Une douce brise vous frôle... brisant le voile...
les mots... les maux...
douceur, douleur, suivre le vent, tout simplement
suivre la brise...
... il ne reste que l’amour, n’est-ce pas ? Un amour immense... Qui se traduit ici-bas par si peu de choses... une main sur un front posée, une phrase dans un livre, une rencontre... Ces choses les plus humbles, celles qui n’ont jamais changé notre vie mais qui l’ont accompagnée, comme une petite lanterne.
Nous sommes des vers luisants les uns pour les autres, juste pour éclairer un peu la route d’en bas. Et l’arrivée, c’est le ciel. Le ciel monumental. Qui est pourtant notre berceau de tendresse et d’amour...
extrait de " réflexion..." (nostalgie)
Clochettes de mai
Un collier rose
Aux mille diamants retombant
Trône au cœur du massif en fleurs
Les petits doigts de fée du muguet,
Des vivaces et des jacinthes d'eau
Agitent leurs clochettes multicolores
Et caressent ce bijou enchanteur
Renaissant chaque année plus fort
De tous ses petits cœurs !
O charmant, troublant
Cœur de Marie...
Carrefour de l'impossible
Je tombai du lit, ce matin là, avec un bruit de cylindre dans la tête… mais un bruit de cylindre… ! Et la sensation d'avoir un énorme casque en plomb
enfoncé sur le crâne... !
En vacillant, je cherchai en vain mes pantoufles dans le noir et, bien qu’avec ma varice
naissante il ne me soit pas recommandé de marcher sur le carrelage glacé, je me dirigeai pieds nus vers la cuisine en quête de mon thé matinal.
A la vue du désordre ambiant je compris que, comme tous les matins, les petits avaient encore fait des leurs : entre les biscottes et le beurre trainaient une
vidéo de karaté, des ciseaux tout collés de confiture, et une colonie de fourmis avait envahi la gamelle
du chat malencontreusement posée sur la table !
Seul bon point dans ce décor apocalyptique : un verre d’eau dans lequel trônait un petit bouquet de coquelicots, fort
joli, une attention de mon cher et tendre, le seul esthète de cette famille, vous l’aurez compris….
L’infernal tourniquet dans ma tête ne cessa qu’au bout de la troisième tasse de thé, qui me parue mièvre et insipide à souhait, mais qui mit heureusement fin à
l’épisode migraine… OUF !
Je constatai alors - avec hélas encore plus d’acuité - l’ampleur du carnage ! Vorace comme pas deux, le chien rongeait voluptueusement, dans un coin de la
cuisine, le reste de mes pantoufles... J’aurais sûrement cédé à l’envie soudaine de battre comme plâtre cet idiot de carnassier si je n’avais été aussitôt
distraite par la vision du chat, juché sur la palliasse de l’évier : le clown de service, joueur comme pas deux, s’amusait à se faire peur avec un bout de
branchage à la forme rigolote, rapporté du dehors… Mais soudain mon sang se figea dans mes veines ! Nous avions, la veille, sulfaté tout le jardin !! Je me
précipitai pour lui ôter des pattes le morceau de bois et lui jetai, pour le consoler, une petite balle en plastique rouge qui avait atterrie, je ne sais comment, dans le broc à
lait… ce qui eut l’honneur de le combler de joie au-delà de ses espérances… OUF !
Bon ! Allais-je enfin pouvoir prendre mes quartiers dans "ma propre" maison ?? Hum...!
Je me mis consciencieusement à la recherche du linge sale de mes petits monstres, retirai de leurs poches une dizaine d’objets
répugnants, mouchoirs dégoutants, vers de terre et autres pièces de monnaie et choses pourtant proscrites… et mis en soupirant la machine à laver en route. OUF !
Après toutes ces vicissitudes, je m’octroyai une petite pause bien méritée en m’avachissant devant mon feuilleton du matin, quand un bruit sec me fit sursauter : la
trappe du magnétoscope venait de se déclencher toute seule ! La curiosité me fit m’approcher, et là… je poussai un cri d’horreur ! UNE CASSETTE PORNO ??! NON !! C’est
impossible. Qui… qui était l’affreux coupable ? Mon mari ?? Pensez donc !!...Quoi… ? Mon ainé ? Douze ans… ??? L’idée d’une telle absurdité me fit éructer un petit rire nerveux,
tandis que soudain, sans prévenir, le cylindre dans ma tête recommença de plus belle son manège effrayant de bruit métallique insupportable !
