'a coûté si cher ! Mon merveilleux rosier au parfum incomparable…

  

Deuxième épisode

 
"Jolie rencontre"


— Je n'ai jamais vu un rosier pareil ! s'extasie Nicole. Les roses sont minuscules, peu de pétales, mais quel parfum ! Où as-tu trouvé cette merveille ? Paul, fais attention ! Surtout n'abîme pas les fleurs de Martine !".

L'enfant de mon amie court partout. C'est une joie pour ce petit parisien de s'ébattre dans le jardin.
  
Nous le laissons jouer, et entrons prendre le thé. Je regarde Nicole. Depuis que son mari est décédé, celle-ci a besoin de compagnie. Pourvu que cette journée se passe bien, qu'ils en gardent un beau souvenir…

Nous nous approchons de la fenêtre de ma chambre pour surveiller le petit. Justement il est là, tout près ; au pied de mon fameux rosier… Nous l'espionnons discrètement.

— Paul a tellement grandi ! chuchoté-je. Quel enfant extraordinaire, je n'ai jamais vu un garçon se comporter avec tant de délicatesse. Regarde, on dirait qu'il envoie un bisou aux pétales de cette rose... oui, celle-là, juste devant... Oh, tu l'entends ? Il lui parle...

— Paul ! se retient Nicole....

— Laisse-le faire... C'est normal pour un enfant de converser avec tout ce qui l'entoure ; à cet âge, on est encore dans le monde du rêve, de l'imagination, tu le sais mieux que moi…

La voix du gamin claironne haut et fort :

"Bonjour madame la rose !", . "Je m'appelle Paul, et vous ?"… " Vous êtes bien belle !… Presque aussi jolie que ma maman…".

A ces mots, Nicole porte les mains à son visage. Je presse son épaule. Luttant contre les picottements incontrôlés de mes yeux.
 
"Vous êtes mariée ?" continue la voix chantante du petit. "Vous avez des enfants ?...

Puis, plus bas :

"M
oi aussi, j'ai un papa… enfin, j'avais…".

Petit Paul s'adosse contre le mur sous la fenêtre. Se laisse glisser à même le sol. L'air grave. Dans un mouvement de va et vient, les talons de ses tennis raclent doucement la terre.

Nicole retourne au salon. L'émotion est trop forte.

— Mon Dieu, mon Dieu... souffle-t-elle, se laissant tomber sur sa chaise.

Me voilà, moi aussi, toute désemparée. Elle m'envoie un regard si désespéré. Que faire ? Cette journée ne va tout de même pas tournée au cauchemar ! Je fais un pas vers la chambre, hésite ; reviens finalement vers mon amie. Je préfère rester près d'elle. Et laisser Paul avec sa rose. J'ai bon espoir. Peut-être va-t-il se libérer en parlant à cette fleur muette et mystérieuse ? Lui dire enfin ce qu'il a sur le coeur, ce qu'il n'a pas réussi à exprimer depuis… ce chagrin, son incroyable chagrin…

— Tout est de ma faute ! s'exclame soudain Nicole.

— Voyons ! Qu'est-ce que tu dis, tu es folle ? Tu ne vas pas recommencer...

Un cri strident venu du dehors stoppe net la conversation. Nous bondissons de nos sièges. Déjà, le petit est rentré, déjà il s'est blotti dans les jupes de sa mère... Une goutte bien rouge perle au bout de son doigt. De grosses larmes transparentes roulent sur ses belles joues rondes.

— Qu'est-il arrivé ? Tu t'es piqué !

— J'ai voulu cueillir une rose… pour toi, maman.

Je me sens à nouveau coupable. Ce rosier que j'ai tant hésité à acheter, va-t-il être la cause de ce fiasco ?... Aucune de nous n'a pensé à ce danger, Paul savait parfaitement qu'il n'avait pas le droit de toucher à la moindre fleur, qu'est-ce qu'il lui a pris ?

Il est si jeune encore, si fragile. Nicole tremble d'inquiétude. Et de colère. Une colère que je sens monter. Tout envahir. Je connais bien ma meilleure amie ; elle regrette déjà d'être venue. Mon Dieu, faites qu'elle ne reparte pas tout de suite !

— Un peu de lait, Paul ?... un jus d'orange si tu préfères...

— Non, donne-lui du lait, ça lui fera du bien ! tranche Nicole.
  
Le soulagement perle à travers la colère. Comme si ma modeste proposition avait tout rattrapé. Tout sauvé.

Je me précipite à la cuisine. Sortir le lait du frigo, vite, un grand verre. Je me ravise, attrape une casserole. C'est ça, le faire tiédir un peu. Mon cœur bat. S'emballe. Quelle urgence, quel plaisir pour moi de consoler cet enfant ! Que m'arrive-t-il...

Je sais ! Un peu de sucre ! Je me souviens, c'était une recette de ma mère... du lait chaud, du sucre, avec un peu de pain... Non, seulement le sucre… Mumm, ça va lui plaire, je le sens…

— Tiens ! J'ai mis un morceau de sucre dans ton lait.

Je le regarde tremper les lèvres dans ce verre trop grand pour lui, presser ses petits doigts autour. Ses beaux yeux profonds se lèvent vers moi ; un sourire merveilleux... Je ne suis pas peu fière!

On a installé Petit Paul sur la plus haute chaise de la cuisine. Un joli pansement sur la blessure. C'est bon de se retrouver, tous les trois, ensemble...

C'est bon de me dire que je suis là, pour eux.

Pour toujours.

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C
hello domi j'aime beaucoup cette rencontre, pleine de délicatesse, on sent bien le désarroi, la solitude , le trop de souffrance , de nicole , le trop de fatigue qui la rend si vulnérable, injuste et presque agressive face à son fils qu'elle ne sait comment aider j'aime bien le relai pris par l'amie, soulager , apporter son soutien, comprendre, et pallier les faux pas, j'aime bien aussi tout le symbole de la rose douce, odorante, belle mais aussi piquante et douloureuse comme la vie, la vie qu'il faut accepter avec ces joies et ses peines, comme ce deuil qu'il va falloir faire, très touchant et très bien évoqué cette rencontre, plus que jolie , belle !<br />  amicalement chrystelyne
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