Mots imposés par l'Atelier d'écriture : Nuit. Oreille. Murmure. Aube. Géante. Courir. Horloge. Araignée. Morte. Mirage. Incendie. Lune. Escalier sans marches.
" La toile "
Nuit agitée. A mon oreille, le murmure habituel. D'abord lointain, puis tonitruant ; celui du premier oiseau de l’aube, ivre de son cri.
L’ombre géante du grand cerisier frôle la fenêtre ouverte de ma chambre.
Au dessus de ma tête, j’entends courir les familières bêtes du grenier. Souris, chat aventureux, peut-être même fouine ou furet. Bruits feutrés, légers. Rassurants.
Puis, c'est l’horloge. Apaisante elle aussi.
Instant de grâce où l'on se surprend à compter avec ostentation : Un. Deux. Trois… Six… ? Huit ?!....
.......
Douze !! ?
Je me redresse sur mon lit. Il ne peut pas être minuit ! Ce gazouillis moqueur, la lueur du petit jour à travers les feuilles, nous sommes le matin, cela ne fait aucun doute !...
Soudainement angoissée, je me lève. A ce moment l’horloge réitère ses douze coups. La panique s'empare de moi. Je n'imagine pas une seconde que son mécanisme récent puisse être déréglé.
Je me précipite au salon. Au lieu du bois de la porte, ma main rencontre quelque chose d'invisible qui me barre la route. Affolée, je me débats avec une sorte de filet irréel, poisseux...
Prisonnière ! Me voici prisonnière d'une immense toile d’araignée !... Terrifiée, je parcours des yeux ce qui m’entoure. Tout est en ordre. Meubles, canapé, guéridon...
C’est alors que je l’aperçois. Noire, ses pattes velues posées sur la table.
Sa bouche s’ouvre :
- Je t’attendais....
- Je te croyais morte ! rétorquai-je sans la moindre hésitation.
- Je suis morte. Ce que tu vois là n’est qu’un mirage…
- Un mirage ? Et les douze coups, je les ai bien entendus…
- Mirage, mirage ! Tout cela est dans ton imagination…
- Et cette toile qui m’empêche de bouger, d’avancer, ce n’est pas un mirage, je la sens !
- C’est une hallucination…
- Que va-t-il se passer ?
- N’aies pas peur… dit-elle en s’approchant.
Alors elle m’enroule dans sa toile collante, m’engluant dans la trame de milliers de fils plus visqueux que du miel.
- Pourquoi ?…suppliai-je...
- Ne crains rien, il ne t’arrivera aucun mal… il faut juste que tu sois complètement immobilisée pour faire ce voyage…
- Quel voyage ?
- Tu verras, tu verras…
- Tu m’entends ? demande-t-elle un peu plus tard. Mais je ne peux pas répondre. Mes lèvres sont paralysées. Elle hoche la tête, comprenant mon « oui » désespéré.
Tout près de moi, je sens son souffle. Elle va m’engloutir. Je glisse lentement dans un conduit brûlant. Un feu dévorant me consume, incendie qui ne provoque toutefois aucune douleur.
Je continue ma lente progression à l’intérieur de cette source de chaleur.
La température se rafraîchit peu à peu. Un cri déchire le silence. Un loup, ou un chien, hurlant à la lune... Suis-je morte ?
….
Alors, tout me revient. Nous sommes le 15 mai 1989. Hier, nous avons enterré maman.
Enroulée dans mes draps comme après une chaude lutte, je suis en sueur dans mon lit. Le manque, une peur viscérale, s’abattent à nouveau sur moi. Ma mère m’a quittée.
Pour toujours...
Quand je me lève enfin, la pendule du salon indique 10 heures 30. Ai-je dormi si longtemps ? Je suis épuisée. Malmenée par ce voyage nocturne.
Tout dans la maison semble normal. Pourtant, rien n’est plus comme avant.
Je regarde ma dernière toile, délaissée depuis deux mois, quand ma mère est tombée malade.
Une grande plage de sable. Sur la droite, une tour assez haute, léchée par les vagues, reliée à la grève par un imposant escalier de pierres. En haut des marches, une jeune fille, de profil, vêtue de blanc.
Sa silhouette est si fade, si fluette... Comment la rendre plus consistante, plus vivante ?
Une envie soudaine me pousse à arrondir son ventre. Oui, il faut qu’elle porte un enfant !...
Je transforme alors sa tenue juvénile en une longue robe de maternité, resserrée par un lien noué sous la poitrine.
Sa chevelure blond-vénitien flotte au vent. Prenant mon pinceau le plus fin, je lui tresse une couronne de feuilles rousses, en harmonie avec l'ombre des dunes.
Son corps de femme enceinte se penche avec application vers le bas de sa robe, ses doigts délicats en remontent les plis jusqu'à ses chevilles… Je dénude son pied gauche, suspendu dans l'air, comme pour amorcer prudemment la descente.
Ma vision de la toile est de plus en plus claire, précise en moi. L'escalier est décidément trop pesant, trop triste pour ce pied de princesse. J'efface une à une ces grosses pierres grises, les noyant dans un halo bleuté. D'évanescentes pigmentations de nuages et d'azur remplacent alors les premières marches, déclinant vers la mer leurs paliers successifs de lumière aux teintes blondes et turquoises…
Satisfaite, je contemple mon escalier magique aux couleurs de ciel, de sable et d'eau. Il s'enfonce doucement dans les profondeurs de l'océan.
Je lève les yeux vers la tour. Avec la légèreté de l'oiseau, la future maman n’en finit pas d’y avancer le pied. Marchant sur son rêve, pour l'éternité.
Apaisée, je signe mon nom, en bas à droite de ce tableau que j'ai commencé il y a neuf mois.
A gauche de la toile, j'indique avec fierté son titre : « L’escalier sans marches »…
poèmes sur http://adomimots.over-blog.com/
Poème
"Je suis"
Je suis
la plume
qui gratte
la page
et qui
la griffe
Je suis
la griffe
qui s'accroche
à l'herbe
du gouffre
Je suis
le gouffre
qui grandit
chauqe jour
au bout
du chemin
Je suis
ce chemin
qui ne mène
nulle part
J'écris...
publié dans "écriture"
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