Je me sentis dériver inexorablement vers un sentiment d'angoisse incontrôlable... A bout de force, sans doute guidée par le secret espoir de découvrir un moyen de minimiser la
gravité de cette aventure, je me surpris à remettre machinalement la cassette à son début, et à appuyer mollement sur la télé commande - (non sans avoir préalablement fermé les
volets, comme par peur d’être surprise - avouez que c’est pathétique, mais enfin…).
Un homme élancé - modelé à la perfection il faut bien le reconnaitre - était là, devant mes yeux hagards, en pleine action avec une femme dont je ne voyais que le postérieur,
dont le moins qu'on puisse dire est qu'il était – disons – « hospitalier »… Mais... Ben… ? N’y a-t-il donc jamais de prologue offert
à ce genre d’ « histoire » ? Bien que non spécialiste, cela me laissa perplexe…
Plus je regardais mon ami l'acteur porno, plus je finissais par lui trouver un certain charme, quelque chose d’assez charismatique au final, quoique plutôt
brouillon dans ses manières… Mais soudain je poussai un cri ! Son zizi… Mon dieu, était-ce possible ? Il avait la taille de celui d’un, d’un… (aucun
synonyme n'existe !) d’un... ELEPHANT !!
C’est alors que le réveil sonna… dans un bruit de cylindre rouillé.

J'outre !!
Ils croient -toujours !- que je ne comprends pas leur langage... Mais je comprends fort bien. Trop bien même. Et je n'apprécie pas tout, loin s'en faut !
Asphedèle, passe encore...c'est mon nom, et j'en suis plutôt fière. Mais... ne les ai-je pas déjà entendus - elle, surtout - comparer mes yeux magnifiques à de vulgaires phares ??
N'importe quoi...
Combien de fois les ai-je vus se tordre de rire en m'appelant leur petite Punk préférée... Facile ! Après m'avoir, de leurs caresses hystériques, ébouriffée dans tous les sens !
Quant au mot triskèle, de quelle boite de Pandore l'ont-ils encore sorti ce mot là ? Mystère. Mais ça ne plait guère ; je vois bien que cela a un vague rapport avec ma récente amputation, et ça, c'est franchement dégueulasse de se moquer...
Mais tout ça n'est encore rien, comparé à ce mot dont ils m'affublent régulièrement - en riant grassement - chaque fois que je passe la nuit dehors : GOURGANDINE ! Vous vous rendez compte ?? C'est ignoble. Et elle ? Si je m'amusais à l'injurier chaque fois qu'elle...
Non vraiment, je ne supporte plus d'être ainsi régulièrement humiliée. La prochaine fois qu'ils me traitent encore de gourgandine, je me venge en leur servant ma mise en scène habituelle : vous connaissez ? Se rouler par terre comme une toupie, puis rester immobile toute pantelante, et recommencer le coup de la toupie etc... histoire de leur foutre la trouille de leur vie. C'est trop drôle, ils me croient à l'article de la mort, ils culpabilisent et s'affolent à en faire un ictère de terreur...
Bien fait ! Ils l'auront bien cherché, ces espèces de Séléniens....
Signé "Asphedèle"... la plus belle (chatte du monde) !
(un autre logorallye sur le même thème ici : http://adomimots.over-blog.com/)

Le souffle au cœur de Mathieu, au départ, ce n’était rien de bien méchant. Mais sa mère ne pouvait s’empêcher de penser que cette faiblesse était apparue à l’époque où on
lui avait découvert ce don étrange.
Agé de trois ou quatre ans, l’enfant ce matin là, n’avait pu se résoudre à la mort d’un petit oiseau tombé du nid, venant à peine de succomber aux attaques répétées du chat de la maison. Il avait
alors approché ses petites mains tremblantes de chagrin du corps sans vie de la petite bête encore dépourvue de plumes, et l’avait délicatement réchauffée contre sa joue. Etait-ce cette larme
versée sur l’oiseau qui l’avait réveillé, abreuvé ? Toujours est-il que le petit cœur s’était remis à battre, tandis qu’un gosier immense hurlait sa faim de toutes ses forces !
Malgré l’inquiétude de sa mère, aucun médecin n’avait consenti à admettre que l’apparition du souffle au cœur de Mathieu puisse avoir un lien quelconque avec cette guérison « miraculeuse ».
Pourtant, force était de constater que sa santé ne cessait de se dégrader au fur et à mesure que sa réputation d’enfant guérisseur s’étendait dans toute la région.
- «Ne t’occupe plus des autres !» lui criait parfois sa mère, au comble du désespoir.
Mais elle savait bien que c’était impossible. Pour Mathieu, cesser de soulager la souffrance d’autrui aurait été pire que la mort. Comme l’acte de respirer, cet acte était vital pour lui. Là
résidait tout son bonheur.
