PROLOGUE
La rugosité des pierres apparentes donnait à la pièce l'aspect d'une grange, surtout le soir, éclairée d'une simple lampe. J'aurais voulu plaquer mon corps contre la pierre et y laisser aller mon cœur. Comme le souvenir de nos os de petites filles se laissant ballotter dans les bras rudes et râpeux d'une vieille brouette.
Et me blottir pour toujours dans la pénombre de la pièce. Face à l'austère cheminée. Pour toujours à l'abri. Dans l'épaisseur des murs. Avec la voix de leur chant silencieux. Leur inébranlable force.
Me contentant d'un morceau d'horizon, pâle et lointain. Comme une larme d'infini.
Chap. 1
Les volets s'ouvraient sur une grange dépourvue de la moindre beauté. Ses briques rouges aboyant à la fenêtre comme une pièce rapportée, barrant la route à tout paysage et fanfaronnant d'oiseaux.
Mais dans l'après-midi, sa face écarlate réfléchissait soudain dans toute la pièce une lumière dorée plus chaude que celle du soleil. L'intérieur des pierres apparentes, ce mélange brun et rudimentaire de terre et de sable qui servait de mortier, prenait alors – comme sous l'effet d'un coup de sang – une couleur de terre orange. Comme une terre d'Afrique.
La rusticité du mur contrastait avec le moelleux du grand canapé dans lequel je me lovais, sable et chaux mêlés s'effritant inlassablement, déversant son lot quotidien de coulure et de rognure de mur. Mais j'avais besoin de me blottir au cœur de cette authenticité – la plus élémentaire – de m'étendre contre la pierre, de la toucher, de la voir telle qu'elle apparaissait sous l'épaisse couche de plâtre qui la recouvrait, pour la connaître et l’éprouver telle qu'on l'avait extraite de la terre une centaine d'années auparavant.
Cette patiente et microscopique avalanche de poussière était pour moi le signe d’une vie, de la vie perpétuellement en mouvement, le signe visible et palpable que la maison, façonnée avec les pierres et la terre du pays, était vivante.
Et je m’agrippais à cette vie comme les oiseaux s’accrochaient au lierre de la grange.
Poème
"Je suis"
Je suis
la plume
qui gratte
la page
et qui
la griffe
Je suis
la griffe
qui s'accroche
à l'herbe
du gouffre
Je suis
le gouffre
qui grandit
chauqe jour
au bout
du chemin
Je suis
ce chemin
qui ne mène
nulle part
J'écris...
publié dans "écriture"
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La pesanteur et la grâce
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