J’ai besoin de calme, de beauté, de nudité
Besoin de murs couleur crème, et de tommettes aux teintes flamboyantes
De tons pastel sur les portes, les placards, les rideaux
Besoin d'air, d’espace et de fraîcheur
De lenteur
De lumière.
J’ai besoin du feu et de l’eau
Du soleil et de la nuit épaisse
Besoin d’entendre le crapaud solitaire et son unique note répétée à l’infini
Besoin de musique, de poésie et de danse
D’orgue d'église, et d'accordéon de fêtes.
J'ai besoin d'être réveillée par l’odeur du café fraîchement moulu
Par la plainte des chèvres et le gloussement des poules
Besoin de tenir dans ma main la forme parfaite des œufs du matin
De sentir l'odeur entêtante de la grange, de pommes et de vieux sacs de jute
J'ai besoin de respirer le bon parfum du passé.
J'ai besoin de l’herbe qui caresse et de l’ortie qui brûle
Des nuages et de l’aube tourmentée
Du ciel qui s'étire en mèches de coton, effilochées, insaisissables
Besoin du matin glacial et des brindilles que l’on casse
Du premier petit bois qui crépite et qui chante
J’ai besoin de la vie, du joyeux rythme de la vie.
De la longue prière des jours, des heures et des semaines
J’ai besoin du temps qui se fige et qui s’arrête
Besoin de sa prière
La prière éternelle du temps.
Laissez-moi prier le vent
Me gorger de son odeur
Ecouter la plainte du temps
Laissez-moi guetter le matin
Le suivre par ses blancs chemins
En le prenant par la main
Laissez-moi chanter le soir
De veilles chansons d'autrefois
Qui me rappellent ma jeunesse
Laissez-moi mourir un peu
Oublier la porte du fond
Et regarder par la fenêtre
Mourir à la tristesse
Et revivre à la douceur
De toute la force de mon coeur
M'envoler sur l'aile du bonheur
Qui m'appelle
Depuis si longtemps
Que flotte encore une ombre
une brise enchanteresse
sous nos grands arbres sombres
un doux chant de tendresse
Que toujours nos pieds nus
foulent les herbes vertes
et les chemins moussus
d'humidité offerte
Qu’il reste une onde claire
au cœur de nos villages
fontaines ou rivières
reflets de nos visages
Que dans les vieilles pierres
des murs de nos maisons
s'élève la prière
de nos pâles saisons
Un flux surnaturel à travers les volets
Tire de leur sommeil mes membres dénudés
Déversant sur ma peau sa laiteuse lumière
Inefffable halo de doux reflets lunaires.
O toi, le cher amant de ces douces années
Ne m'offre ni diamants ni parures dorées
Seule, cette fenêtre ouvrant sur le jardin
Où des brumes secrètes effleurent le matin.
Que dans mes yeux crépite la voûte violette
Et scintille en pépites cet astre céleste
Dont la virgule d'or, brûlante et délicate,
Griffe le ciel qui dort en sa robe d'agate.
Que toujours ton amour, ô nuit mystérieuse,
Soit mon plus bel atour et ma pierre précieuse
Qu'à jamais ce diadème à la courbe parfaite
Soit le trésor suprême au-dessus de ma tête !
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