« A demi-mots »
A demi-mots, sur la page
Se devinent les sursauts
Des maux sans voix et sans âge
Qui glissent de nos pinceaux
En vers graciles, ou sots
Pour habiller le silence
De l'indicible souffrance
Cette douleur sans visage
Cueillie aux tendres berceaux
Des jeunes fleurs au cœur sage
Qu'une plante, sans arceaux
Etouffe sous les boisseaux...
Comment chanter l'impuissance
De l'indicible souffrance ?
Il est ardu le partage
De ces intimes assauts
Dont on porte le bagage :
Faut-il jeter les morceaux
Dans l'eau pure des ruisseaux
Où dérive l'espérance
De l'indicible souffrance ?
Tintent les lointains trousseaux
Sur le livre aux blancs versos
Où se referme l'enfance
De l'indicible souffrance
Dimanche 23 novembre 2008
Ballade à Flormed
Comme toi, je voudrais pouvoir décrire
Le chant de ma peine en vers harmonieux...
Trouver, dans la Loi, la Grâce d'écrire
Ce qui, chez toi, coule en rus bienheureux
Quand, pour moi, le voyage est périlleux...
La voix sainte de tes plaintes discrètes
Conte, en embrassant des rimes parfaites,
L'histoire d'une vie en un tableau
Où fleurissent des blessures secrètes,
Comme un don du cœur, au détour d'un mot...
Je voudrais dire ce vers quoi j'aspire
Mais tous mes cris ne font qu'outrer les Dieux :
Sincérité ne peut jamais suffire
Quand on ne sait pas éclairer les cieux
De l'arc en ciel qui coule de nos yeux...
Mais toi, de ton encre aux gouttes violettes
S'envolent des larmes du haut des crêtes
Dont tu extrais la claire et plus belle eau
Pour la verser, de tes strophes bien faites,
Comme un don du cœur, au détour d'un mot...
Je sais qu'au delà de ton long martyre
Tu voudrais consoler ces malheureux
Qui n'ont même plus l'ombre d'un empire
Pour garder la douleur des jours pluvieux ...
Tu répands la tienne en pains généreux
Comblant leur pauvre faim des douces miettes
De ton grand cœur, blessé, que tu leurs prêtes...
Ah, savent-ils combien ce beau cadeau
A dû te coûter de plumes - d'arêtes ?...
Comme un don du cœur, au détour d'un mot...
Flormed, de tes nobles joutes d'esthètes
Puissé-je, un beau jour, célébrer les fêtes,
Et déposer avec toi mon fardeau
Sur les lignes affables des poètes
Comme un don du cœur, au détour d'un mot...
« Ballade à l'époux »
J'en ai vécu de longs voyages,
Avant de poser mon soulier
Sur les blondes et tendres plages
D'un discret voisin de palier...
Nous nous croisions dans l'escalier
Prisonniers de nos différences ;
Lui, se voyait, dans ses silences,
Pour toujours, mon preux chevalier.
J'en ai connu bien des naufrages,
Avant que le doux gondolier
Me berce de ses contes sages
Et amarre son blanc voilier,
Offrant son bras de cavalier
A mes bohèmes inconstances,
Dans de nobles et graves danses,
Pour toujours, mon preux chevalier.
J'ai découvert de beaux rivages
Où la mer fait un grand collier
Autour de nos deux seuls visages
Sur une ile au ciel familier.
S'il est devenu mon geôlier
C'est d'une prison de jouvences
Au-delà de mes espérances,
Pour toujours, mon preux chevalier.
Bernard, toi l'époux, toi l'allié
Tu es un baume à mes souffrances,
Toi, le havre de mes errances,
Pour toujours, mon preux chevalier.
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