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Troisième chat-pître
Un jour une élève - encore ces chers élèves - me tend un piège totalement calculé : " Viens chez nous, dans le hangar nous avons une armoire qui serait parfaite pour tes partitions."
En effet l'armoire me convenait. Mais - oh, surprise !- dans un carton était née une portée entière de chats sauvages, mal en point, que les enfants essayaient de nourrir au biberon.
Dilemme. Tistou n'avait jamais toléré le moindre congénère. Et s'il en était de même pour Toutsy ?
(Bernard, mon compagnon, ronchonne déjà.).
Je me penche, totalement décidée à ne pas prendre de décisions, mais mine de rien je gamberge : (je ne vais tout de même pas le choisir pour sa couleur, pour que cela "tranche" avec Toutsy...).
Ma main se laisse aller doucement dans le carton…
Un tas de poils noirs, absolument informe, commence à chercher ma main en donnant de petits coups de tête. Je le saisis : (Tiens, il a la même petite culotte blanche que Toutsy ; comme ça, pas de jaloux, tous les deux pareils ; et puis c'est un signe n'est-ce pas ?)
"Au fait c'est un mâle ou une femelle ?"
Nous optons tous pour la féminité évidente de ce "drôle d'être"...
Bernard me regarde l'oeil sombre. Je sais que je ne sais pas ce que je fais. Il ne faut pas savoir. Il ne faut pas réfléchir.
Tout le monde parle. Mon élève en profite même pour essayer de me refiler un des frères du chaton (mais il ne faut pas abuser tout de même.)
Nous chargeons l'armoire et je garde à la main, la "chose"...
Dans la voiture une autre découverte m'attend ; ce "chiffon" a des petits points blancs partout : des poux ! Super. C'est Toutsy qui va être contente…
Tiraillée entre jalousie et instinct maternel Toutsy a peut-être joué un rôle de mère, nous ne le saurons jamais avec certitude, mais quelle rude éducation : des bagarres (à armes totalement inégales), des tentatives d'étouffement ou des séances de léchage tellement violentes qu'elles arrachaient des plaintes au pauvre bébé. Nous n'avons osé les laisser sans surveillance qu'au bout de six mois.
Au moins elle lui aura appris à se défendre…
Le bébé ne ressemble à rien, ou plutôt à tout... sauf à un chat ! Même les vétérinaires sourient de surprise : "Qu'est ce que c'est ?"demandent-ils...
Sinon, nous avons eu droit à : "On dirait un rat !".
Ou bien : "Qu'est ce qu'il a au nez ? Et ses poils ? Ils sont bizarres... ".
Poupoune est très belle ! C'est un "chat royal", une race !
Elle ressemble à un écureuil volant avec sa queue en panache. Ses poils hirsutes, collés et chiffonnés sont devenus des poils "mi-longs" s'il vous plait !
Elle évoque beaucoup d'animaux à elle seule ; nous disons toujours d'elle :
" Cet être étrange venu d'ailleurs..." .
Et nous ne regrettons pas de l'avoir adoptée dans un moment d'égarement ; oh non !
Bernard en est littéralement fou. Quant à moi on peut dire que grâce à Poupoune je connais un peu la maternité. J'ai Poupoune en plein cœur, comme si c'était ma chair.
Elle a aujourd'hui sept ans, et c'est toujours un bébé.
Virevoltant dans tous les sens, elle bondit jusqu'au plafond à la moindre surprise et aucun miaulement "normal" n'est encore sorti de sa gorge à part des couinements gutturaux très étranges.
Vivant dans l'instant présent, elle oublie tout dans la seconde qui suit, exactement comme un chaton. C'est comme ça, c'est son caractère. C'est Poupoune !
Si elle joue c'est une véritable diablesse sans la moindre retenue qui vous massacre littéralement de ses griffes pointues à l'extrême. Une pelote d'épingles !! C'est horrible. Heureusement pour moi, elle réserve ce traitement de faveur à ce pauvre Bernard, SON homme !
Mais quand elle dort, pliée en huit, elle est toute douce ; il suffit de plonger la main au hasard des poils, et l'on sent une petite langue qui s'active gentiment.
C'est sûrement sa manière à elle de téter sa mère dont on l'a séparée à peine âgée de quinze jours...