Poésie, textes, vidéos piano, chats
Poudreurs d'escampette : c'est pour le théâtre !
Trois jeunes : deux filles et un garçon dans un appartement, style HLM, bien tenu.
Grégory, au téléphone :
— Oh, Manuel ! Qu'est-ce que tu fous ? T'écoute plus ton répondeur ou quoi ? Ça fait deux plombes qu'on t'attend… Fils de put', tu vas pas nous faire ça ?.... si t'appelle pas d'ici un quart d'heure…
Et, plus bas :
— Sans déconner, mec, tu vas pas m'laisser tout seul avec les deux meufs ?… Bon allez, tchao !
Fatima : — Alors ?
Grégory : — Ah, le bâtard ! Le…
Corinne : — On peut plus l'attendre maintenant ! Moi, j'ai faim…
Fatima : — Toujours faim, celle-là ! T'as vu tes bourrelets ?
Corinne : — Occupe – toi de tes fesses !
Grégory : — Bon, les meufs… heu…j'crois bien que j'vais vous laisser, là… j'crois que le Manu il viendra plus…et d'un seul coup j'me souviens qu' j'ai oublié quelque ch…
Corinne : — Oh, regarde-le se dégonfler, ce bâtard ! Il aurait quelque chose de plus intéressant à faire que de rester gentiment avec nous ? C'est ça ?...
Fatima (aguicheuse) : — Tu vois ce qu'on veut dire…?
Grégory (de plus en plus mal à l'aise) : — Ah, ah, ah, très drôle…
Fatima : — Ben quoi…? On ne te plait pas ?
Le portable de Grégory sonne.
— J'ai un appel ! Manu ?... Oh, c'est toi, p'pa ? Bien sûr que ça va !... Ah, non, le concert c'est que ce soir… oui, tard… oui, oui, bien sûr que tout baigne ! Tchao, p'pa !
Corinne : — Hi, hi, hi ! Le papa qui s'inquiète pour son fiston !
Grégory : — Ta gueule…
Fatima : — Tu sais que tu pourrais être mignon, toi… allez, laisse-toi faire, il m'en voudra pas Manuel…. et pis, il saura pas…
Corinne aussi s'est approchée langoureusement du garçon.
Grégory : — STOP ! Les gonzesses ! On arrête tout, là !... Laissez-moi… J'croyais qu't'avais une p'tite faim, toi ?
Corinne : — J'ai pas précisé de quelle faim il s'agissait… Humm…
Grégory : — Non, non, arrêtez ! Nymphomanes, oh ! Vous m'chatouillez… Manuel, au secours!
Corinne se dirige vers la cuisine :
— Puisqu'y a rien à tirer d'un mec pareil, voyons, voyons ce qui se trame par ici…
On la voit tremper le doigt dans un plat :
— Mummm ! Fatima ! Je rêve ? Mumm, c'est délicieux ! Qu'est-ce que c'est ?
Fatima : — C'est ma reum qui l'a préparé pour nous.
Grégory (qui l'a rejointe) : — Tu vas encore grossir !
Corinne : — Quelle importance ? Puisque je ne plais à aucun garçon de toute façon… Pas comme Fatima !…
Fatima : — Tu parles ! Regarde-moi ce blaireau ! Même pas cap' de… C'est pas comme Manuel… Lui, au moins…
Corinne : — Ah oui ? Allez, raconte… Il embrasse bien ?
Fatima : — Ah… ! J't'en parle même pas !
Grégory a saisi la télécommande de la télé.
Fatima : — Ah non ! Pas ça ! T'es pas chez toi, j'te signale !!
Corinne : — Mets nous un peu de musique, Fatima… Peut-être que cet empoté daignera au moins danser avec toi ?
Grégory (à l'aise tout à coup) :
— Faut voir…
Fatima : — Oh, le bâtard !
Elle l'empoigne rudement, lui met de force les mains sur ses hanches, et passe ses bras autour du cou du garçon.
Celui-ci essaye de se dégager :
— Bas les pattes ! Ça n'se fait pas ! Manu, c'est mon pot' !!
Corinne : — Mais quelle galère ce mec ! Bon, allez Fatima, raconte encore ! … Oui ? Tu disais ? Manu… il embrasse bien ?
Fatima : — Oh oui ! Et pis c'est pas tout, j'te passe les détails, mais Manu, c'est autre chose… Un VRAI homme, lui, si tu vois ce que je veux dire…
Grégory : — Les meufs, arrêtez ! J'me casse !
Fatima : — Toi, continues de danser et ferme- la ! Ça ne me gêne pas du tout de parler de tout ça avec Corinne pendant qu'on danse. Et applique-toi un peu s'il te plait !
Corinne : — Fatima a raison ! Qu'est-ce que ça bien peut te faire puisque t'es pas intéressé pas ces questions ?
Fatima : — Oui, je te disais donc, Corinne... Oh, Manu, Manu, Manu….hummm un vrai de vrai…
Fatima enlace de plus en plus tendrement le jeune homme qui, peu à peu, commence à se laisser aller…
Ils n'entendent pas la sonnette. Corinne ouvre la porte.
Manuel, apercevant Grégory dans les bras de Fatima :
— Fils de put' !!
Il se jette sur le couple. Corinne essaye de les séparer.
Fatima : — Non, Manuel, ce n'est pas ce que tu crois !
Corinne : — C'était un jeu, j'te jure Manu, on plaisantait !
Manuel (repoussant violemment Corinne) :
— Toi, reste en dehors de ça ! Ah, vous me faites gerber !! Tous les trois !! A vous foutre de ma gueule pendant que j'ai le dos tourné... C'est ça, un jeu ! Je les pas vus peut-être, collés l'un à l'autre comme deux grosses limaces...?
Manuel s'est effondré sur le canapé :
— Pendant que moi, je galère pour arriver le plus vite possible... pour...
Fatima : — Parlons 'en ! C'est quoi ces deux heures de retard aussi ? !
Il la regarde longuement. Puis soudain, il met son visage entre les mains. Les trois amis se regroupent autour de lui.
Corinne (le prenant par les épaules) :
— Manu, qu'est-ce qu'y a ?...
Fatima a porte la main à sa bouche. Grégory reste hébété.
Manuel : — C'est ma sœur... On l'a emmenée... d'urgence à l'hôpital... appendicite...
Fatima : — Ouf ! Tu m'as fait peur ! C'est pas trop grave alors...
Il la regarde encore :
— Sauf... sauf que c'était trop tard quand...
Grégory se lève, recule comme un automate, pétrifié par la peur.
Fatima saisit la main de Manuel. Il se dégage immédiatement.
Il se lève :
— J'ai été lâche... je les laissés là-bas, tous seuls, mes vieux... je n'avais qu'une idée en tête... venir ici... le plus vite possible... te...
Il regarde encore Fatima.
Puis il laisse tomber les bras le long de son corps, sans forces.
Lentement il traverse le plateau. Il se retourne une dernière fois, et disparait.