Textes

Mardi 16 juin 2009

 

Atelier d'écriture : insérer une toiletteuse pour chiens, un insomniaque, un bonzaï, un fauteuil-crapaud...

 




LE FAUTEUIL

 

- Ah non ! je garde le fauteuil crapaud !

- Tu exagères ! il était à ma mère…

- Je sais… bon, écoute, je te l’échange contre mon bonzaï…

Bertrand esquissa un sourire…. « ce bonzaï est vraiment très beau.. et c’est vrai que ce vieux fauteuil est défoncé depuis longtemps.. »

- OK, ça marche !

- Et ça te fait rire !!

Denise, elle, fronçait les sourcils. « Quelle galère cette étape de la séparation ! ».

Heureusement, son mari avait toujours été conciliant :

- Bah ! on va pas se déchirer pour des choses matérielles ! Et puis on ne divorce pas vraiment, on décide juste de vivre séparément, pour vivre chacun à son rythme… et tu sais bien que je..

-Je sais, je sais… quand même c’est dur, la maison va paraitre vide… finalement je t’envie, toi tu vas avoir la sensation de repartir à zéro dans ton nouvel appartement…

- Allez, garde-le ce bonzaï…c’est le tien, tu l’as bien soigné…

- Non, non... tu sais bien que, de nous deux c’est toi le plus « japonisant » ! ça m’est égal… par contre, ce fauteuil…

- Comme tu veux… bon, il est l’heure, je file…. A samedi ? de toute façon, tu m’appelles s’il y a le moindre…

- Oui, oui…

- Et sois raisonnable quand même avec tes insomnies, essaye d'écrire le soir, ou le matin... N’abuse pas, sinon tu ne tiendras pas le coup au boulot ! Tu ne veux vraiment pas quelques-uns de mes somnifères ? je t’assure, ils sont légers…

- Arrête, ne recommence pas… bonne journée !




Denise s’assit dans le fauteuil. Le silence s’abattit instantanément dans la pièce. Un silence oublié depuis longtemps. Elle se souvint de sa première piaule de jeune fille.... Silence, solitude, angoisse… Elle pleura. Doucement, longtemps.

Mais peu à peu, elle ressentit une sorte de chaleur étrange, émanant du fauteuil sur lequel elle était assise. Oui, là, sous ses fesses, une chaleur se faisait de plus en plus intense … Elle se redressa légèrement, caressa les accoudoirs… La chaleur redoubla, inquiétante et grisante à la fois.

Elle ferma les yeux, soupira profondément.

Mais un bruit à ses pieds la tira de sa torpeur :

- Ah te voilà… ? ma pauvre, nous voilà seules maintenant…

Elle approcha sa main de la fidèle petite chienne noire qui avait partagé avec eux ces dernières années.

Machinalement elle tata ses longs poils emmêlés.

- Tu es mal brossée... oh je t’ai délaissée ces jours-ci, pardonne-moi ! Pour l’animal de compagnie d’une toiletteuse professionnelle, tu es vraiment mal lotie !

La petite bête regardait la pièce avec suspicion, en poussant de petits gémissements.

« Elle s’aperçoit du changement, elle doit être sensible à tous ces objets manquants…oh c’est triste ! »

La chienne sauta sur ses genoux, et allongea sa patte sur la poitrine de sa maitresse.

- Demain, je te promets, je t’emmènerai avec moi au travail, et tu seras la première à être bichonnée, parfumée…. Mais pas aujourd’hui, je n’ai pas le coeur à aller travailler, c’est trop dur…

Elle plongea son regard dans les yeux brillants de l’animal.

- Tu le sais toi, n’est-ce pas, que ce métier ne m’a jamais convenu ? et pourtant, ce n’est pas le moment de faire la difficile…deux loyers à payer...

La petite bête se blottit contre elle, et elles s’endormirent ensemble dans le fauteuil.

Quand Denise ouvrit les yeux, la nuit était tombée. Elle se désola une fois encore, pensant qu’elle n’aurait à nouveau pas sommeil cette nuit. Ces insomnies, cause de leur séparation, étaient devenues systématiques, et Denise en avait pris son parti. Pas question pour elle de consentir à se droguer de médicaments.