Un soir, à l’aube de ses dix ans, mettant la main sur son propre cœur, celui-ci n’étant plus qu’un souffle palpitant, quasi imperceptible, il comprit qu’il allait mourir. Sachant depuis toujours
que son pouvoir ne pouvait rien pour lui-même, les larmes qu’il pleura cette nuit là eurent un goût bien amer : celui de d’absolu désespoir. Car il réalisa soudain qu’il ne pourrait rien pour la
personne qu’il aimait le plus au monde et qui avait le plus besoin de lui : celle qui lui avait donné la vie. Lui, " l’enfant du Pouvoir", comme certains anciens l’appelaient encore, était
maintenant totalement impuissant.
Quittant doucement sa chambre au petit matin, il alla respirer une dernière fois l’odeur de sa mère, sans pouvoir retenir une larme qui s’évanouit sur l’oreiller.
A cet instant, le premier oiseau de l’aube se mit à chanter.
Il repensa avec tendresse à l’oisillon de ses quatre ans, réalisant que ce chant matinal serait désormais pour sa mère une consolation et une espérance quotidiennes. Puis, dans une gratitude
extrême, il vit défiler lentement dans son cœur les visages radieux des personnes qu’il avait aidées pendant sa courte vie. Leurs sourires attendris semblaient lui dire : « Tu peux t’en aller en
paix, nous prendrons soin de ta mère. ».
Soulagé, remerciant la vie qui lui apportait une joie si profonde en son dernier jour, il s’abandonna sans résistance à l’immense chant d’amour qui, à travers l’oiseau de l’aube, prenait peu à
peu possession de tout son être.
Elle est au plus mal !
au sujet d'Ingrid Bétancourt, et de la vidéo que nous avons vu à la télé, et des commentaires qui ont suivis....

« Sourire de tristesse ».
Je me souviens de ce visage.
Et de ce corps.
La ligne épurée des cheveux sur l’épaule.
Du temps qui passe.
Les années.
Le cou penché.
Lassitude.
Et fière et digne attitude.
Abnégation.
Abandon.
Et ce sourire...
Entre douceur. Et grand-douleur.
Où l’ai-je déjà vu ?
Sur les traits de quelle madone ?
Dans quel chef-d’œuvre ?
Et ces paroles de détresse.
Dans ce qu’elle nomme son Testament.
L’énigme du mystérieux sourire enfin révélée
Lettres d’argent en parlant de son mari :
« Grâce à son amour, j’ai pu garder aux lèvres ce sourire…
Un sourire de tristesse. ».
Au cœur du profond désespoir.
De celle qui a tout perdu.
Ingrid.
L’expérience du vide.
L’amour arraché. Brûlant.
Devenant si fort !
Brasier consumant.
Restera-t-il dans l’histoire ?
L’immense et fragile sourire.
De l’Amour.
Aux portes du Pardon....

La Dame du Lac et le Prince des grenouilles
« Ma mère me menaçait toujours d’une chose terrible quand, petite, je n’étais pas sage : aller me jeter dans l’eau d’une grande mare, assez effrayante, près de chez nous, où celle qu’elle appelait pompeusement : « La Dame du Lac » ne manquerait pas de m’entrainer avec elle dans les profondeurs pour me transformer en crapaud ! Seul espoir de délivrance : l’intervention du « Prince des Grenouilles », si je parvenais à lui plaire par ma gentillesse et ma soumission la plus absolues !
Je savais, bien sûr, même à l’époque, que tout cela était pure invention de ma mère, pourtant j’en garde, aujourd’hui encore un souvenir ému ; une sorte de crainte « sacrée », à la fois horrifiée et émerveillée, et, je l’avoue, un regret presque nostalgique de cette mystérieuse punition…
Car, rencontrer le Prince des Grenouilles, même pour la petite fille que j’étais, terrorisée par le chant lugubre de ces nocturnes petites bêtes, aurait été une aventure exceptionnelle ! Et en y
repensant, il me semble que tout cela était teinté d’un romantisme spécial ; comme un conte de fées vraiment original, tout droit sorti de la tête de ma pauvre maman…
Ah… ! Combien de fois l’ai-je imaginé ce Prince aux yeux d’or – « aux yeux de Lune », comme disait ma mère - venant me délivrer du maléfice de la grande Dame du Lac ! Comme je les ai imaginées ces terribles épreuves qu’il me faudrait traverser pour lui prouver mon obéissance, ma repentance et… mon amour !
Car il s’agissait d’amour... Je le comprenais à l’attitude de ma mère ; au gris pétillant de ses yeux et au tremblement de sa voix quand elle prenait son air grave pour me sermonner avec son histoire de Dame et de crapauds… ».
