Contes

Dimanche 20 janvier 2008

Mots imposés : croupe, médaillon, peupliers, savonnette, foulard, bouillir, doryphore, maçon, moelleux, jarrets.

 
Ecrire un texte dans le genre "fantastique".



 
 
Premier voyage..dans ses yeux
 
 

Sophia enfila de grandes bottes qui montaient jusqu'au milieu des cuisses et je la vis se redresser de toute sa hauteur.

Ainsi debout, elle arborait une croupe généreuse et cambrée, limite provocante...


Des éclats de lance brillaient dans ses yeux en amande d'un vert laiteux qui contrastait avec sa robe noire et moulante, juste éclairée par le médaillon blanc quelle portait toujours autour du cou.


Elle était magnifique. Grandiose. Jamais je ne l’avais vue si déterminée.

 

Je la vis s'élancer d'un bon pas dans la petite allée de peupliers qui mène à notre pâté de maisons. Le bruit métallique des feuilles faisait penser aux heurts lointains d'épées entrechoquées…. Quelque chose dans l'air suintait l'inquiétude.

 

Elle fut bientôt rejointe par quelques amis du quartier qui surgirent de leurs maisons respectives, formant bientôt une petite troupe à l'allure presque guerrière.


Que mijotaient-ils ?
 

Soudain, au signal de Sophia, je les vis se tapir tous ensemble derrière les buissons !


Au beau milieu de la route s'ébattait un énergumène à la silhouette grotesque, qui semblait s'en donner à cœur joie ! Faisant des bons étranges, glissant comiquement sur d'invisibles savonnettes… un vrai clown !

 

Mais ce personnage ridicule fut aussitôt encerclé par le groupe entier. A ma grande surprise, j'entendis distinctement la voix de Sophia prononcer ces paroles fortes :

 

— Scélérat ! Veux-tu cesser immédiatement ces agissements indignes et laisser tranquille ce pauvre innocent sans défense ! Je te connais bien, toi ! Pas vrai, les amis ?

 

— OUI ! Aboya la troupe, visiblement très remontée.

 

— Tu habites bien la maison du Pharmacien, au coin de la rue ? Tu as donc le couvert tous les jours, n'est-ce pas ? Et bien servi, si je ne m'abuse ! A en juger par ton apparence enrobée, tu ne meurs pas de faim, il me semble ? Pourquoi, alors, tortures-tu les autres pour le plaisir ? Laisse-le aller ou il t'en coûtera cher !

 

J'aperçus alors un magnifique doryphore noir et or qui détala sans demander son reste !

J'allais d'étonnement en étonnement...

Pris en flagrant délit, l’agresseur refoula la colère qui le faisait intimement bouillir. Le frustre individu s'excusa d'un ton mielleux et tourna mollement les talons, qu'il avait gras et moelleux, comme tout le reste d'ailleurs — même les jarrets  — ce qui lui donnait une dégaine particulièrement disgracieuse.

 
 

Visiblement satisfaite, Sophia cambra davantage ses reins, souples et agiles, et continua sa route, suivie de ses fidèles acolytes.

 
 

Un peu plus loin, ils tombèrent sur un marmot qui braillait désespérément, juché en haut d'un arbre.

 

— Que fais-tu là-haut ? Lui demanda Sophia, prenant, d'office, un air sévère.

 

— Au secours, au secours ! Ah ! Bonjour Madame ! Ça fait des heures que ce méchant arbre refuse de me laisser descendre et me retient prisonnier entre ses branches !

 

— Réponds d'abord à ma question : pourquoi diable es-tu monté?

 

— Mais, pour jouer ! Il y avait un petit oiseau et…

 

— J'en étais sûre… !! Nous ne t'aiderons pas tant que tu ne nous auras pas fait une promesse !

 

— Oui, oui ! Tout ce que vous voudrez !

 

— Premièrement, où habite-tu ? Je ne t'ai encore jamais vu dans le quartier. Tu as l'air bien jeunot…

 

— Dans la grande maison, là-bas, en face du Docteur !

 

— Ah ! Je vois ! Chez le maçon ? Pas des malheureux non plus… Donc, tu es bien nourri je suppose ?

 
— Oh, oui, Madame !
 

— Bon alors, pauvre ignorant ! Saches qu'une nouvelle loi vient d'être votée et que tout individu surpris en train de s'attaquer à un plus faible — ce que tu appelles : "jouer" — sera impitoyablement puni ! C'est bien compris ?

 

— Très bien, Madame ! Je peux descendre maintenant, s'il vous plait ? J'ai des fourmis dans les jambes !

 

Sophia s'enquit de trouver de quoi secourir cet écervelé. Après avoir fouillé quelques poubelles elle trouva un vieux foulard qui ferait parfaitement l'affaire.

 

Le gamin s'y laissa choir en toute confiance et s'enfuit en courant après avoir promis tout ce qu'on exigeait de lui.

 
 
…….
 
 

Les yeux dans ceux de Sophia, je vis cette scène s'estomper lentement, comme la page d'un livre que l'on referme. Elle ronronnait doucement dans mes bras tandis que je lissais voluptueusement son pelage noir et brillant, fin comme de la soie.

 

La veille, je l'avais grondée très fort.

J'avais trouvé dans le jardin une ribambelle de souris… à moitié mortes !

Par Domi
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Samedi 29 décembre 2007

Reprise de ce blog grâce à mon Atelier d'écriture : conte de noël avec mots imposés.


Le collier


 
 
   Aujourd’hui, tu fais grève ! lança joyeusement l’homme à sa femme. Ce qui eut pour effet de faire éclater de rire toute la maisonnée.
 
— C’est Noël ! Continua-t-il. Alors, le premier des cadeaux, et des plus mérités, sera de te reposer ! Moi et notre fils, nous nous occuperons de tout, tandis que toi, tu te délasseras en écoutant ce disque de chants de noël, ces voix d’enfant que tu aimes tant !
 
Après quelques faibles protestations, la femme finit par se rendre à l’opiniâtreté de ses deux « hommes », et s’installa confortablement près de la fenêtre dans le fauteuil à bascule où elle ferma bientôt les yeux, bercée par ce qui représentait pour elle la plus enivrante des sérénades
 
 
L’enfant et son père marchaient d’un bon pas dans la neige, tout en devisant solennellement de choses et d’autres.
 
   Tu vois, disait le père, le solstice d’hiver est un moment très particulier. Le soleil est au plus bas à l’horizon - tu as remarqué comme la lumière du jour s’estompe de plus en plus tôt en ces jours d’hiver ? – hé bien, c’est pour cette raison que le soleil ne peut qu’amorcer sa remontée ! Le solstice d’hiver annonce le printemps, mon enfant ! La renaissance de toutes choses !
 
Les yeux du fils brillaient de mille feux à l’écoute de ces paroles qu’il entendait pourtant chaque année dans la bouche de son père. C’était pour lui le plus merveilleux de tous les contes ! Associé à l’idée du bonheur de sa mère quand celle-ci ouvrirait ses cadeaux, tout cela le plongeait dans une joie sans pareille.
 
   Crois-tu que nous trouverons ce que nous cherchons ? demanda le garçon.
 
Et le père percevait une pointe d’anxiété dans la bouche de son enfant.
 
   Je te le promets ! Comme tous les ans, pas vrai ?
 
   Alors, vite papa, vite ! répondait l’enfant en tirant son père par la main.
 