C’est alors que la «chose » se reproduisit. La chaleur.... La chaleur intense émanant du fauteuil de sa belle-mère…

Elle s’entendit crier dans la pièce étrangement vide :

- Pardonnez-moi, madame ! Je n’ai pas été une bonne épouse pour votre fils … pouvez-vous me pardonner…

La chaleur dans tout son corps augmentait toujours, presque brûlante. Elle s’arracha à cette sensation troublante, se leva en déposant délicatement dans le fond du fauteuil le corps complètement abandonné du petit animal, et se dirigea vers le bureau.

Elle saisit son crayon, son cahier, et soudain, les jeta violemment. Elle réfléchit un instant, puis, se retournant, elle vit la chienne, assise dans le fauteuil, se tenant bien droite.

Elle l’entendit distinctement articuler :

- N’oublie pas la bougie !

Persuadée qu’elle était en train de devenir folle, Denise s’exécuta pourtant, et, comme une automate, elle installa son petit rituel habituel : la bougie sur la gauche, le cahier bien au milieu, crayon et gomme à droite…

Elle regarda encore une fois du coté du fauteuil avant de s’installer pour de bon à son bureau.

Croisant le regard de la chienne, elle vit celle-ci cligner des yeux à son intention, comme l’aurait fait… un chat…! Denise ne put s’empêcher de repenser alors au premier chat de sa vie…

Elle s’entendit répondre intérieurement une sorte de « oui ». Comme une acceptation de quelque chose ; une chose dont elle n’avait pas encore totalement conscience, mais
qui la reliait aux êtres qu'elle avait aimés dans sa vie....

Et tandis qu'elle commençait à écrire, elle ne savait plus quelle était la voix qui parlait en elle.





Par Domi
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Mardi 16 juin 2009

 

 Tableau de Gunnar Berndtson. "la chanson de la mariée"

 

 

 

 

Je l’ai gravé dans ma mémoire, ce jour…

 

Vingt ans après, debout devant mon chevalet, chaque détail, le moindre éclat de lumière coulent au bout de mon pinceau, comme si c’était hier.

 

Je suis assis à côté de mon père. Un père âgé pour le garçon de douze ans que je suis. En face : ma mère. Et son éternelle et rouge autosatisfaction.

 

Papa ne fait que pleurer. Mon oncle le charrie un peu. Il fait partie de ce monde "rougeot", du coté de ma mère… 

 

Je suis comme mon père : plutôt sec, le teint jaune. Mais je ne pleure pas. Pensez donc ! Un gamin de douze ans, pleurer au mariage de sa sœur ! 

 

Mes parents m’ont eu sur le tard. Je n’ai jamais eu à me plaindre de ma sœur, si ce n’est ce fossé des années entre nous. Pour elle, je n’ai toujours été qu’un « bébé ».  

 

Elle ne pourrait pas comprendre… Alors, je ne montre rien. Je bouffe. On remplit sans arrêt mon assiette avec des tapes dans le dos qui semblent dire : « Tu en as de la chance, hein ? Ta sœur se marie ! »…

J'ai même eu droit à ma première coupe de champagne... 

 

 

Je me souviens… Je m’étais éclipsé avant la fin du repas. Dans la cour, il n’y avait que ce vieux chat, interdit de maison. Je l’ai pris sur mon cœur en lui promettant que, pour lui tenir compagnie, je me privais de dessert. 

 

C’est alors que de la fenêtre entrouverte, j’ai entendu sa voix…. Je me suis approché. Elle était debout, si jolie…


J’ai regardé son mari. Lui aussi était en admiration devant elle. Heureusement, je l’aimais bien, « l’amoureux de ma sœur », comme on l’appelait... Pas un rougeot comme mon oncle et ma mère.

 

Je serrais de plus en plus fort le chat contre moi. Elle chantait. De sa si belle voix, celle qui m’avait tant bercé.


 

Je regarde ma toile. Au premier plan, cette place vide, tandis qu’elle chantait.,rayonnante ...

« Ma » place…


Et ce regret , resté en suspens : pourquoi ma soeur ne s'est-elle pas aperçu de mon absence tandis qu'elle chantait le jour de son mariage...?


 

 

 

Par Domi
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Mardi 5 mai 2009

 





- Est-ce le bruit du vent ? demanda son fiancé en se dégageant de dessus son corps pour mieux écouter.

- Oui, c’est comme ça tous les matins, à cette heure-ci. C’est le vent qui descend de la montagne en poussant quelques feuilles sur la route.