…..
— Et après ? me demanda Sarah de sa petite voix chaude, encore légèrement altérée par la dispute qui avait éclatée entre nous quelques heures plus tôt.
— Quoi « et après ? », dis-je en caressant ses tempes tièdes.
— Ben, c’est tout ? Et le Prince ?
— Ma chérie, je n’en sais pas plus… Tu sais, je n’ai jamais rencontré « Le Prince des grenouilles »…
— Mais pourquoi ?
— Voyons, je te l’ai dit ! Parce que ma mère n’a, évidemment, jamais mis à exécution sa menace !
Mon petit rire résonna trop fort dans la chambre, et je me sentis, une fois de plus, soudain si seule...
Sarah fixa le vide, droit devant elle, ses beaux yeux gris agrandis par l’interrogation qui passait, comme un grand nuage, dans son regard.
— Ah… dit-elle, visiblement déçue.
Puis elle ajouta gravement :
— Moi, plus tard, quand j’aurai des enfants, je mettrai toujours à exécution les punitions.
Mots imposés : croupe, médaillon, peupliers, savonnette, foulard, bouillir, doryphore, maçon, moelleux, jarrets.

Sophia enfila de grandes bottes qui montaient jusqu'au milieu des cuisses et je la vis se redresser de toute sa hauteur.
Ainsi debout, elle arborait une croupe généreuse et cambrée, limite provocante...
Des éclats de lance brillaient dans ses yeux en amande d'un vert laiteux qui contrastait avec sa robe noire et moulante, juste éclairée par le médaillon blanc quelle portait toujours autour du cou.
Elle était magnifique. Grandiose. Jamais je ne l’avais vue si déterminée.
Je la vis s'élancer d'un bon pas dans la petite allée de peupliers qui mène à notre pâté de maisons. Le bruit métallique des feuilles faisait penser aux heurts lointains d'épées entrechoquées…. Quelque chose dans l'air suintait l'inquiétude.
Elle fut bientôt rejointe par quelques amis du quartier qui surgirent de leurs maisons respectives, formant bientôt une petite troupe à l'allure presque guerrière.
Que mijotaient-ils ?
Soudain, au signal de Sophia, je les vis se tapir tous ensemble derrière les buissons !
Au beau milieu de la route s'ébattait un énergumène à la silhouette grotesque, qui semblait s'en donner à cœur joie ! Faisant des bons étranges, glissant comiquement sur d'invisibles savonnettes… un vrai clown !
Mais ce personnage ridicule fut aussitôt encerclé par le groupe entier. A ma grande surprise, j'entendis distinctement la voix de Sophia prononcer ces paroles fortes :
— Scélérat ! Veux-tu cesser immédiatement ces agissements indignes et laisser tranquille ce pauvre innocent sans défense ! Je te connais bien, toi ! Pas vrai, les amis ?
— OUI ! Aboya la troupe, visiblement très remontée.
— Tu habites bien la maison du Pharmacien, au coin de la rue ? Tu as donc le couvert tous les jours, n'est-ce pas ? Et bien servi, si je ne m'abuse ! A en juger par ton apparence enrobée, tu ne meurs pas de faim, il me semble ? Pourquoi, alors, tortures-tu les autres pour le plaisir ? Laisse-le aller ou il t'en coûtera cher !
J'aperçus alors un magnifique doryphore noir et or qui détala sans demander son reste !
Pris en flagrant délit, l’agresseur refoula la colère qui le faisait intimement bouillir. Le frustre individu s'excusa d'un ton mielleux et tourna mollement les talons, qu'il avait gras et moelleux, comme tout le reste d'ailleurs — même les jarrets — ce qui lui donnait une dégaine particulièrement disgracieuse.
Visiblement satisfaite, Sophia cambra davantage ses reins, souples et agiles, et continua sa route, suivie de ses fidèles acolytes.
Un peu plus loin, ils tombèrent sur un marmot qui braillait désespérément, juché en haut d'un arbre.
— Que fais-tu là-haut ? Lui demanda Sophia, prenant, d'office, un air sévère.
— Au secours, au secours ! Ah ! Bonjour Madame ! Ça fait des heures que ce méchant arbre refuse de me laisser descendre et me retient prisonnier entre ses branches !
— Réponds d'abord à ma question : pourquoi diable es-tu monté?
— Mais, pour jouer ! Il y avait un petit oiseau et…
— J'en étais sûre… !! Nous ne t'aiderons pas tant que tu ne nous auras pas fait une promesse !