Les premiers toits du village commençaient à montrer le bout de leur nez derrière une haie d’arbustes dénudés. L’enfant ne se tenait plus d’impatience.
 
 
Légèrement intimidés, ils entrèrent dans le magasin de l’unique commerçante du village, où des décorations, simples mais jolies, ornaient tous les rayons.
 
Le père sortit - assez comiquement, car comment imaginer qu’il puisse les « oublier » ?- un bout de papier sur lequel il avait écrit la liste des présents pour sa femme…
 
   Que puis-je pour votre service ? demanda poliment la marchande.
 
   C’est pour ma mère ! intervint l’enfant, sans comprendre en quoi une phrase aussi naturelle pouvait déclencher de si larges sourires sur le visage des adultes.
 
   Un collier de perles ? lit la dame sur le papier… elle va être gâtée ! Et un canevas ? Oui, je dois avoir tout cela ! déclara-t-elle, visiblement satisfaite.
 
   J’aimerais que le motif du canevas fasse penser à Noël, dit le père. Ma femme adore broder, elle est d’une constance
 
   Oui, je sais, je connais le courage de votre femme… Ne bougez pas, je vais voir dans ma réserve. En attendant, jetez un coup d’œil sur ce collier. C’est mon seul modèle, mais il est fort beau.
 
Le père et l’enfant, de concert, ouvrirent une bouche… grande comme un four ! Ils ne pouvaient détacher leur regard des perles blanches aux reflets si doux… Des larmes de joie montaient de leur poitrine devant une telle beauté ! Ils tremblaient d’émotion à l’idée de l’effet produit par ce trésor sur le cou délicat, et combien ces éclats charmants rehausseraient à merveille ceux des yeux de la femme qu’ils aimaient tous deux par-dessus tout….
 
Pour le canevas, ils choisirent un dessin représentant un foyer allumé où dansaient les flammes rouges et or d’un fagot de bois noir. Rien de tel pour symboliser Noël, ils en étaient parfaitement d’accord, tout comme la marchande, qui avait décidément le goût le plus sûr qu’on puisse souhaiter pour l’occasion !
 
 
Au moment de payer, le père sentit soudain une boule se former dans sa gorge. Le prix annoncé dépassait de beaucoup ce qu’il tenait si bien serré dans son escarcelle : l’argent qu’il avait économisé, sou après sou, pour fêter dignement ce bel évènement. Le collier était seul responsable de ce surplus, et il fallait se résoudre à n’acheter que le canevas comme cadeau pour sa femme.
 
Le père ne laissa rien paraitre devant son fils qui furetait gaiment dans les rayons, s’extasiant de tout et de rien, émerveillé et surexcité.
 
La commerçante, elle, vit la joie s’évanouir d’un seul coup du visage de l’homme.
« Plus vite que les nuages par jour de grand vent… » songea-t-elle, rêveuse…
 
Le père renifla légèrement, avant de se pencher à l’oreille de la marchande. Celle-ci hocha la tête et s’exécuta aussitôt, se retournant afin de confectionner le papier cadeau à l’abri du regard de l’enfant.
 
 
Le père et son fils reprirent le chemin du retour en marchant encore plus vite qu’à l’aller. Tout à sa joie, l’enfant ne remarqua pas les traits égarés de son père, et mit sur le compte du froid son silence inhabituel.
 
De retour à la maison, ils trouvèrent la femme endormie dans le rocking-chair. Emus et tout heureux, ils décidèrent de la réveiller en douceur, en remettant le disque, tout simplement, à son début...
 
 
Après avoir décoré la maison avec son père, l’enfant joua sagement dans sa chambre jusqu’au soir, tandis que le père, comme il l’avait promis, s’occupa du repas. Il tua la plus belle oie de la basse cour, éplucha quelques panais et ajouta les feuilles d’un bon choux. Il mit le tout dans la grosse cocotte en fonte qu’il glissa dans le four de la cuisinière à bois.
 
L’odeur était délicieuse.
 
La mine du père, de plus en plus sombre.
 
Il réfléchissait. Quelle serait la réaction de son fils en découvrant que le collier n’était pas dans le papier cadeau de sa mère ?
 
 
A la fin du repas, tous les yeux brillaient de plaisir ! Le dessert – composé, selon la tradition, des friandises familières : noix, dattes et miel - fut très apprécié ; en particulier, du garçonnet !
 
La femme rayonnait de beauté, les traits bien reposés, l’humeur joyeuse et chantante.

Quant à l’enfant, il ne tint pas en place bien longtemps :
 
   C’est l’heure d’ouvrir les cadeaux ! déclara-t-il en se précipitant vers la cheminée, plus coquin et rapide qu’un petit lutin farceur.
 
Il tendit leurs cadeaux à ses parents - qui, comme tous les ans, renonçaient déjà à parler « d’attendre le lendemain »…. - et ouvrit frénétiquement le sien.
 
Le père se leva discrètement, et se tint de dos, debout à la fenêtre.
 
Déjà, une grosse larme roulait sur sa joue… quand un cri de joie le fit se retourner :
 
   Quelle merveille !
 
Sa femme venait de dérouler le canevas, dans lequel scintillait le magnifique collier de perles blanches.
 
 
 
 
 
 
 
Par Domi
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Jeudi 20 décembre 2007

 mots imposés : Grève – perles – sérénade - estomper – égarer – escarcelle - Lutin – constance – canevas - fagots – solstice - friandises 

Le cadeau de Constance


Constance tenait absolument à finir pour Noël...
Elle voulait terminer au plus vite ce canevas, dont elle avait elle-même conçu le dessin.

Il représentait la mer...
Sur la grève, des coquillages resplandissant de blancheur, tel un collier de perles sous le ciel gris et bas de l'hiver.... Et sur les dunes, quelques traces de neige, brillant doucement...

Elle avait longuement rêvé de ce paysage : la mer l'hiver... la mer sous la neige...
Comme s'il lui fallait réunir, en un seul regard, les saisons extrêmes ; et dans un seul souffle, le chaud et le froid.

Elle se relevait toutes les demi-heures, pour prendre du fagot les brindilles bien sèches qui allaient relancer la flamme de la cheminée, où se consumait lentement la grosse bûche de Noël.

Chaque fois qu'elle se levait, elle regardait tendrement le cher visage, sur lequel les traits tant aimés s'estompaient déjà, et où le regard, autrefois si lumineux, n'offrait à présent que deux pâles étoiles égarées.... mais parfois traversées d'un éclair de lucidité si palpable !

A ces moments, rares mais intenses, elle sentait au plus profond d'elle-même un puissant appel de la part de son fils. Elle s'asseyait alors au chevet de l'enfant et, les yeux plongés dans les siens, elle lui chantait une chanson, toujours la même, une berceuse qu'elle avait elle-même improvisée et intitulée : "La sérénade du solstice d'hiver pour mon garçon chéri...".

"Mon petit lutin", disait la chanson, "Maman va prendre dans son escarcelle les derniers sous de l'année, maman ira t'acheter des friandises pour la Noël, et maman t'offrira le plus beau de tous les cadeaux de Noël : le cadeau de tes rêves !".

Et l'enfant, chaque fois qu'elle chantonnait ainsi, souriait de ses maigres forces.