- C’est magique. Inquiétant…

- Oui... mais le plus inquiétant, tu vois, serait de ne plus l’entendre. Cela signifierait la fin du monde…

Il posa sa tête sur sa hanche.

- Cela n’arrivera jamais, je te le promets…

Il effleura l’intérieur de sa cuisse, plus doucement que le souffle caressant du village. Il ne cherchait pas à l’émouvoir, seulement à la rassurer. A ce que sa caresse soit comme une promesse. Chaque jour renouvelée, comme la brise du matin.

- Tu sais, notre vent, c’est une vraie personne pour nous. Il a son caractère, ses humeurs…

- Oui, j’entends ça… c’est beau. Beau à en pleurer.

Il se remit sur elle, plus léger que la feuille d’automne. La fraîcheur de l'aube laissait enfin leurs corps respirer à l’aise. Ses lèvres se refermaient chastement sur sa peau comme un pacte solennel qu’il aurait voulu apposer sur chaque atome de son être.

Sur ses seins, il s’aperçut qu’un désir tout neuf dormait sous la cendre de la veille, toujours plus ardent.


Il comprit que ce feu durerait jusqu’à la fin des temps... Que l'amour pousserait chaque jour de nouvelles feuilles sur la route, et que ce rituel se répéterait aussi longtemps que dévalerait de la montagne, le petit vent de Nyons...



domi


Par Domi
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Jeudi 13 novembre 2008

 

Cézar Conccioli vint au monde dans une famille d'origine italienne de la fin du XIXème siècle. Installés dans cette bourgade du nord de la France, ils étaient doués de père en fils pour le métier d'amuseurs de rues. Il s'agissait de distraire les gens en mettant en scènes des petites représentations sur les trottoirs et Cézar devint un acrobate hors-pair. Il enviait son père, le "comique", sorte de clown avant l'heure et l'ami des enfants, mais celui-ci lui disait toujours d'attendre. Attendre quoi ? Cézar ne le savait pas. Un signe sûrement, mais lequel?

Les années passaient et Cézar progressait dans son art, même si les recettes se faisaient de plus en plus maigres. Un jour, le jeune homme négligea de manger, préférant donner sa part à son petit frère et commença son numéro le ventre complètement vide sous le regard désapprobateur de son père. Au début, il se sentit fort bien, plus léger que d'habitude même et les applaudissements furent à la hauteur de son adresse. Mais soudain, tout se mit à tourner devant ses yeux ! Il s'élança quand même en arrière pour la triple pirouette, mais la faiblesse de ses jambes en manque de nourriture était telle qu'il perdit l'équilibre. Il se sentit tomber à la renverse, avec l'impression très désagréable que ses pieds s'enfonçaient dans quelque chose de flasque, d'inconsistant, la sensation très étrange d'avoir du mou à la place des talons...

Alors qu'il s'affalait sur le dos de tout son long, ses grands bras battant l'air comme les ailes d'un moulin, il cria sans réfléchir cette phrase demeurée célèbre : "J'ai.... j'ai l'estomac dans les talons... ! ".


L'hilarité générale et un tonnerre d'applaudissements accueillirent sa chute et cette pirouette verbale ! Tous s'accordèrent pour trouver cette expression inédite - "avoir l'estomac dans les talons" - d'un humour et d'une originalité irrésistibles ! Emerveillé, Cézar entendit le rire cristallin des enfants flotter au-dessus de celui de son cher papa et, sur un petit nuage, il vit ce dernier lui tendre la main pour le relever.
 
Une fois debout, son père le prit par les épaules et déclara au vu de tous d'une voix forte : "Mon fils, cela fait longtemps que tu souhaites devenir "comique". Ce jour est arrivé. J'attendais le signe, tu viens de nous le donner !".


L'expression devint à la mode, d'autant que le niveau de vie chuta considérablement à cette époque et que beaucoup de gens avaient bien souvent "l'estomac dans les talons"....

 

Par Domi
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Lundi 22 octobre 2007


Elle fut réveillée par le vent.


Et tout revint en elle ; souvenirs, enfance, solitude, joie...

Bien à l'abri, le sentir passer, souffler, siffler.... 

La vie continuait !

Le vent venait de loin. Comme la vie...
 
Elle se sentit en repos, petite et grandiose devant les éléments.
 
