« Mon boucher »
Ah ! Mon boucher... Je serais bien en peine
De dire en mots pourquoi tant il me plait !
Son doux sourire ? Ou bien son veau de lait...
Lui qui me traite encor mieux qu'une reine !.
Ses grands yeux noirs ? Ou son divin poulet ....
Il faut le voir avancer sa bedaine
Vers l'étalage apprêtant chapelet
De boudin blanc ou jambon dans sa couenne !
Ah ! Mon boucher...
Voilà l'été : c'est bien là ma déveine !
Porte fermée... oh ça, ce n'est pas gai...
Comme il me manque au long de la semaine !
Ses doigts dodus... et son tendre jarret...
(Bien avant lui, j'étais... végétarienne)...
Ah ! Mon boucher...
domi
« Matin vide »
Il fait jour. Pâle visiteur
Dessinant son ombre chinoise
Derrière un voile de torpeur
Qui de la fenêtre me toise...
« Vivre ! », dit l'étrange lueur.
Ou mourir ? Question sournoise...
Il fait jour.
Sur le parquet sèche une fleur
Privée d'une âme siamoise...
Plus de sève au fond de mon cœur
Et plus de craie pour mon ardoise...
Il fait jour...
« Un amour »
Dans nos cœurs, un amour se cache.
Il se repait de nos secrets,
Le sort voulant qu'on ne le sache
Qu'au triste moment de l'après...
C'était un pauvre port d'attache,
Avec si peu d'espoirs ancrés
Dans nos cœurs...
La mort qui rôde, un soir, entache
Le corps tout chaud que l'on s'arrache
Un peu trop tard... Et les regrets
Fleurissent, sous les grands cyprès,
Dans nos cœurs...
« Le soir tombait »
Le soir tombait. Nous étions tous les deux.
Ne plus se voir nous brûlait comme feux.
Aucun de nous ne rompait le silence.
Et la distance attisait l'attirance.
Ne plus parler faisait comme des nœuds.
Nos cœurs savaient, éblouis et anxieux,
Qu'il s'agissait du plus clair des aveux.
Même le disque oubliait sa cadence.
Le soir tombait.
Dans la nuit glauque, on a marché, nerveux.
Un baiser pâle au bord du quai frileux,
Un « à demain » au goût d'inespérance...
Ah, qu'on est bête, à ce stade d'enfance,
De laisser fuir le doux temps d'être heureux !
Le soir tombait...
" Pour vous parler "
Pour vous parler, je suis prête à apprendre
Les règles d'or de ce rondeau si tendre...
Une chanson d'un siècle désuet
Mais qui me plait avec son air fluet,
Et son refrain, qu'il faut savoir entendre...
S'il faut suer, et toujours s'y reprendre,
Je trimerai pour me faire comprendre,
La poésie n'aura plus de secret
Pour vous parler !
J'ai bien du mal, et je me fais surprendre :
Mon âge aidant, j'en viens à me méprendre,
A m'embrouiller avecque le sonnet !
(Pardonnez-moi, personne n'est parfait)...
C'est que, souvent, je ne peux pas attendre
Pour vous parler...
Je t'attendrai
Je t'attendrai, troubadour, à la brune,
En priant dieu qu'il retarde la lune !
A la fenêtre, un petit mouchoir blanc
Pour te guider, mon valeureux amant.
Je porterai ma robe de soie prune...
Tu frapperas, juste une fois, rien qu'une
- Mon cœur, déjà, savoure sa fortune -
Par ce billet, je t'en fais le serment :
Je t'attendrai !
Je dénouerai ma chevelure brune,
Je t'offrirai la mer, et puis la dune !
Et dans nos bras, mon doux prince charmant,
S'envolera enfin l'affreux tourment...
D'hésitation, je n'en ai plus aucune :
Je t'attendrai.
Ciel gris
Ciel gris de l'été, sur mon âme
Etrange baume de douceur
Comme un boisseau mis sur la flamme
De la brûlure de mon cœur
Ces grands ciels bleus que l'on acclame
Pourquoi n'en suis-je demandeur ?
Ciel gris...
Quand le soleil range sa lame
Dans le fourreau de ta pâleur
On dirait un souffle de femme
La douce fraîcheur du bonheur
Ciel gris...
"Léon"
Léon le paon, plumages bleus,
Avance prudemment - le traitre -
Pour, d'un bruit de klaxon hideux,
Nous rappeler qui est le Maître !
De ma pelouse - o mes aïeux -
Le grand coq ose se repaître,
Léon, le paon !
Soir et matin, ce belliqueux,
Hurle sa race à la fenêtre,
Pour nous empêcher d'être heureux...
Oh pourquoi, Dieu, l'avoir fait naître
Léon, le paon ?!!!
Fête au village
Sacré géranium, roi de nos courettes !
Verte dentelle aux vermeils petits cœurs
Auréolant nos étés de douceurs,
A nos balcons, tes fraiches collerettes,
Du rouge au blanc déclinent tes rondeurs.
Je ne connais fleurettes plus coquettes !
La rose même en ses minois charmeurs
N'égale pas tes mignonnes frisettes,
Sacré géranium !
De tes splendeurs se revêtent les fêtes !
Sur les grands chars exhibant tes couleurs,
Il faut les voir crouler sous les honneurs
Ces belles Miss qui, jouant les vedettes,
Ont juste l'air... de potiches en fleurs !
Sacré géranium...
" Les chiffonnières "
Ce matin, je vous le confesse
Je n'ai pas aimé la drôlesse
Qui s'est permis cette critique
En décortiquant ma plastique :
A ce qu'il parait, j'ai la fesse
Comme une poire en vieux plastique ???
- Ce matin.......
Mais cette dame patronnesse,
(Pas plus que moi, une jeunesse)
Oui, cette peste, cette tique,
Va savoir qui est Dominique :
Ce matin !!
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