Son fils n'avait jamais vu la mer. Enfant des montagnes, la vie pour lui s'arrêtait doucement, dans l'année de ses cinq ans, sans qu'il puisse espérer un jour avoir le temps de réaliser son rêve de voir la mer. Alors elle avait dessiné les vagues, imaginé les tons pastels de l'horizon en subtiles dégradés de verts et de gris, et ne cessait de chercher dans le fouillis de ses fils à broder les couleurs blondes et cendrées d'un sable d'hiver... Pour son enfant. ...Sans oublier les reflets argentés de la neige, qu'il aimait tant...

Maintenant, elle priait.
Et cousait. Cousait...

Bientôt, elle accrocherait son oeuvre au pied du petit lit, sur le mur bien blanc, afin que le dernier regard de son tendre amour soit pour le rêve indicible... celui que ses mains de mère avait rendu possible.

Par Domi
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Jeudi 29 novembre 2007

 Arelier d'écriture : Imaginez une rencontre avec un personnage historique



"Mon invité"

Que se passe-t-il ici ? Je ne vois rien...
Tout le monde me presse, me pousse ! oh, tous ces gens... attention, ne m'écrasez pas, je suis de petite taille, moi !
Bon, éloignons-nous un peu, et attendons que la foule se disperse...
Là, c'est parfait ! Je suis en sécurité. Personne ne me remarquera dans cet arbre, et en plus je profite de son ombre bienfaisante...
Ah, enfin je le vois !
Quoi ? Ce n'est que "ça" ?.... un petit homme barbu, si quelconque, à peine plus grand que moi, qui attire la foule ??
Voyons, que dit-il...
En plus, il zozotte ?
Hé bien, je suis bien surpris.... tout ça pour ça !

- Hé ! toi, là-haut, sur ce figuier !

- heu, heu... moi ? c'est à moi que tu t'adresses ?

Eclats de rire dans la foule.

- Oui, toi, perché dans ton arbre ! veux-tu bien m'inviter à ta table ce soir ?

- Chez moi ? Moi ?... mais, heu...

Les rires cessent.

- Mais, mais....mais bien sûr, pourquoi pas ? c'est un grand honneur ! oui, je t'attends chez moi, j'y cours ! je vais préparer le repas ! Tu es le bienvenu chez moi, bien sûr !


Que m'arrive-t-il ?  mes joues ont pris feu dès qu'il m'a parlé ! et pourquoi m'a-t-il interpellé ainsi - moi ? Moi qui justement m'étais mis en retrait.... moi dont tout le monde se moque, moi qu'on déteste et jalouse pour mon argent... Mais lui, il m'a vu ! oh, mon coeur bat si fort ! pourtant je ne peux pas m'empêcher de courir, courir de joie ! c'est sûr, je vais m'évanouir avant d'arriver à la maison....

- Vite ! écoutez-moi, tous ! vite, qu'on tue le veau gras ! tous, tous, venez, approchez, un festin, un festin grandiose, plus vite ! tous, tous ! à moi, à moi... un peu d'eau, je n'en puis plus...

- que t'arrive-t-il, mon ami ?

- O ma femme, mets ta main, là, sur mon coeur ! tu entends comme il bat ? tu l'entends ? écoute, voilà : j'ai fait une rencontre... incroyable !

- quoi ? qui ? raconte !

- mais je... c'est vrai, je ne sais pas  ! tout ce que je sais c'est que, dès que cet homme m'a vu, il s'est invité chez nous ! - dès qu'il m'a vu, tu entends ?? - il vient ce soir pour "me" parler ! il.... il m'a VU !!!!

- mon mari est devenu fou !?

- Oui, fou, fou ! ah, dans mes bras, ma chère, dans mes bras ! Et vous tous, riez, chantez, je suis si heureux ! attendez de le voir, attendez ce soir !

- hé bien... soit, alors ! qu'on prépare le festin ! nous verrons bien à quoi ressemble ta "rencontre extraordinaire" ! allez, au travail, tous !!



- Bonsoir, je suis heureux de venir m'assoir à ta table. Félicitations, tu as une bien jolie maison !

- merci ! bienvenu à toi ! là, prends place près de moi ! vite, les enfants, poussez-vous, laissez mon invité respirer !

- les enfants ne me gênent pas, au contraire. Toi, petite, viens là, sur mes genoux ! comme tu es jolie...

- ben, pas toi, t'es pas joli ! elle est trop vilaine, ta barbe ! hi hi hi...

- ma fille, veux-tu te taire ! petite peste que tu es !

- laisse-la, elle est si drôle... hé ! mais tu me fais mal !! ne tire pas ainsi sur ma barbe, coquine...

- chasse-la ! tu es bien trop bon ! Mais taisons-nous un peu ! Parle ! vas-y, parle, nous t'écoutons !

- parler, moi ? mais j'ai parlé toute la journée, je suis fatigué.... Je suis venu chez toi pour rire et boire avec les gens de ta maison !

- Ah !! mais ne serais-tu pas Jésus ? celui dont tout le monde parle ? ! ah ah ah ! il n'y a que mon mari pour ne pas t'avoir reconnu !

- Jésus ? tu t'appelles Jésus ? comme mon oncle Jésus ? hi hi hi !

- tais-toi ma fille ! Oh ! alors, c'est toi, Jésus ? c'est bien toi ? "Le" Jésus ! mais, mais....

Rires sonores dans toute la maison.

- allez ! raconte-nous quelque chose ! moi, j'aime bien quand tu parles, parce que tu as un petit poil de ta barbe qui a poussé sur ta langue, là, juste là... hi hi hi...!!

- aïe !! oh toi, si tu continues, je vais te mordre le doigt ! d'ailleurs, je commence à avoir une de ces faims...

- oh pardon, mon ami ! où avais-je la tête ? Qu'on nous serve, vite ! mon convive - enfin, je veux dire : Jésus - a faim ! régale-toi, et après, nous t'écouterons ! tu as tellement à nous apprendre !!




- Tu m'entends, Jésus ? tu m'entends ?

- je crois qu'il s'est endormi, ton génial ami... il dort vraiment profondément !

- il vaut mieux ne pas le réveiller.... c'est vrai qu'il a eu une rude journée...

- il semble si calme... si tranquille... de plus, il faut bien avouer qu'il n'a pas lésiné sur le vin !

- apportez des couvertures, enlevez-lui doucement ses sandales, mon invité dormira ici cette nuit ! Venez, tous, retirons-nous en silence...



- Tu es déçu, mon ami, n'est-ce pas ?

- oh non, ma femme.... que vas-tu chercher là ? au contraire, c'est un si grand honneur !

- oui, mais je vois bien que tu es déçu.... tu te sens perdu ; tu t'attendais à autre chose... à un miracle, j'ai l'impression...

- tu es folle, toi aussi !

- pardonne-moi... écoute, n'en parlons plus. Une bonne nuit de sommeil là-dessus, nous y verrons plus clair demain matin....Bonsoir, mon ami !

- bonne nuit, ma chère.



- J'ai merveilleusement bien dormi.... ah, tu es là, ma puce, déjà debout ?

- coucou, Jésus ! je t'ai apporté ma poupée... elle voudrait un bisou.

- avec grand plaisir ! comme elle te ressemble cette poupée...et sur cette bonnne joue que tu as là, je peux aussi déposer un baiser ?

- ah non, sûrement pas !! ta barbe est trop piquante ! mais ma poupée, elle, elle ne sent rien, hi hi hi !!

- tu es vraiment très maligne, très intelligente ! alors, pour la peine, je vais lui en faire encore plein d'autres, des bisous à ta poupée.

- Hum !...je te souhaite le bonjour !