La vie était en elle, comme en tout et en chacun.
 
Le vent la traversait, donnait un sens ; comme une voix....
 
Elle se sentit "préhistorique"...

Elle se souvint de ce jour où, renonçant à dormir sous la tente, elle avait ressenti le ciel comme le seul et le plus sécurisant des toits !
 
Le vent lui rappelait tout cela.
 
Rassurant, menaçant, le vent lavait tous les ombrages, balayait les doutes.
 
Il respirait en elle.
   
Elle devenait elle-même le vent, la voix...
   
La vie.
 
Par Domi
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Mercredi 10 octobre 2007

 

atelier d'écriture poudreurs d'escampette : écrire un récit où le vin tient le rôle principal

  

  
Elle marchait depuis si longtemps qu'elle perdait peu à peu la notion du temps et des choses. Elle avait pris ce versant nord parce qu'il lui semblait correspondre à son état de désespoir et de solitude absolus. De l'autre coté de la montagne, le soleil lui renvoyait une image qui lui semblait irréelle ; formes et couleurs artificielles, inaccessibles et plates de carte postale...

Un sursaut de lucidité la fit soudain paniquer ; elle était à présent tellement transie qu'elle ne se sentait plus la force de rebrousser chemin. Son envie de mourir l'avait-elle conduite trop loin cette fois, était-elle vraiment en danger ?


Tout à coup, la neige se mit à voler de tous cotés et à une vitesse vertigineuse une tempête se leva, tourbillonnant autour d'elle. Perdant le souffle, elle s'accroupit au bord d'un talus et enfouit sa tête dans son anorak.

Dans un état second, elle sentit qu'on la soulevait par les épaules et eut encore le réflexe de craindre pour sa vertu au contact de ces deux mains puissantes sous ses aisselles ; celles d'un homme dont elle perçut l'odeur et la carrure...

Quand elle reprit conscience, ses yeux s'ouvrirent sur la couleur dorée d'une pièce vétuste, à forte odeur de feu de bois. Frissonnante, elle aperçut la masse noire et imposante d'un dos viril, assis à une table. Ce n'est que lorsque l'homme se retourna vers elle qu'elle réalisa qu'elle avait merveilleusement chaud, et qu'elle ne s'était jamais sentie aussi bien ...

— Que faisiez-vous dans ce coin perdu, toute seule ? Y a pas idée, par un temps pareil !

Elle n'eut pas la force de répondre, seulement de sourire ; de ces sourires que seuls savent offrir les rescapés.

Elle parcourut des yeux la pièce ; poutres en bois, plafond bas...

"C'est une ferme de montagne, un de ces vieux chalets suisses...", pensa-t-elle.

— Je n'ai pas grand-chose à vous offrir... vous en voulez ? demanda l'homme.

Deux verres étaient posés sur la table ainsi qu'une petite bouteille de vin. La lumière du feu s'y reflétait en dansant. Elle voulut se lever du petit lit où l'homme l'avait installée ; il l'aida à le rejoindre et à s'asseoir à ses cotés.


Elle le regarda.

"C'est un vigneron, comme il en reste quelques-uns par ici..."

— Je veux bien, s'entendit-elle prononcer d'une voix rauque qu'elle ne se connaissait pas…

Elle aima le son de cette voix, comme si elle s'entendait parler pour la première fois.


Les traits de l'homme se détendirent dès qu'il entreprit de déboucher la bouteille.

— Mais elle n'est pas entamée ! Non, il ne fallait pas en prendre une exprès pour moi… protesta-elle.

— Si, si, j'y tiens…. c'est mon petit dernier, vous m'en direz des nouvelles.
     
— Oh, moi, vous savez, en vins, je ne m'y connais pas…

— Faites-moi confiance, c'est exactement ce qu'il vous faut, croyez-moi.

— Et puis le blanc, je suis moins habituée…

— Chut…. goûtez plutôt…

Les sons, les odeurs, les couleurs, tout redoublait d'intensité dans le silence ouaté du vieux chalet. Le liquide heurtant les parois du verre roula comme la voix forte d'un torrent, le rire d'une cascade, le chant d'une source…

— C'est la fête ! plaisanta-t-elle.