— Oui, oui ! Tout ce que vous voudrez !
— Premièrement, où habite-tu ? Je ne t'ai encore jamais vu dans le quartier. Tu as l'air bien jeunot…
— Dans la grande maison, là-bas, en face du Docteur !
— Ah ! Je vois ! Chez le maçon ? Pas des malheureux non plus… Donc, tu es bien nourri je suppose ?
— Bon alors, pauvre ignorant ! Saches qu'une nouvelle loi vient d'être votée et que tout individu surpris en train de s'attaquer à un plus faible — ce que tu appelles : "jouer" — sera impitoyablement puni ! C'est bien compris ?
— Très bien, Madame ! Je peux descendre maintenant, s'il vous plait ? J'ai des fourmis dans les jambes !
Sophia s'enquit de trouver de quoi secourir cet écervelé. Après avoir fouillé quelques poubelles elle trouva un vieux foulard qui ferait parfaitement l'affaire.
Le gamin s'y laissa choir en toute confiance et s'enfuit en courant après avoir promis tout ce qu'on exigeait de lui.
Les yeux dans ceux de Sophia, je vis cette scène s'estomper lentement, comme la page d'un livre que l'on referme. Elle ronronnait doucement dans mes bras tandis que je lissais voluptueusement son pelage noir et brillant, fin comme de la soie.
La veille, je l'avais grondée très fort.
J'avais trouvé dans le jardin une ribambelle de souris… à moitié mortes !
Reprise de ce blog grâce à mon Atelier d'écriture : conte de noël avec mots imposés.
Le collier
Quant à l’enfant, il ne tint pas en place bien longtemps :

Ce blog est en "jachère" en ce moment, sourires...
Pour les "nouveautés", rendez-vous sur :
Bonnes fêtes à tous !
mots imposés : Grève – perles – sérénade - estomper – égarer – escarcelle - Lutin – constance – canevas - fagots – solstice - friandises

Le cadeau de Constance
Constance tenait absolument à finir pour Noël...
Elle voulait terminer au plus vite ce canevas, dont elle avait elle-même conçu le dessin.
Il représentait la mer...
Sur la grève, des coquillages resplandissant de blancheur, tel un collier de perles sous le ciel gris et bas de l'hiver.... Et sur les dunes, quelques traces de neige, brillant doucement...
Elle avait longuement rêvé de ce paysage : la mer l'hiver... la mer sous la neige...
Comme s'il lui fallait réunir, en un seul regard, les saisons extrêmes ; et dans un seul souffle, le chaud et le froid.
Elle se relevait toutes les demi-heures, pour prendre du fagot les brindilles bien sèches qui allaient relancer la flamme de la cheminée, où se consumait lentement la grosse bûche de Noël.
Chaque fois qu'elle se levait, elle regardait tendrement le cher visage, sur lequel les traits tant aimés s'estompaient déjà, et où le regard, autrefois si lumineux, n'offrait à présent que deux pâles étoiles égarées.... mais parfois traversées d'un éclair de lucidité si palpable !
A ces moments, rares mais intenses, elle sentait au plus profond d'elle-même un puissant appel de la part de son fils. Elle s'asseyait alors au chevet de l'enfant et, les yeux plongés dans les siens, elle lui chantait une chanson, toujours la même, une berceuse qu'elle avait elle-même improvisée et intitulée : "La sérénade du solstice d'hiver pour mon garçon chéri...".
"Mon petit lutin", disait la chanson, "Maman va prendre dans son escarcelle les derniers sous de l'année, maman ira t'acheter des friandises pour la Noël, et maman t'offrira le plus beau de tous les cadeaux de Noël : le cadeau de tes rêves !".
Et l'enfant, chaque fois qu'elle chantonnait ainsi, souriait de ses maigres forces.
Son fils n'avait jamais vu la mer. Enfant des montagnes, la vie pour lui s'arrêtait doucement, dans l'année de ses cinq ans, sans qu'il puisse espérer un jour avoir le temps de réaliser son rêve de voir la mer. Alors elle avait dessiné les vagues, imaginé les tons pastels de l'horizon en subtiles dégradés de verts et de gris, et ne cessait de chercher dans le fouillis de ses fils à broder les couleurs blondes et cendrées d'un sable d'hiver... Pour son enfant. ...Sans oublier les reflets argentés de la neige, qu'il aimait tant...
Maintenant, elle priait.
Et cousait. Cousait...
Bientôt, elle accrocherait son oeuvre au pied du petit lit, sur le mur bien blanc, afin que le dernier regard de son tendre amour soit pour le rêve indicible... celui que ses mains de mère avait rendu possible.