- ah, mon cher ami, te voilà : dans mes bras !! j'avais hâte de te serrer contre moi pour te remercier de ton hospitalité. Pardonne-moi de m'être endormi hier soir, ce n'était pas très élégant de ma part... mais sache que j'ai passé un moment extraordinaire en votre compagnie !! Je te demande maintenant la permission de prendre congé.

- ah....?

- puis-je récupérer mes sandales ?

- mais oui... oui, bien sûr....

- tu reviendras nous voir, hein, dis, "barbe moche" ?

- je te le promets, ma petite.


Entre tristesse et joie, je regarde mon nouvel ami s'éloigner. Une grosse larme roule sur ma joue. Comme une très ancienne larme d'enfant...

Il part pour Jérusalem, m'a t-il dit. C'est bientôt la Pâques.... et quelque chose me dit que c'est la dernière fois que je le vois.

 

Par Domi
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Mercredi 26 septembre 2007

poudreurs d'escampette : il était là, à la fête du Calmir, il raconte....
    

     
Les enfants s'installèrent à même le sol, le menton dans les mains, assis en tailleur aux pieds de Petit Jean qui n'en finissait pas de bourrer sa pipe avec la lenteur calculée de quelqu'un qui ne cherchait pas seulement l'air, mais l'inspiration...

Il aimait voir les bouches et les yeux des enfants s'arrondir, s'ouvrir tout grands dans l'attente de ses paroles !

— Aujourd'hui, commença-t-il à voix basse, je vais vous raconter l'histoire d'une fête mystérieuse qui se passe dans un pays très lointain, bien différent du nôtre. Une cérémonie que je ne manquerais pour rien au monde : " la fête du Calmir" !... Ah oui, les enfants, c'est un drôle de nom, n'est-ce pas ? Il s'agit d'une fête que les hommes de cette tribu dédient chaque année à la Nature pour célébrer, à leur façon, tout ce qui pousse sur la terre ! La fête des plantes en quelque sorte...

Voici donc comment se déroule la fête du Calmir, telle que je l'ai vue cette année et l'année dernière, et comme, je l'espère, elle aura lieu l'an prochain, et ainsi de suite tant que Dieu prêtera vie à cette peuplade merveilleuse ! Mais d'abord, je suis sûr que chacun d'entre vous est impatient de savoir ce que signifie ce nom étrange, n'est-ce pas ? Calmir...

Calmir, parce que cette fête se déroule l'hiver, quand la nature est calme, toute calme, et que tout semble endormi sur la surface de la terre. Quand la plupart des plantes sont enfouies, bien au chaud dans le ventre de la terre, protégées du froid par l'épaisse couche d'humus des feuilles, et parfois, par le manteau douillet de la neige. C'est le moment où les petites graines reprennent des forces, où elles puisent leur énergie dans le sol et engrangent des réserves. Certains hommes le savent bien, c'est pour cela qu'ils ont instauré cette fête : pour qu'on se souvienne de ce qui se passe dans les profondeurs de la terre, quand les plantes se préparent pour les saisons futures.

La fête du Calmir - mes enfants - commence par une ronde folle ! Une danse échevelée d'herbes et de fleurs, jouée par les plus jeunes de la tribu entièrement vêtus de plumes et de feuillages de toutes les couleurs. Ils sont très drôles et très doués pour cela ! Chaque enfant doit mimer la naissance d'une petite graine, et, à l'image de ces petites pousses sauvages de printemps qui grandissent n'importe où, au bord des routes, dans les champs, au pas des portes des maisons, ils se mettent à marcher et à courir dans tous les sens sur d'invisibles racines imaginaires ! Quand ils se rencontrent, ils se cognent les uns contre les autres en riant comme des fous, s'emmêlent les tiges, se mélangent et se multiplient en des bouquets variés et changeants, c'est une féerie de formes et de couleurs ! Ensuite, ils se mettent à tourner, à virer comme des toupies lancées à toute allure, de plus en plus vite ; un vrai feu d'artifice !

Puis les rejoignent les adolescents, déguisés en arbustes foisonnant de baies, de fruits et de fleurs, et enfin les adultes, affublés de branches représentant les grands arbres des forêts. Et de cette mêlée de plantes se dégage un parfum, mes enfants, un parfum comme vous n'en avez jamais senti ! Ce sont les vieilles femmes de la tribu qui, pendant ce temps, jettent dans le feu toutes sortes d'herbes et d'essences aromatiques. Imaginez l'odeur féerique de milliers d'espèces différentes que vous respireriez d'un seul coup ! Un parfum goûteux, sucré, entêtant, enivrant ! Croyez-moi, plus rien ne compte quand on inspire une telle odeur. Moi-même - les enfants - je ne résiste jamais à l'envie de me jeter dans la danse à ce moment ! C'est un vertige qui vous prend, une transe, une folie ! Tout le monde s'abandonne à cette frénésie, le rythme des musiciens s'accélère, s'amplifie, les instruments et les voix imitent le chant strident des oiseaux, montant dans l'aigu jusqu'au paroxysme !

Mais soudain, tout s'arrête, les danseurs, la musique…

Qu'arrive-t-il ? Toutes les fleurs et les petites herbes jouées par les enfants, tous les arbustes joués par les adolescents et tous les grands arbres joués par les adultes s'écroulent doucement, penchant la tête comme ces fleurs coupées, privées d'eau, qu'on voit se faner dans les vases. Sans force, anéanties, comme ivres, toutes les plantes s'affaissent peu à peu, s'allongeant sur le sol, jusqu'à ce qu'on les croie mortes... Alors, tandis que le feu s'éteint peu à peu, le peuple entier entame une longue et magnifique mélopée, une musique sublime et calme : le chant de mort et de renaissance ! La plus belle musique qu'il m'ait été donné d'entendre sur la terre !

Et c'est là qu'intervient - mes amis - au plus sombre de la nuit, le personnage le plus important de la cérémonie. Il porte sur la tête une couronne de plumes flamboyantes aux couleurs du soleil : jaune, orangée, rouge ! Il se faufile derrière chaque danseur évanoui, mimant avec sa tête et ses bras l'astre royal se levant peu à peu à l'horizon. Alors, mes chers enfants, se produit le miracle ! Le miracle de Calmir ! Lentement, au contact du soleil, les plantes s'étirent l'une après l'autre, comme si elles se réveillaient d'un profond sommeil. En baillant, elles défroissent délicatement leurs pétales, comme nous, lorsque nous nous coiffons le matin… De la plus humble des fleurs à l'arbre le plus majestueux, toutes les plantes de la terre — je dis bien toutes ! — retrouvent leur vitalité et se redressent, prêtes à reprendre la danse ! Les veilles femmes jettent alors des torches de feuilles fraîches sur le feu qui s'embrase à nouveau, symbolisant la victoire de la lumière sur les ténèbres : le solstice d'hiver, les enfants ! Noël !


Petit Jean observa l'effet produit sur son auditoire à l'écoute de la dernière envolée de son récit, et se redressa de toute sa hauteur en bombant le torse, tout comme les enfants venaient de le faire. Comme pour prolonger le silence, il fit mine une dernière fois de tirer sur sa grande pipe rigolote, qu'il n'avait toujours pas allumée, bien sûr, car il était interdit de fumer en présence des enfants. Surtout pas dans ce lieu aseptisé.