Ils sourirent tous les deux. Elle dessina de ses doigts le contour du verre que l'homme lui tendit, et ils se regardèrent. Leurs yeux brillaient. I


ls ouvrirent la bouche ensemble pour parler, et se turent, d'un commun accord.

Un petit rire, et l'homme dit tout bas en cognant son verre contre le sien :

— A la vôtre…

Elle répondit quelque chose mais aucun son ne sortit de sa gorge.

Le regard suspendu aux lèvres de l'homme, elle s'appliqua à boire en même temps que lui. "C'est une communion..." pensa-t-elle.

Sans le quitter des yeux elle renversa la tête en arrière, tandis que le soleil réchauffait son cœur et que le miel de la vie abreuvait doucement ses veines.


Par Domi
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Samedi 29 septembre 2007



   
Le soleil se lève. Rayon ocre foncé léchant ce coin de pièce. Mes rêves de silence se déchirent sur le premier cri de marmotte. En écho, celui d'une buse.

Sur mon cou une caresse humide. La truffe affectueuse de mon berger des Pyrénées, si heureux de mon réveil.

Je pousse lentement la porte en bois. Grincements magiques. Musique pure et familière dans la lumière intense qui, déjà, m'assaille. Chaque brin d'herbe me salue. Ebouriffé. Irradié de rosée.

C'est le premier appel. Bêlement tremblant, émouvant, de mes chèvres impatientes. Mon chien jappe, fou de joie à l'idée de leur délivrance. Je les flatte une à une, m'imprégnant de leur parfum de poils, chauds et secs.

Je rejoins le chalet. Une flambée de bois mort dévore mes doigts gelés, tandis que mon compagnon lape en rythmes saccadés le lait de la veille, déjà caillé...

Mes yeux se plissent à la fenêtre. Eblouis.
   
Débordant de reconnaissance, je coupe une large tranche de ce bon pain aux relents de thym et de sauge. Etaler le fromage frais, doucement salé, et sortir le vin. Le vin de la vigne dure, capricieuse, à flanc de coteaux.

Jusqu'au soir, je foulerai les rochers. Grimpant toujours plus haut, en quête de champignons et d'herbes sauvages. Surveillant, de loin, mes bêtes dispersées.

Dans mon coeur un seul espoir ; celui de me repaître du chant d'un torrent... d'apercevoir au creux des pierres un troupeau de chamois..  et de suivre, comme un cadeau, le vol de l'aigle à l'affût...

La vie s'écoulera, éternelle sous le temps.

Hors du temps.


Par Domi
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Dimanche 19 août 2007

Rêverie sur un livre (la pesanteur et la grâce, de Simone Weil )


Mon amour,
vois-tu, je t'aime,
Mais tu dois me laisser respirer
Me donner mon espace
Et mon temps.

Veux-tu
que nous jouions à un jeu ? 
Je te propose de t'éloigner, juste un peu.
Encore un peu... oui, comme ça,
quelques mètres...

Maintenant, attendons.
Laissons faire
le temps.


Voilà, ça marche déjà !
J'ai à nouveau envie de toi !

Il fallait juste que tu me laisses 
seule dans ma bulle 
quelques instants
Loin de ta chaleur, de ton odeur...

Il me fallait
l'espace et le temps 
de t'imaginer,
de te désirer.

J'avais besoin de rêver
De "te" rêver...
Après tout, ne sommes-nous pas
des êtres de rêve ?


Je voudrais que l'on se regarde
Comme on regarde un paysage
Un paysage sauvage et vierge
que personne
n'aurait encore défloré

Peux-tu essayer
de "laver" ton regard
Pour me voir telle que je suis
vraiment...
 
Telle que je suis, sans toi
loin de toi,
Hors de ta conscience
de tes souvenirs
de tes désirs...
  
Comme si "tu" n'étais pas là, 
Comme si tu "n'existais" pas,
Me regarder avec les yeux de l'absence,
Du Néant...


Je sais, c'est difficile.
Mais c'est ainsi que je suis "moi"
Tout comme ce magnifique paysage
Que personne n'a encore vu

Et qui pourtant existe,
quelque part,
Dans sa pureté originelle

Tel que Dieu l'a rêvé
De toute éternité.

Par Domi
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Vendredi 17 août 2007

Suite à quelques conseils de mon atelier d'écriture, j'ai repris ce texte. J'espère qu'il va maintenant un peu plus au fond des choses...
     