A ce moment, l'infirmière, qui avait discrètement écouté l'histoire au fond de la salle, déclara d'une voix claire :

— Allons, les enfants, c'est fini pour aujourd'hui ! On remercie le Monsieur et on lui dit gentiment au revoir, allez, chacun un bisou ! Il doit aller raconter son voyage aux autres enfants mais il reviendra bientôt, c'est promis ! N'est-ce pas Monsieur Petit Jean ?

— Bien sûr les enfants ! Je ne vous oublierai jamais, soyez-en certains ! Tant que Dieu me prêtera vie !

 

Par Domi
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Mercredi 1 août 2007

Le passe-temps dit au temps qui passe :

- Calme-toi, pose-toi un peu, prends le temps de jouer avec moi !

- Tu n'as rien compris, je n'ai pas le temps, je dois passer, filer, sans m'arrêter, c'est mon destin !

- Dommage ! tu ne sais ce que tu perds..

- Si, je sais ce que je perds : je perds mon temps !

- Ridicule ! tant pis pour toi, je connais pourtemps plein de moyens de passer le temps !

Le passe-temps se mit alors en selle sur son passe-temps favori : le cheval du temps ! Il chevaucha les plaines et les vallons qu'il inventait sur son passage et fit une superbe escapade au 19 ème siècle dans la peau d'un vieux chef Indien aux pouvoirs extraordinaires !

Puis il se projeta dans le futur en un rien de temps, se retrouvant seul en proie à des envahisseurs extra terrestres dont il ne fit qu'une bouchée grâce aux naseaux de son cheval magique qui crachaient le feu le plus puissant de l'univers !

Enfin, on l'entendit crier en agitant les bras vers le ciel
:
"Bonjour les nuages, essayez de m'attraper, je vais plus vite que vous ! ".

Le temps qui passe regarda un moment le passe-temps tourner en rond comme un fou dans sa chambre sur son balai de bois, puis disparut par la fenêtre sans se retourner.

L'écho d'un rire cristallin bruissait encore à ses oreilles tandis qu'il quittait à jamais son enfance.

Par Domi
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Jeudi 19 juillet 2007

poudreurs d'escampette : sur le thème de l'évasion, associer texte, image et son.

Titre de la chanson :
" I cunferenti "

(ce qui signifie le traître)

   

 

 

 

 

 

 

 

"Mon oncle nous emmena ma mère et moi, fuyant notre Espagne natale.
Traversant la mer, nous abordâmes en Calabre, au sud de l'Italie.
Pays oublié de tout.
Ma mère périt durant ce voyage.
Pauvres, nous l'étions, vivant des produits de notre labeur sur cette terre aride.
Révoltés, nous le fûmes encore.
D'abord contre les envahisseurs étrangers, puis contre l'Etat.
L'Etat voleur, profiteur.
Jusqu'à la mort.
Mon oncle et mes cousins furent tués.
Aujourd'hui je suis seul dans ce monde cruel, injuste.
La Mafia - ma deuxième mère, ma seconde patrie - m'a sauvé. Sauvé de la honte.
A elle je me donne, corps et âme."
....


Je garde ce bout de lettre froissé... Lettre, poème - chanson ? - qu'aurait pu écrire mon père....
Il s'agit peut-être d'une personne de sa famille... ou de son ami Roberto dont ma mère m'a tant parlé... Je ne saurai jamais.
J'ai trouvé cette lettre par hasard, en rangeant la maison de maman, tombée d'un livre avec cette magnifique photo. La signature est illisible.
Mais je l'ai fait mienne.
Et un jour, j'irai.
Dans cette Italie profonde...

J'irai comme on "retourne" au pays. Pays que je ne connais pas, moi, fille de France.
Mais dans mes veines coule un peu de ce sang de révolte et de passion.
Et beaucoup de cette musique nostalgique....

Nostalgie de, sans cesse, craindre pour sa vie. Une vie de galeria - la Malavita ! - au nom de la vérité, de la justice.
Vie moins précieuse que l'Honneur. Vie condamnée à la solitude, à la Melancolia.
Mélancolie du traître qui, malgré lui, ne mérite plus de vivre. Pour une erreur.... d'amour, parfois.
Toujours...

Oui j'y "retournerai". J'irai me brûler au soleil de mes origines, au vert intense des montagnes sauvages de Calabre, aux oliviers centenaires, au silence éternel...
Omerta, Omerta...

".... il faut choisir : souffrir avec l'Etat, et vivre vraiment ou mourir avec la Ndrangheta !* " : ainsi se termine le post-scriptum de cette lettre.

Alors, aujourd'hui, je le jure : Que Dieu me garde intègre, qu'il me garde de la trahison. Qu'il me garde fidèle.

Fidèle à moi-même....

Que chantent en moi le soleil et la mer ! Le silence des rues qui ne mènent nulle part, des demeures inachevées... Cette insoumission têtue, tenace, des Calabrais... Que m'enivrent les odeurs de thym, que me bercent les cris des chèvres et que roulent sous mes pas les cailloux blancs de Calabre... Que chante la langue de mes pères, patois que je comprends au-delà du temps et de l'espace et qui court sur ma peau comme une source de douleur et de bonheur... Que pleurent et dansent l'accordéon des campagnes, les guitares d'Espagne et la guimbarde des paysans montagnards à la peau brune, au visage rond et aux yeux noisette plissés sous la lumière....

Aurai-je le courage ? Trouverai-je avant de mourir la force de cette quête ?
Te retrouverai-je, toi, mon Pays ? Ferai-je le voyage ?
Un jour...
Trouver mes ancêtres, leurs descendants, une famille... Me reconnaître dans leurs yeux, dans ces cheveux noirs, ces sourcils sombres ; ces pommettes hautes, fières, des femmes en noir de Calabria...

O toi, mon coeur, mon pays, mon sang, mon âme...
A quand ? 


* Ndrangheta : nom de la Mafia calabraise

Par Domi
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Vendredi 13 juillet 2007

Vallée des mots, insérer ces jeux de mots : Fée Dive erre/ faits divers / fait d'hiver / Fée, dis « verre »/ Fait ! Dix verres !


   

Dive errait depuis longtemps dans les rues de Paris. Dans sa tête se bousculaient les dernières paroles de sa mère, la plus puissante des fées, la terrible Fée Dive Rrrrr : « Je veux que Fée Dive erre éternellement sur la terre comme une simple humaine, privée de ses pouvoirs ! Ma fille, je te chasse du Royaume d’En Dive, ainsi je serai vengée de ta grande beauté qui osa surpasser la mienne ! Seul, l’Amour pourrait te délivrer, mais je doute que dans l’état où je vais te réduire quiconque daigne un jour poser les yeux sur toi… Ah-ah-ah ! ».

Chaque matin, Dive s’éveillait dans un quartier différent de la veille, perdue, épuisée, comme si la nuit l'avait déplacée, transportée hors de tout repaire connu. Ses journées consistaient à arpenter les rues comme une vagabonde, en perpétuelle quête de nouveaux endroits où trouver réconfort et nourriture… Mais un soir d’hiver, elle aperçut à la lumière d’un lampadaire, le visage d’un jeune homme différent des autres, si beau qu’elle ne put s’empêcher de le suivre. Il disparut derrière une porte cochère où elle resta une grande partie de la nuit à contempler la fenêtre de son appartement qui s’était doucement allumée puis éteinte. Elle finit par s'endormir, mais au petit jour – miracle ! – elle s’éveilla au pied du même immeuble ! Cela signifiait que pour la première fois depuis la malédiction de sa mère, la nuit ne l’avait pas engloutie et dispersée aux quatre coins de la ville !
« C’est lui, mon Prince ! Il m'a délivrée du sort !» pensa-t-elle.

La porte cochère grinça, et elle le vit à nouveau, plus beau que la veille, se diriger d’un bon pas vers le carrefour. Il héla un taxi et s’apprêtait à traverser au feu rouge quand, affolée à l’idée de perdre sa trace, la fée dit « VERT ! » et une chose prodigieuse se produisit : le feu rouge passa instantanément au vert ! Les voitures démarrèrent en trombe obligeant le jeune Prince, très en colère, à rester sur le bas coté tandis que le taxi s’éloignait. Elle se retrouva tout près de lui, sur le trottoir au milieu de la foule, le regardant à la dérobée. Comme il tournait machinalement la tête vers elle, elle eut le réflexe de troquer son minable manteau en fausse laine (fait d’hiver dernier..) en une jolie parka neuve à la mode. « Aucun doute, j’ai retrouvé mes pouvoirs ! Grâce à l’Amour ! » s’émerveilla Dive.

« Demandez le journal, achetez le Parisien ! » cria soudain une voix aigüe qui se détachait des bruits de la ville. « Le journal des faits divers, Messieurs Dames ! Le célèbre musée d'Orsay en flammes ! Tout, tout, tout sur ce terrible incendie !! ». « QUOI ? » hurla le jeune homme en arrachant le journal des mains de l'adolescent. « Mais c'est mon lieu de travail ! Je devais commencer ce matin, c'est MON musée ! ». Dive vit son prince s'écrouler sur un banc, visiblement désemparé. Vite, elle réfléchit. Il faisait si froid... Elle repéra une brasserie qui dégageait de bonnes ondes à des centaines de mètres à la ronde... Le jeune homme n'ayant visiblement plus aucune raison de continuer son chemin, elle s'enhardit : « Venez, ne restez pas sur ce banc. J'ai froid moi aussi, et je ne suis pas pressée. Si nous allions prendre un café pour nous réchauffer ? ». Il la regarda, ahuri, et finit par la suivre.

La chaleur du bar, les rires des clients et les cris rassurants du serveur les accueillirent : « Cinq bières pour la Quatre ? Fait ! Dix verres, tournée générale pour la Cinq , c'est parti ! Pour la Une , deux cafés ! ». Ils avaient à présent une conversation amicale, de gens de leur âge. A la question du jeune homme qui lui demandait qui elle était, Dive décida de jouer le jeu de la sincérité : « Je suis une fée. » déclara-t-elle le plus simplement du monde. Ce qui eut pour effet de le faire éclater de rire ! « Et si je te prenais au mot ? persifla-t-il. Soit ! Je te mets au défi : Fée, dis « verre » et transforme cette tasse de porcelaine en verre si tu en es capable, alors je te croirai ! ». « VERRE ! » répéta fermement Dive, tandis que sous le regard médusé du jeune homme, la tasse devint peu à peu transparente comme du cristal. « Co... comment tu as fait ça ? » demanda le garçon, incrédule.

Les yeux brillant, passant de l'étonnement à l'admiration, il posa sa main sur celle de la jeune fille. Dive, plongeant son regard dans le sien, sentit que son destin était en train de basculer, de prendre un fantastique et tout nouveau chemin : « C'est grâce à toi, lui dit-elle avec son plus beau sourire. J'errais sans savoir où j'allais, sans but, et je t'ai trouvé. Toi, mon prince ! ». Ce à quoi il répondit en regardant la neige qui tombait à présent sur Paris en légers flocons : « Et toi, tu es ma fée d’hiver... ».

Par Domi
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Vendredi 9 mars 2007

poudreurs d'escampette : thème, une couleur

 

Il était une fois un roi si riche qu'il conçut un jour le dessein de transformer la moindre parcelle de son château en or. Bibelots, vaisselles, plantes, animaux, des habits princiers, au tablier de la plus petite soubrette, tout et tous se devaient d'arborer la couleur jaune de l'or. Chaque jour, sa vie n'en était que plus prospère et heureuse. Les fêtes se succédaient, et chaque matin était une fête pour chacun. Par tous les temps, même le plus gris, les dégradés de jaune clair, paille ou sable qui composaient les plafonds, les sols ou les tentures, ne faisaient que rehausser la splendeur du jaune d'or qui réchauffait de sa présence les yeux et les cœurs.

Pour son mariage, il eut une seule exigence. Trouver la princesse aux yeux d'or. Celle qui, en riant, éclabousserait les jours d'éclats de joie et de soleil. Il trouva cette perle rare en la personne d'une princesse espagnole dont les cheveux étaient plus noirs que le geai. Ayant prévu cette éventualité, il lui fit seulement promette d'accepter de se teindre les cheveux jusqu'à la mort, ce à quoi elle consentit en riant aux éclats…d'or.

Leurs enfants, aussi bruns que leur mère, durent faire la même promesse à l'âge adulte. On se contenta de les affubler dans leur jeunesse de perruques blondes toutes plus resplendissantes les unes que les autres, accordées aux saisons et aux activités du moment. Passionné, mais non utopiste, le roi avait bien sûr imaginé que les yeux de leur nombreuse progéniture n'auraient pas tous la chance d'être lumineux et "noisette" comme ceux de leur mère. Qu'à cela ne tienne. Maquillages, sur et sous les paupières, paillettes de vrai or saupoudrées sur le haut des joues, bijoux pour les filles, chapeaux gansés de fils cousus d'or pour les garçons, toutes ces chères têtes blondes ne renvoyaient au monde que chatoiements et pépites de gaité.

Le soir, il dévêtait lentement sa femme et la contemplait, entièrement nue, cherchant quelle partie du corps il pourrait bien encore honorer de son or. Doigts, poignets, chevilles, cou, oreilles, brillaient de mille feux, mais il cherchait, cherchait encore. Il se mit à rêver d'une chaine délicate qui ornerait à la taille de son aimée, et au pendentif qui, caressant ce triangle épais et noir, lui cacherait, pour mieux la dévoiler, ce qu'il appelait "la Porte du Paradis"….
Il y songeait comme l'artiste à son œuvre d'art.

Enfin, il opta pour une cascade de grelots d'or fin, n'ayant trouvé d'autre comparaison pour décrire sa joie d'aimer que l'image de la source. Une source d'eau vive, reflétant le plus joyeux des soleils.

La ceinture fut confectionnée par le plus habile des nombreux bijoutiers royaux, tous fort occupés par la transformation de tout ce qui compose un château ordinaire en véritable bijou, en trésor jaune. Le joaillier particulier du roi y met tellement de cœur que la chaîne et son précieux pendentif furent prêts bien avant l'heure. Freinant son impatience, le roi attendit la date anniversaire, celle de leur mariage, pour offrir à la reine son merveilleux présent.

Le soir arriva enfin. Dans un ravissement total, il attacha de ses doigts tremblants la parure royale à la taille encore fine de sa belle. Faisant teinter les minuscules grelots d'or, lui et sa femme connurent cette nuit-là la plus douce ses extases.

Les années passaient, le roi et la reine se faisaient vieux. Mais leur cœur restait toujours jeune, brillant et chantant éternellement, tout comme les bijoux de leurs somptueux ébats.