LIVRE : Richard Morgiève, «Un petit homme de dos.».



 

Mietta parle de lui-même à la troisième personne. Pourtant l’auteur dit «je».

Entrer dans ce paradoxe, c’est entreprendre l’aventure émouvante d’une plongée dans la petite enfance. Celle de l’auteur, un homme de quarante ans retrouvant les mots d’un enfant de quatre ans, et la nôtre.

Pourquoi les livres arrivent-ils toujours au moment précis où on a tellement besoin d’eux ? C’est la question qu’une fois de plus je me posais en écoutant cette émission de France-Culture où j’eus le privilège d’entendre la voix de Richard Morgiève. Sa voix d'homme encore jeune, sensible, timide. Mais féroce. Cette férocité de la sincérité qu'ont ces voix profondément humaines, fragiles. Ces voix de «poètes»…

«Il ne faut jamais re-écrire quelque chose qui a déjà été écrit, sinon ce n’est pas de la vraie poésie».
  
« Déjà écrit - même par soi-même – » ai-je aussitôt renchéri en mon for intérieur. N’ayant de cesse, depuis, de faire une chasse impitoyable à la tentation de reprendre certaines phrases ayant déjà fait «mouche» dans certains de mes anciens textes. Ne jamais écrire quelque chose qui a été déjà été écrit sous-entend « gratter » à l’intérieur de soi, dans l’instant, au plus profond. Sans compromission. Ce qui est «là», aujourd’hui. Par nature, différent de la veille. Unique, nouveau. Donc, vrai. Authentique. Même si pour cela, il faut « inventer ».
    

Autre paradoxe : «Il faut mentir pour "mieux" dire la vérité !», deuxième phrase de l’auteur m’ayant définitivement conquise. Phrase o combien, rassurante, libératrice ! Mélange de biographie et de fiction : l’autofiction. Inventer pour être au plus près de «sa» vérité. Une vérité par essence tellement subjective, tellement personnelle, bien au-delà de la seule « réalité ». Vérité qui fait que deux héros de la même histoire ne la vivront pas de la même manière.
    

Cette petite phrase m’a donnée le courage de chercher en moi cette vérité. « Ma » vérité. De faire de ma propre souffrance un tremplin vers l'écriture. Et vers la guérison. Car c’est bien de guérison qu’il s’agit, l’auteur ne s’en cache pas. Cette interview a été une révélation pour moi. Une palette de possibilités nouvelles s’ouvrait à moi pour tenter d’exprimer la douleur qui torturait mon cœur depuis plus d’un an. La colère m’étouffait, les mots se bousculaient... je ne parvenais pas à restituer les faits exacts qui avaient engendré à l’époque une telle souffrance au sein de ma propre famille.
   
L’auteur aussi parle de sa famille dans ce livre. Remontant bien avant sa naissance, «imaginant» la  rencontre, les sentiments, de ses deux géniteurs. C’est dans cette partie du livre, alors que lui-même n’est pas encore né, qu’il dit «je». Puis, il narre la naissance de ses frères et sœurs, et surtout, il parle de la présence de cet ami de la famille, disparu, le fidèle et aimant "Mietta", dont ses parents lui donneront le prénom, en souvenir de ce dernier. Et c'est à partir de sa naissance qu'il commence (et c'est poignant) à parler de lui-même à la troisième personne -"Mietta" - comme le font les tout petits enfants...
    

Un livre sans colère. Un livre tout en amour. Comme si l’auteur voulait -re-préparer en douceur le chemin de sa propre venue au monde, s’approprier lui-même sa conception, son existence. Dire "oui" à la vie. A "sa" vie. Acception que j’avais moi-même tant de mal à intégrer au moment où ce livre m’a été envoyé du ciel. Oh, je ne prétends pas, bien sûr, avoir obtenu la guérison à la seule lecture de ce livre. Mais cet auteur m’a ouvert les yeux sur la nature de mon besoin vital d’écrire au moment précis où notre famille a été ébranlée par ce traumatisme. Traumatisme lié au "père".
  

Il m’a ouverte à ce qui est, pour moi, « la littérature » : cet élan, ce chant du cœur. Il m’a montré que ce qui souffre en nous, c’est le tout petit enfant, privé de mots, nu, mais "tout amour". Et qu'en habillant de mots ce petit enfant, on pouvait remonter à la source de cet amour. Amour blessé, peut-être, mais intact. Et que, là, réside notre force. Avec laquelle il fallait tenter de renouer.