Par Domi
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Jeudi 28 décembre 2006

 
Ecriturecreative : inventer une définition de ces vingt mots, et écrire un texte.

herbeline, inqueresse, andaineuse, fébricule, délitescence, civadière, fribourg, griannau, ergastule, itague, malard, nope, ozalid, pagnoter ( se ), palangrotte, ramender, rogomme, scramasaxe, huque, poutrepailler.

       


   
Le père Noël secoua la neige qui saupoudrait de blanc sa grande cape rouge vif, regarda son igloo pour la dernière fois et fit signe à son renne de tête de faire démarrer le traîneau : "Je suis trop vieux pour supporter une autre saison sous un climat aussi rude. A mon âge, j'ai besoin de chaleur, allez, en route ! A moi le soleil ! ".

Il quitta pour toujours son fribourg natal et arriva dans une contrée plus au sud, au bout de plusieurs mois de voyage. Là, il s'installa sur les hauteurs, dans une grotte retirée des regards (eh oui, c'est le destin du père Noël), habitée de nombreux palangrottes, nopes et griannaux, ces oiseaux nocturnes bien connus pour le brouhaha de leurs cris, quoique totalement inoffensifs.

"Au moins ils me tiendront compagnie" se consola le père Noël, qui entreprit aussitôt de changer sa garde robe. Il avait tellement chaud qu'il se mit entièrement nu, se contentant de se pagnoter d'un simple morceau de tissu qu'il trouva dans ses bagages. Il se fit une litière de son ancienne cape andaineuse et chaude à souhait, qu'il posa à même le sol. Il se sentit revivre comme un gamin à l'idée de dormir par terre !

Tout heureux, il grimpa ensuite plus haut sur la colline et se confectionna une nouvelle cape, une herbeline légère et soyeuse qu'il tissa avec les herbes les plus longues qu'il put trouver à cette altitude.

Il avait récemment troqué ses rennes contre un vieil huque, un hibou vénérable réputé pour ses dons de voyance, dont il était très satisfait : " Il me sera très utile pour lire mon courrier, mes yeux ne veulent plus rien savoir…", se félicitait le vieux père Noël, qui avait le sens des affaires.

Au premier Noël qu'il eut à honorer, il commença à faire le tri des milliers de lettres qu'il avait reçues, aidé de son fidèle huque. Celui-ci lui tendit une lettre qui, selon lui, devait attirer son attention.

— Il s'agit d'un adulte, ce qui est peu banal, déclara le vieil hibou. Et, d'après l'écriture, j'ai de bonnes raisons de penser, bien que le prénom ne soit pas précisé, que cette personne est certainement du sexe féminin.

A ces mots, le père Noël fit un bond sur son siège, ce qui intrigua fortement le vieil huque :
— Intéressant.... pensa tout haut ce dernier.
— Quoi ? Qu'est-ce qui est intéressant ? demanda le père Noël, dont les joues étaient devenues toutes roses.
— Heu...cette lettre ! C'est une étrange et bien intéressante lettre. Cette femme - enfin, s'il s'agit bien d'une femme - apparemment d'un certain âge, fait un pari avec vous.
— Avec moi ?
— Oui, elle vous demande une chose... hélas, une chose pratiquement impossible…
— Quoi ? Rien n'est impossible au père Noël, voyons ! rétorqua le père Noël, outré. De quel pari s'agit-il ?
— Cette femme promet que si vous lui apportez ce qu'elle demande, elle croira à nouveau en vous, comme lorsqu'elle était enfant… et qu'elle croira à nouveau… en la vie !
— Mon dieu !... cria le père Noël, tout ému. Et alors, quelle est cette chose ? Vas-tu parler à la fin ?
— Et bien, c'est… c'est un ozalid !
— Un ozalid ?... Voyons, voyons, cela me dit quelque chose… Ne serait-ce pas cette pierre miraculeuse que personne n'a jamais trouvée ? Et aux pouvoirs secrets qu'aucune âme n'a réussi à élucider ?...
— Vous voyez, je vous l'avais bien dit… c'est impossible...
— Mon bon huque, je t'en prie ! Toi qui sais tout, dis-moi où je pourrais trouver ce trésor !
— Ce n'est pas aussi simple, hélas. Il s'agit d'une très vieille légende, certains prétendent même que cette pierre précieuse n'a jamais existé…
— Balivernes ! Bien sûr que cela a existé, puisqu'on est en train d'en parler tous les deux, voyons, voyons !

Le vieil huque regarda malicieusement le vieux père Noël et sourit devant son inébranlable foi.
— Et bien soit ! Nous partirons à sa recherche dès demain !
— Oh, merci, mon ami ! Je sens que nous allons bien nous entendre toi et moi. Dis-moi maintenant, qui est cette femme ? Je veux tout savoir !
— Tout doux ! J'ai l'adresse, je pars de suite. En moins de deux heures vous saurez tout sur elle, comptez sur moi !

Le vieil huque ouvrit ses ailes de toute leur envergure et disparut de la vue du père Noël en souriant de tout son bec : "Le père Noël est amoureux ! Le père Noël est amoureux !", chantonnait-il pour lui-même.

Quand il revint, exactement deux heures plus tard comme il l'avait promis, son visage était grave.

— Alors ? s'enquit le père Noël sans laisser souffler le vieil hibou.
— Alors… hou, hou... attendez un peu… alors voilà. C'est une personne très déprimée, très seule… plutôt âgée…
— Agée ? Quel âge à peu près ? Et au fait... c'est bien une femme ?
— Oui, oui, une femme.... Et je dirais, environ vôtre âge...

A ces mots, le père Noël se laissa choir dans son fauteuil et devint rouge comme son ancienne capeline, ce qui amusa beaucoup le vieil hibou...

— Nous l'aiderons ! rebondit aussitôt le père Noël. Nous trouverons l'ozalid et cette pauvre dame renaîtra à la vie ! Couchons-nous vite pour nous réveiller aux aurores ; demain, la journée sera longue ! Bonsoir, mon bon ami !

Le père Noël se leva le premier, jamais il n'avait connu pareille excitation ! Il prépara le petit déjeuner et ramassa ses affaires. Il était paré comme pour un combat, affublé de la ceinture que lui avait donnée son prédécesseur, cette très ancienne ceinture pourvue d'une itague en forme de croix. Il y glissa religieusement son scramasaxe, l'épée plus ou moins magique qu'il tenait de ses ancêtres et dont il n'avait encore jamais eu l'occasion de se servir. Mais cette fois, c'était différent. La quête promettait de s'avérer vraiment périlleuse, il fallait être prudent.

Ayant passé la nuit à réfléchir et à consulter les cartes, le vieil hibou arborait une mine épouvantable.
— Je crois que j'ai ma petite idée de l'endroit où se trouve la pierre… finit-il par déclarer sur un ton ostentatoire.
— J'en étais sûr ! Comme j'ai bien fait de te faire confiance ! l'interrompit son compagnon. Je te suivrais les yeux fermés, mon ami ! En avant!

En chemin, ils s'arrêtèrent pour se restaurer un peu, mais comme le père Noël avait complètement oublié de prévoir ce genre de détails, l'huque se dévoua bien que ce ne soit pas dans ses habitudes de chasser en plein jour. Il repéra une civadière sur laquelle il s'abattit plus vite que son ombre, et en ramena une civette, complètement sonnée sur le coup, qu'il acheva d'un coup de bec. Ils durent s'en contenter bien qu'elle fut minuscule et à peine cuite, tellement le père Noël montrait d'impatience à repartir.