L’auteur ne parle «que» de ses parents. En véritable « amoureux » de ses parents. Quelle leçon d’amour !

Amour pour sa mère... Mietta a trois ou quatre ans. Il grandit. Jusqu’à ce gouffre - le joyau du livre - la mort de sa mère. Mots/larmes, mots/sanglots, mots/enfants pour décrire « cette chose plus grave que la fin du monde» : la mort d'une mère. Mots qui arrachent les larmes. Pas des larmes de sel, pas de celles qui libèrent, non, car on ne «pleure» pas, on ne «peut» pas pleurer. Tout comme l'enfant trop petit, submergé par cette trop grande catastrophe, ne peut pas pleurer. Ces larmes d’enfant que chacun de nous a enfouies en soi, refoulées, et qui font de nous ce que nous sommes. L'auteur parvient à trouver les mots de ces larmes impossibles, ces larmes crucifiées, pétrifiées. Bien qu'il ne s'agisse pour personne du même contexte familial, la musique de cette petite voix d'enfance qui berce les mots de ce livre s'adresse à tout un chacun. Et l'émotion reste intacte à chaque nouvelle relecture. Véritable émotion «poétique». Universelle.
  

Amour pour son père.... cet homme qu’il appelle - d’où le titre - «Un petit homme de dos». Trouvant les mots/solitude d’un enfant voyant faiblir son père. Fléchir, renoncer. Capituler après la mort de sa femme. Ce père « tournant le dos » à la vie, « abandonnant » son enfant déjà orphelin....

   
Une véritable action de grâce envers les adultes de son enfance « grâce auxquels », dit-il : «je suis en train de devenir l’écrivain que j’ai toujours voulu être.». Quelle leçon de pardon, et quelle leçon d’écriture ! Devenir écrivain, l’auteur n’y était pas prédestiné. Un homme simple, mauvais élève en classe, de surcroît, surtout en français... Devenir écrivain par la souffrance. Cette souffrance insondable d’enfant qu’il a eu le courage, la force, de sonder. Trouvant le goût, l’odeur de ces mots tendres, ces mots immenses de l’amour immense d’un enfant pour ses parents.

  
Vraiment, les mots du cœur.

 

Domi


«Vous ne répondrez plus au téléphone, vous raterez votre station de métro, mais qu’importe, vous aurez lu un chef d’œuvre !» (Caroline Bongrand - « Elle »).

 

Par Domi
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Mardi 7 août 2007

ecriturecreative : parlez-nous d'un livre qui vous a marqué



"Le jeu des perles de verre" d'hermann Hesse

C’est un gros livre. Je l’ai lu il y a longtemps.
Trente ans ?

J'éprouvais un vif désir de lecture à l’époque, et pour mes choix de livres je m’en remettais aveuglément à une amie plus âgée que moi, une fille que j’avais connue par la musique et qui travaillait au collège de France. Elle chantait en amateur, j’étais la pianiste accompagnatrice.

Nous avons vite sympathisé. Avec ses socquettes, ses sabots et ses petites jupes, j'ai d'abord cru que nous avions sensiblement le même âge, mettant sur le compte d’un problème de drogue son visage marqué, déjà ridé.
Un être torturé, me disais-je. Proche de moi.

En fait, elle était de quinze ans mon aînée. Divorcée (mal), trois grands enfants - famille dont j’ai rapidement fait partie -, son allure était celle d'une adolescente attardée. Mais à mes yeux, elle était l'«intello». Pour cette raison je l’admirais et lui faisais entièrement confiance. J’aurais lu n’importe quoi venant d'elle, et je mettais ma fierté à aller au bout des ouvrages, pourtant difficiles, qu'elle me proposait. Ma soif de spiritualité et de connaissances était telle que je brûlais chaque fois de lui prouver que j'étais «à la hauteur»...

Je crois que je n’ai rien compris à ce livre...
Voguant dans les méandres mystérieux de ce «labyrinthe», à la fois perdue et éblouie, je lisais dans un état second, hypnotique, proche de l'inconscience. Il m’en reste la même impression, vague et néanmoins intense, que les images de ces vieux films en noir et blanc de ma petite enfance. Etrangeté qui commençait par la descente des escaliers gris et inquiétants de la Butte, pour rejoindre la minuscule et déserte rue du cinéma, enfouie dans le Montmartre des années cinquante...

Ce livre…
Dans lequel je suis entrée comme dans une grotte…

On y parlait musique. Raison pour laquelle mon amie me l’avait recommandé. Même si, pour le peu que j'aie pu en comprendre, le jeu des perles de verre consistât en une sorte de jeu intellectuel (sans doute apparenté au jeu de go des Asiatiques, auquel je ne connaissais rien évidemment). Un jeu «imaginaire» qu'il s'agissait, pour les adeptes de cette discipline, de perfectionner et de sonder à l’infini. De recommencer - à Vie - pour en découvrir l’essence. En extraire la quintessence mathématique.
Quintessence mathématique qui se trouve aussi, paraît-il, dans la musique.

A mon niveau, je comprenais cela. Je comprenais qu’on puisse consacrer une existence entière au même jeu, comme le musicien peut vouer toute sa vie à l’interprétation du même morceau musical. Même si cela peut sembler une «folie»...

Par la musique, je savais que la beauté n’est pas seulement dans ce qui est visible, palpable. Je savais que la beauté se cache «derrière» les choses. «Entre» les notes. Dans le silence, cet instant insaisissable, cet éphémère et insondable «présent» qui relie deux notes l’une à l’autre. Dans cette manière qu'a l'artiste véritable d'appréhender chaque nouvelle note en fonction de la précédente, de combler l’espace, «l'attente» entre elles. De remplir ce «vide», lui donner sens, le «créer», le «recréer». Le transmuer en rythme, en «mouvement ».

Le jeu des perles de verre parle d’un «état» à atteindre et à «vivre», plus que d'un «résultat» à «obtenir». Une attitude intérieure à inventer, à mettre au monde chaque jour. Tout comme le corps du musicien, son cœur, son âme, finissent par devenir tout entiers - et seulement - «Musique», s’approcher toujours davantage de la perfection, de la vibration «juste». Au plus près d’une pureté «originelle».


Relirai-je un jour ce «monument» qu'est ce livre d’Hermann HESSE ?
Je ne sais pas.

J’ai peur de recouvrir d’un voile trop transparent ce qui ne doit rester qu’un souvenir nébuleux, mais oh combien plus «lumineux» que toutes les explications, les intelligences et les logiques du monde...




Extrait du livre :


- N'existe-t-il donc pas de vérité? N'y a-t-il donc pas une doctrine qui soit authentique et valable?

-La vérité existe, mon cher, mais la "doctrine" que tu réclames, l'enseignement absolu qui confère la sagesse parfaite et unique, cela n'existe pas. Il ne faut pas non plus avoir le moins du monde la nostalgie d'un enseignement parfait, mon ami; c'est à te parfaire toi-même que tu dois tendre. La divinité est en toi, elle n'est pas dans les idées ni dans les livres. La vérité se vit, elle ne s'enseigne pas ex cathedra.

Hermann Hesse.

Par Domi
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Poème


"Je suis"


Je suis

la plume

qui gratte

la page

et qui

la griffe


Je suis

la griffe

qui s'accroche

à l'herbe

du gouffre


Je suis

le gouffre

qui grandit

chauqe jour

au bout

du chemin


Je suis

ce chemin

qui ne mène

nulle part


J'écris...


publié dans "écriture"


Mon petit dernier préféré :
La pesanteur et la grâce

Lumière du Sud

 

 





 


La calèche

Envol

Le vieux guide

Le pays du vent

Communion

L'odeur du temps

L'oiseau de l'aube

La toile

Printemps


Chats (cliquez sur le chaton) 

 








Chanson et
récit autobiographique :
(cliquez sur le phonographe)
 
"Domino",

 

 






 
 

 

Un bout de moi

PHASME






Mots vides
sans style
de mon stylo
miasmes
de mes poèmes
sans chair
sans ossature
je me sens phasme
brindille
fétu
tige droite
sans âme
une écharde
 un trait
 un tiret
sur ma vie
ce que je suis
ligne
longue
sans poil
sans plume
sans feuille
 un brin
sans racine
sans ventre
une fente
une ébauche
une rayure
petite griffure
faite à la plume
une strie
figée
bâton
bout
de
bois
vide
bout
de
vie
 
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