Ils descendaient à présent à l'intérieur d'un sinistre ravin, inhospitalier au possible. Le soleil n'y pénétrait jamais, et le père Noël repensa en frissonnant à son ancien village. Les calculs du vieil huque prédisaient qu'ils approchaient de l'endroit où devait se trouver le dernier ozalid connu sur la terre, et le père Noël se félicita d'avoir confectionné son herbeline qui lui permettait à présent de ramper sans être aperçu, se confondant admirablement avec la couleur de l'herbe.

Le vieil hibou devait redoubler de prudence car une horde de corbeaux hantait lugubrement le lieu, comme pour dégoûter toute personne de s'attarder davantage. Cela ne faisait que renforcer les deux compagnons dans leur certitude d'avoir trouvé ce qu'ils cherchaient. Enfin, l'huque se mit à tournoyer au dessus d'un taillis de ronces en poussant des cris étranges, ce qui permit au père Noël de localiser l'entrée d'une petite grotte, quasiment invisible.

Il vit alors les rogommes, les deux malards effrayants qui servaient de gardiens : les yeux enfoncés dans leurs orbites, une expression de délitescence sur le visage, la peau couverte de fébricules et d'ergastules toutes plus répugnantes les unes que les autres ! Par chance, leur bêtise semblait égaler leur cruauté et les deux compères eurent vite fait d'élaborer un plan. Il suffit au vieil hibou de laisser tomber de très haut une grosse pomme de pin sur la tête du plus petit, pour que le plus grand quitte son poste sur le champ à la recherche de l'intrus, laissant l'entrée de la grotte sans surveillance.

Le père Noël s'y engouffra avant que le premier gardien n'ait eu le temps de revenir à lui, et ce qu'il vit alors, l'éblouit totalement… Une lumière intense, multicolore, illuminait la grotte : l'ozalid ! On ne voyait que lui, posé sur un socle de pierre, une roche blanche et fine qui flottait sur une petite étendue d'eau. Subjugué, envoûté, le père Noël oublia les recommandations de l'huque, s'approcha, comme aimanté, se pencha au dessus de l'eau pour saisir la pierre….

A cet instant, le vieil huque, plus rapide que l'éclair, s'empara à sa place du diamant, faisant sursauter son ami :
— Qu'alliez-vous faire ? s'écria le hibou, affolé à l'idée de ce qui aurait pu se produire s'il n'était arrivé à temps. Vous m'avez fait une de ces peurs ! Un centimètre de plus et un éboulis de cailloux se dérobait sous vos pieds, vous engloutissant dans le néant !  Heureusement, l'inqueresse diabolique qui a mis au point ce piège n'a pas pensé qu'un oiseau pourrait un jour s'emparer de l'ozalid, sans avoir à marcher sur la trappe fatale !
— Oh merci, mon ami ! Tu m'as sauvé la vie ! J'étais sous le charme de la pierre, j'ai oublié tes précieuses recommandations, que pourrais-je faire pour me ramender à tes yeux ?
— Je vous pardonne de bon cœur ! lança l'huque, heureux et soulagé. Rentrons vite avant que l'ogresse ne s'aperçoive de la disparition de l'ozalid !
— Et les deux horribles rogommes ? s'enquit le père Noël.
— N'ayez crainte, tous les deux assommés pour un bon bout de temps ! se vanta le vieil hibou.


Le père Noël attendit le soir de ce Noël - très spécial - avec une fébrilité qu'il ne se connaissait pas. Il voulait absolument que la maison de la vieille dame soit la dernière de sa tournée, ce qui lui sembla une éternité.... Devant la demeure de cette dernière, jolie et proprette, il regarda par la fenêtre la silhouette féminine, triste de ne pouvoir lui apporter plus rapidement cette joie. La dame âgée semblait en effet si solitaire... Elle regardait dans le vide et, parfois, souriait aux anges, ce qui faisait délicieusement battre le vieux cœur du père Noël...

Quand il eut la certitude qu'elle était enfin couchée, il grimpa sur le toit, poutrepaillé avec soins, et se laissa glisser doucement par la cheminée qu'il trouva fort propre elle aussi, ramonée à la perfection.

Il posa au pied de l'âtre le mystérieux ozalid enveloppé dans un papier cadeau qui laissait passer la lumière vive de la pierre, et regarda autour de lui. Son cœur se serra. Quelle douceur se dégageait de ce petit décor chaleureux et féminin ! Que lui arrivait-il ? Non, décidément, il n'aurait pas la force cette fois de repartir sans avoir assisté au bonheur de cette si gentille femme découvrant son cadeau. Il décida alors de rester, projetant de se cacher dès que la dame serait réveillée.

Il s'installa dans un fauteuil, au risque de s'endormir et de se faire découvrir ; ce qui pouvait lui être fatal…


Quand il se réveilla en sursauts, il vit la vielle dame qui lui souriait, accoudée à la table, rayonnante dans une magnifique robe de chambre rouge qui lui fit penser à son ancienne cape.

Il se tata le torse, puis les bras, les mains et s'exclama :
— Mais…. je vis ?
— Oui, bien sûr ! répondit la voix chevrotante de la vieille dame.
— Un être humain m'a vu, et pourtant je n'ai pas disparu…? Que se passe-t-il ?

A ce moment, un petit coup de bec toqua à la vitre et le père Noël vit le vieil huque, cherchant manifestement à lui dire quelque chose.

La dame se précipita pour lui ouvrir.
— Bonjour, qui êtes vous ? demanda-t-elle en toute simplicité.
— Il est mon ami ! intervint le père Noël.
— Je viens vous dire au revoir, père Noël, dit le vieil hibou. Votre mission est terminée. La relève des pères Noël est assurée, soyez tranquille. Si vous le désirez, vous pouvez rester parmi les humains puisqu'une personne a pu vous voir avec les yeux de l'amour.
— Les yeux de l'amour ? répéta, tout étonné, le père Noël.

La vieille dame rougit très fort tandis que les deux amis se tournaient vers elle.

C'est alors que le père Noël chercha du regard l'ozalid. Celui-ci avait disparu.
— Mais où est l'ozalid ? demanda le père Noël à la dame. Où est la pierre que vous aviez demandée pour croire à nouveau au père Noël et en la vie ?
— Quelle pierre ? interrogea la vieille dame.

Devant le visible et sincère étonnement de celle-ci, le père Noël fixa intensément l'huque, qui prit aussitôt un air gêné et coquin :

— Mais oui, quel ozalid ?... Je ne vois vraiment pas de quoi vous voulez parler ! scanda plusieurs fois le vieil hibou, en s'envolant dans un petit rire...

       

Par Domi
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"Je suis"


Je suis

la plume

qui gratte

la page

et qui

la griffe


Je suis

la griffe

qui s'accroche

à l'herbe

du gouffre


Je suis

le gouffre

qui grandit

chauqe jour

au bout

du chemin


Je suis

ce chemin

qui ne mène

nulle part


J'écris...


publié dans "écriture"


Mon petit dernier préféré :
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Chanson et
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(cliquez sur le phonographe)
 
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Un bout de moi

PHASME






Mots vides
sans style
de mon stylo
miasmes
de mes poèmes
sans chair
sans ossature
je me sens phasme
brindille
fétu
tige droite
sans âme
une écharde
 un trait
 un tiret
sur ma vie
ce que je suis
ligne
longue
sans poil
sans plume
sans feuille
 un brin
sans racine
sans ventre
une fente
une ébauche
une rayure
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faite à la plume
une strie
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bout
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